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Qu'ils reposent en paix. Les Steinberg, Eaton, Simpson, Dupuis Frères, Pascal, Biscuits Viau, Woolworth, Banque Provinciale, Marine Industries, Kresge, Dominion, et plusieurs autres... Tous ont, en leur temps, été de grands chevaliers de l'économie canadienne. On les croyait indestructibles. Tous ont pourtant aujourd'hui disparu.
Bien sûr, beaucoup d'autres entrepreneurs tentent leur chance. En gros, près de 30 000 entreprises sont créées chaque année au Québec. Toutefois, le quart de ces entreprises naissantes n'atteindront pas leur deuxième année d'existence, et plus de 90 % d'entre elles comptent moins de cinq employés.
Pour toutes ces entreprises qui ne réussissent pas à se tailler une place ou à s'adapter au changement, il s'en trouve quelques rares que le temps ne semble pas altérer, comme les Domtar, Magnus Poirier, Pratt & Whitney, Power Corp. et autres Electrolux.
À quoi tient leur longévité hors norme ? C'est ce que nous avons demandé aux dirigeants de quelques-unes des entreprises qui, comme le journal Les Affaires, avoisinent l'âge honorable de 80 ans. Trois spécialistes nous ont aussi fait part de leur analyse. De ces témoignages se dégagent quatre caractéristiques des entreprises qui ont soutenu l'épreuve du temps.
1 Savoir s'adapter
Rares sont les entreprises fondées il y a plus de 75 ans qui offrent encore aujourd'hui le même produit ou le même service qu'à leurs débuts. Montel, qui fabriquait jadis des grille-pain, est devenu un leader en Amérique du Nord dans le domaine des systèmes de rangement pour les bibliothèques. DeSerres, qui était au début du 20e siècle la plus grande " ferronnerie " de Montréal, est aujourd'hui le plus important détaillant de matériel artistique au pays. Construction Albert Jean, à qui on doit d'innombrables succursales bancaires, se spécialise maintenant dans l'aménagement de salles informatiques.
" Une entreprise dure parce qu'elle s'adapte ", lance Louis Hébert, professeur de stratégie à HEC Montréal, qui souligne qu'il existe très peu d'études sur les sociétés centenaires en Amérique du Nord, tout simplement parce qu'il existe très peu de ces entreprises.
Mais la capacité d'adaptation n'est pas donnée à tous les leaders. " Si un nouveau dirigeant doit faire prendre un virage à 180 degrés à son entreprise, c'est probablement que le dirigeant précédent a dormi au gaz pendant des années ", affirme pour sa part Michel Grenier, chargé de cours en stratégie des affaires au Département de comptabilité de l'UQAM et directeur général du Centre d'entrepreneuriat ESG UQAM. " Il faut une très bonne compréhension du milieu dans lequel l'entreprise évolue pour pouvoir s'adapter à un environnement en mouvement perpétuel. "
2 Gérer prudemment
Les entreprises qui durent ne jouent pas au poker. Elles connaissent rarement une croissance astronomique, mais dans les périodes économiques difficiles, elles réussissent généralement à tirer leur épingle du jeu.
" La croissance pour la croissance n'a jamais été un objectif, affirme en effet Jean-Guy Dumas, associé directeur du cabinet de comptables Petrie Raymond. Quand nous avons fusionné ou fait des acquisitions, c'était pour pouvoir nous payer des services dont nous n'avions pas les moyens, seuls. "
Cette gestion prudente profite à de nombreuses entreprises. Selon Statistique Canada, une entreprise sur trois comptant plus de cinq employés et qui compte au moins dix ans d'existence sera encore en activité 20 ans plus tard.
3 Planifier la relève
Les entreprises qui durent ont à leur tête des gestionnaires qui savent sélectionner les bons remplaçants pour leur succéder. Choisir sa relève ne devrait pas être la dernière décision d'un dirigeant; c'est un choix stratégique parmi les plus importants dans l'existence d'une entreprise.
" Pour une société à capital ouvert pourvue d'un conseil d'administration, c'est plus facile d'assurer la pérennité. Mais pour une société fermée, le soin apporté à la planification de la relève, qu'elle soit familiale ou non, est crucial, affirme Simon Prévost, vice- président, Québec, de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante. Une relève inadéquate peut venir à bout de l'entreprise la plus prospère. "
Pourtant, les statistiques sur ce point sont troublantes. Selon un sondage mené pour la Banque CIBC, la moitié des entreprises québécoises n'ont pas de plan de relève. De plus, la proportion des entreprises québécoises dont les membres de la direction partiront à la retraite d'ici cinq ans serait de 43 %.
" La pérennité des entreprises n'est pas un sujet très à la mode chez les dirigeants, regrette M. Hébert. Aujourd'hui, il faut obtenir des résultats rapides, c'est le prochain trimestre qui compte. Dans ce contexte, je ne suis pas certain qu'on prenne le temps de bien préparer la relève. "
4 Avoir de la chance
Les dirigeants d'entreprise que, nous avons interrogés reconnaissent tous que pour durer aussi longtemps, il faut une part... de chance ! De la modestie, peut-être. Toujours est-il que, même si la chance peut jouer un rôle dans la réussite d'une entreprise, celles qui ont à leur tête des dirigeants qui suivent les trois règles précédentes sont probablement plus favorisées par la chance que les autres.