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Le prix des appareils et des forfaits décidera en grande partie du succès du téléphone d'Apple. Photo: Bloomberg
«L'iPhone, je l'utilise depuis octobre dernier et je peux vous dire que c'est le sans-fil du siècle !» Martial Jean-Baptiste, technicien informatique à Montréal, fait partie de ces nombreux Québécois qui ont traversé la frontière pour aller acheter le téléphone d'Apple avant sans attendre qu'il soit vendu ici.
Il aura en effet fallu patienter plusieurs mois avant que le iPhone soit mis sur le marché au Canada. Rogers vient d'annoncer son arrivée d'ici la fin de l'année, vraisemblablement dès cet été, comme l'avait annoncé en exclusivité le journal Les Affaires il y a maintenant deux mois.
L'engouement sera-t-il au rendez-vous ? Pas sûr, croient les analystes et spécialistes du marketing et de la consommation de matériel électronique. En fait, tout dépendra du prix de l'appareil et des forfaits qui seront proposés aux consommateurs.
Un mauvais départ en Europe
"Apple est une marque forte. L'iPhone a un gigantesque capital de sympathie et c'est un succès commercial aux États-Unis. En Europe, par contre, les ventes sont décevantes", fait remarquer Carmi Levy, vice-président d'AR Communications, une entreprise de Toronto spécialisée dans le marketing, les communications, l'analyse de marché et la consommation de produits technologiques.
En janvier, Apple annonçait avoir vendu 4 millions d'iPhone depuis juin 2007. Aujourd'hui, les ventes d'Apple aurait atteint 5,4 millions d'appareils, dont une grande partie aux États-Unis.
Autre continent, autre situation. En Europe, le prix élevé de l'appareil et des forfaits et la concurrence plus forte dans le secteur ont coupé les ailes de l'iPhone, qui n'a pas décollé autant qu'Apple l'espérait.
Selon le quotidien économique français Les Échos, l'opérateur Orange n'a vendu que 100 000 iPhone en France depuis son lancement, en novembre 2007. En Allemagne, T-Mobile en avait vendu 70 000 fin janvier, et la britannique O2, quelque 200 000. Les deux entreprises sabrent maintenant dans le prix de l'appareil, dans l'espoir de relancer les ventes. Mais les tuiles s'accumulent : le lancement de l'iPhone en Espagne et en Italie est repoussé.
À quel prix, l'iPhone ?
Rogers et Apple n'ont donné aucune indication quant au prix de l'iPhone et aux forfaits qui seront proposés au Canada. Plusieurs analystes se sont toutefois amusés au jeu des prévisions, dont Jonathan Allen de RBC Marchés des Capitaux.
Dans son rapport d'analyse publié après l'annonce des résultats financiers du premier trimestre 2008 de Rogers, M. Allen prévoit que les futurs acheteurs de l'iPhone vont devoir payer 80 $ par mois, soit à peu de chose près ce que paient les propriétaires de BlackBerry.
"Un plan combiné voix et données iPhone d'Apple devrait coûter entre 80 et 100 $ par mois et permettre de 250 à 500 minutes d'appels vocaux en tout temps, les appels illimités les soirs et les fins de semaine et le téléchargement de 100 à 200 mégaoctets de données par mois", prévoit l'analyste.
Selon lui, l'appareil coûtera 200 $, à moins que Rogers commercialise la nouvelle version, l'iPhone 3G, qui permettra des transmissions Internet plus rapides et dont la sortie est prévue cet été. Dans ce cas, il faut s'attendre à débourser un montant plus élevé.
Quand l'iPhone est sorti aux États-Unis en juin 2007, il était vendu entre 499 et 599 $ selon la version choisie et la capacité de mémoire. Aujourd'hui, il se vend entre 399 et 499 $.
À ce prix, estime Carmi Levy, seuls les aficionados d'Apple, les consommateurs plus fortunés et les cadres qui veulent être dans le coup vont s'offrir l'iPhone. "Comme c'est un nouvel appareil, je vois mal Rogers l'offrir gratuitement avec un forfait longue durée, et Apple nous a montré par le passé que ce n'était pas sa poli-tique", dit-il.
Plus sensibles aux prix
Les Québécois sont davantage sensibles au prix des appareils sans fil que les Américains, et ils sont surtout moins riches. "Je ne m'attends pas à de grandes files d'attente ici", dit Iain Grant, analyste en télécommunications chez SeaBoard Group et lui-même déjà propriétaire d'un iPhone.
Même aux États-Unis, le prix de l'iPhone a fortement chuté. Quelques mois après sa sortie, il a baissé de plus de 50 %, et de nouvelles baisses sont à prévoir. Selon les magazines américains BusinessWeek et Fortune, AT&T prévoit réduire de 200 $ le prix de l'iPhone doté d'une mémoire de 8 gigaoctets d'ici peu. Les Américains qui possèdent déjà un iPhone gagneraient plus de 100 000 dollars américains par année, mais ce marché cible semble avoir atteint ses limites.
"Les Canadiens qui le voulaient vraiment se le sont déjà procuré. Rogers devra trouver les arguments marketing propres à convaincre ceux qui ne trippent pas sur Apple que l'iPhone va changer leur vie et leur expérience sans fil. Cela ne sera pas facile, observe M. Grant, d'autant que la marge de manoeuvre de Rogers pour ce faire est mince."
Deux stratégies
Selon les analystes, Rogers peut s'y prendre de deux façons pour attirer le consommateur québécois : en cassant les prix ou en déclenchant une vaste campagne marketing.
"Côté prix, Rogers et ses actionnaires ont toujours été très soucieux de leurs marges de profit et du revenu moyen par abonné. Ils ne vont pas abandonner ce mantra du jour au lendemain", fait remarquer l'analyste. Du côté des forfaits, si Rogers offre des plans particuliers à Apple, dont des forfaits de données illimités, les autres fabricants, RIM et Nokia en tête, vont demander à être traités de la même manière.
Actuellement, Rogers offre la navigation illimitée sur le Web pour 7 $ par mois, en option à un forfait d'appels vocaux. Ce forfait est limité à un certain nombre de téléphones et ne peut pas être appliqué aux assistants numériques personnels et aux téléphones intelligents, tels que les appareils BlackBerry ou Windows Mobile. De plus, Rogers facture 5 cents le kilo-octet pour tout téléchargement fait avec des logiciels développés par d'autres entreprises, par exemple Google Maps.
"Des forfaits complètement illimités pour ses téléphones intelligents, c'est tout un chamboulement en perspective pour Rogers, son marketing et sa force de vente", affirme M. Grant.
Pour Dvai Ghose, de Genuity Capital, l'effervescence autour de l'iPhone est déjà retombée au Canada. Dans une note à ses clients, l'analyste évoque en outre les craintes du président de Rogers, Ted Rogers, au sujet du ralentis-sement économique, en particulier en Ontario. Cette situation pourrait avoir un impact sur les résultats financiers de son entreprise et, bien sûr, sur le niveau de ses dépenses publicitaires.
Une opinion que ne partage pas Carmi Levy. "L'iPhone va profiter du buzz comme l'iPod en son temps. À la seule différence que le marché des lecteurs MP3 est loin d'être le même que celui des téléphones sans fil."
Il se peut bien aussi que Rogers lance l'iPhone non pas pour faire exploser ses revenus, mais tout simplement pour éviter que les futurs nouveaux opérateurs sans fil au Canada - qui devraient arriver d'ici les 12 prochains mois - ne le fassent à sa place et profitent de cette excellente vitrine pour faire une entrée fracassante dans le marché.