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Chantiers Davie doit absolument trouver de nouvelles sources de financement, sans quoi la société pourrait cesser ses activités. Photo: Davie.ca
Six mois après son entrée en Bourse, Chantiers Davie traverse déjà une période houleuse de son existence et est de nouveau menacé de fermeture a appris LesAffaires.com. La direction du chantier maritime de Lévis dit ne pas disposer de liquidités suffisantes «pour satisfaire à ses besoins futurs pendant plus de six mois».
Arrivé à la barre de l’entreprise le 1er mars, le chef de la direction, Steinar Kulen, a entamé un examen approfondi des procédés et projets de Chantiers Davie qui a révélé de sérieuses lacunes au niveau de la production et des processus d’approvisionnement.
«La productivité est inférieure aux estimations, en partie parce que la construction des vaisseaux est plus complexe que prévu, ce qui s’est traduit par une augmentation des coûts de mise en service du chantier. La baisse de la productivité et un programme de construction très serré ont obligé le chantier à recourir davantage à la sous-traitance, ce qui a également contribué à haussé les coûts. Davie a également été touchée, tout comme le reste de l’industrie de la construction navale, par la flambée des prix des matières premières», a révélé le chef de la direction dans un récent message destiné aux actionnaires.
De l’aveu de la direction, c’est la hausse constante du prix de l’acier depuis 2003 qui cause le plus de dommages.
La société a constitué une provision pour pertes de 36,1 millions de dollars* à l’égard des navires en voie de construction. C’est donc dire que Davie, qui compte près de 1000 employés, assemblera ses cinq premiers navires à perte.
Besoin de financement
Chantiers Davie explique que, jusqu’à présent, il lui était possible de financer ses activités en procédant à des émissions d’actions et grâce à ses flux de trésorerie provenant des contrats en vigueur. «En raison des pertes, il est possible que la société ne soit pas en mesure de remplir ses obligations à leur échéance si elle ne trouve pas de financement additionnel», ajoute Steinar Kulen dans son message.
Le premier appel public à l’épargne réalisé le 20 février a permis à la société d’encaisser un montant brut de 47,3 millions de dollars grâce à l’émission d’un peu plus de 35 millions d’actions à un prix unitaire de 1,35$.
Résultats financiers désastreux
Pour le seul 2e trimestre terminé le 30 juin, Davie a subi une perte nette de 46,1 millions de dollars (0,37$ par action), elle qui était de 3,4 millions de dollars (0,04$ par action) à la période correspondante en 2007.
Pendant que la perte nette a décuplé, les revenus ont fondu de 42% à 12,5 millions de dollars, par rapport à 21,7 millions de dollars un an plus tôt.
Au 30 juin 2008, Chantier Davie a accumulé un déficit de 77,34 millions de dollars.
«Dans l’ensemble, les pertes ont été causées par des défis qui n’avaient pas été prévus, notamment dans le cadre des opérations et de la fluctuations des devises», estime M. Kulen.
Malgré tout, le chef de la direction reste positif. Il soutient que de récentes études de marché concluent que les perspectives sont positives dans le domaine de la construction de vaisseaux et de plateformes de forage de grande complexité, situation qui devrait «se poursuivre au cours des prochaines années». Steinar Kulen est confiant que la société sera en mesure de développer la productivité nécessaire à la conclusion de nouveaux contrats.
Haute direction remaniée
Ces résultats désastreux ont provoqué des changements à la haute direction de l’entreprise. Le président et chef de l’exploitation, Gilles Gagné, a remis sa démission quelques heures après la publication des résultats financiers, survenue le 11 août. Il a dit vouloir «relever de nouveaux défis» et a immédiatement été remplacé par le norvégien Brynjulv Mugaas.
Ce dernier occupera ses fonctions sur une base intérimaire jusqu’à ce que l’entreprise lui trouve un successeur sur une base permanente.
Chantiers Davie avait également essuyé la démission de son chef des finances, Audun Roneid, le 14 juillet.
Investissement Québec veille au grain
La société norvégienne Teco Management a acheté le chantier maritime de Lévis en octobre 2006 pour un montant de 28,4 millions de dollars, alors que les installations étaient en faillite depuis cinq ans. Elle a relancé l’entreprise en misant sur la construction de plateformes de forage et de navires destinés à l’industrie de l’exploration pétrolière et des services d’aide à la production en mer.
Investissement Québec avait participé à cette relance en garantissant à 50% un prêt de 15,5 millions de dollars à Teco. Or, dans son plus récent rapport de gestion, Chantiers Davie dit ne pas avoir respecté sa garantie d’emplois futurs sur le chantier naval pour 2006 et 2007, ce qui lui a valu des pénalités totales de 1,2 million de dollars.
Il n’est pas certain que l’entreprise réussisse à respecter ses obligations en matière d’emplois pour l’exercice 2008, ce qui pourrait lui valoir d’autres pénalités.
Le titre de Chantiers Davie coule à pic depuis quelques jours, lui qui valait 17,5 cents CA mardi à la fermeture des marchés à la Bourse de Toronto. L’action valait 72 cents CA le 11 août avant la publication des résultats du 2e trimestre et a atteint un sommet intra-séance de 3,25$CA le 21 février, soit le lendemain de son introduction en Bourse.
* Tous les montants sont en dollars américains, sauf indication contraire.