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Marie Saint Pierre. Photo : Gilles Delisle.
Les valeurs défendues par la designer lui permettent de mieux diffuser sa marque.
Dans l’arène de la mode, la bataille est féroce. Difficile pour les designers de se tailler une place dans les chics magasins de New York. L’arme secrète de Marie Saint Pierre ? L’engagement social, qui a contribué à lui ouvrir les portes de la prestigieuse enseigne japonaise Takashimaya, sur la 5e Avenue, à Manhattan.
Habiller des enfants chaudement pour l’hiver, organiser des collectes de fonds pour une maison d’hébergement pour femmes violentées, concevoir une boîte à lunch au profit du Club des petits déjeuners, vendre d’un pull griffé pour l’organisme Dr Clown : la liste des engagements de la créatrice « made in Québec » est longue. Tellement qu’en 2006, elle lui a valu d’être nommée Chevalière de l’Ordre national du Québec.
Endosser une bonne cause
Porter des vêtements signés Marie Saint Pierre revient à endosser une bonne cause. Une réputation qui a dépassé les frontières du Québec, raconte la créatrice. « Cet engagement contribue à notre image de marque. Par exemple, quand j’ai rencontré la directrice du magasin Takashimaya, elle avait déjà fait des recherches sur moi. Elle m’a dit que mon produit se vendrait, mais surtout que mon engagement concordait avec leur philosophie. »
L’engagement de la designer dépasse toutefois la question de l’image. « Je considère que je dois redonner quelque chose à la société, même si c’est un choix très personnel. Je suis privilégiée. J’ai un travail que j’aime, deux beaux enfants en santé. »
La créatrice et entrepreneure s’est toujours préoccupée du sort des femmes. « C’est sûr que c’est mon marché, mais je trouve aussi qu’on parle peu de leur situation. Quand on sait que les mères monoparentales sont les plus pauvres de notre société, ça me touche directement en tant que femme et en tant que mère », illustre-t-elle.
C’est pourquoi, pendant plusieurs années, elle a mis l’épaule à roue pour organiser des défilés-bénéfice au profit de La Dauphinelle, une maison d’hébergement pour femmes violentées. « Organiser un tel événement prend six mois de travail à temps plein. Mais c’est l’occasion de faire connaître la situation à nos contacts, à notre clientèle. »
Plus de 1 200 enfants habillés chaudement
Après cet engagement auprès des femmes, Marie Saint Pierre s’est tournée vers les enfants. Une façon pour elle de soutenir les mères. En déménageant ses ateliers au cœur du quartier Saint-Henri de Montréal, en 2004, elle est frappée de voir le nombre de petits insuffisamment vêtus en hiver. C’est ce qui lui donne l’idée de créer le Fonds sous zéro. En récoltant argent et vêtements neufs, l’initiative a fourni habits de neige et accessoires à plus de 1 200 écoliers montréalais.
Pour dénicher des dons, Marie Saint Pierre utilise son réseau de contacts. Des compagnies comme Louis Garneau ou Deux par deux acceptent de contribuer. « Moi, je ne crée pas de vêtements pour enfants. Il a donc fallu solliciter des manufacturiers dans ce domaine pour qu’ils nous fournissent des habits de neige ou encore de l’argent. La clé, c’est vraiment d’établir des ponts avec les bonnes personnes. » Faute de temps pour organiser l’opération de A à Z, elle n’a pas hésité à confier la gestion du projet au Centre communautaire Hochelaga, en contact direct avec les enfants en difficulté.
Cette année, le directeur du centre, Roland Barbier, a pris contacte avec seize écoles défavorisées de la région de Mont-réal pour connaître leurs besoins exacts. Pendant deux semaines, appuyé par une vingtaine de bénévoles, l’organisme s’occupe de ramasser les vêtements, de les trier et de les distribuer aux quatre coins de Montréal.
Pour M. Barbier, le succès du Fonds sous zéro va de pair avec l’engagement de Marie Saint Pierre. Plusieurs de ses clients se rendent directement dans Hochelaga-Maisonneuve, les bras chargés de manteaux neufs. D’autres envoient d’importantes sommes pour soutenir la cause. « La directrice de la Fondation immobilière de Montréal pour les jeunes nous a donné 5 000 $ l’an dernier, non seulement parce que le projet permet d’aider concrètement les enfants, mais également parce qu’elle fait partie des clientes de Marie Saint Pierre », raconte-t-il.
Pourtant, la créatrice agit avec discrétion. Depuis le grand défilé qui a lancé le projet, en 2004, son engagement n’a pas été souligné par un grand événement médiatique. Son site Internet ne le mentionne même pas. « On ne le crie pas sur les toits. Les enfants n’ont pas besoin de savoir d’où viennent les vêtements. Ils les trouvent dans leur casier, comme un cadeau. C’est une façon de préserver leur dignité. » Pourtant, le nombre de petits Montréalais qui bénéficient du fond ne cesse de grandir. « C’est un franc succès, indique Roland Barbier. En 2004, nous avons habillé 89 enfants, alors que cet hiver, nous prévoyons donner entre 500 et 550 habits de neige. »
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Des coiffeurs contre le sida
Réseautage. Au programme des formations offertes par L’Oréal : coloration, fixatif et... lutte contre la maladie.
Chaque année, 400 000 coiffeurs qui assistent à une formation sur les produits professionnels de L’Oréal reçoivent au passage des informations sur le sida, informations qu’ils sont fortement encouragés à communiquer à leurs clients.
Cette activité fait partie d’un programme de lutte contre ce fléau, créé en 2005 par L’Oréal et l’Unesco. En vigueur depuis un an au Canada, ce programme touche environ 10 000 coiffeurs par an. Les 20 premières minutes de chaque séance de formation sont consacrées à la maladie : comment elle se propage, comment on la traite et pourquoi il faut lever le tabou.
« Les coiffeurs ont une relation privilégiée avec leur clientèle, indique Virgine Hotte, responsable des relations extérieures et de la philanthropie chez L’Oréal Canada. Ils dis-cutent avec eux de leur vie personnelle, de leurs aspirations, de leur santé. »
Selon Yves Dupré, président d’Octane communications et membre de plusieurs conseils d’administration d’organismes culturels, « le réseautage est un puissant véhicule pour la philanthropie ».
M. Dupré raconte qu’il a utilisé ses relations privilégiées avec des dirigeants de grandes entreprises pour obtenir leur soutien pour des organismes culturels. C’est grâce à lui que le contact s’est établi entre Hydro-Québec et les Journées de la culture, contact qui a mené à une commandite importante.
Les entreprises peuvent ainsi accomplir de grandes choses à peu de frais en faisant appel à leur réseau, leurs fournisseurs, leurs clients... et faire avancer la cause. S. Dansereau