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Sommes-nous à l'abri d'autres scandales financiers ?

Les nouveaux c.a. sont plus rigoureux et prudents. Plusieurs savent même lire les états financiers !

Enron, Worldcom, Tyco, Nortel, Cinar, et maintenant Hollinger. Y a-t-il d'autres squelettes dans les placards ? Sommes-nous à l'abri d'autres scandales qui, ces dernières années, ont miné les milieux financiers, le leadership des entreprises et la confiance des investisseurs ?

" Il va toujours y avoir des risques, on ne peut pas avoir de système parfait ", estime Jean Bédard, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval et expert en matière de gouvernance d'entreprise.

" Cela dit, nous sommes mieux prémunis qu'avant contre les risques de fraude ", ajoute L. Denis Desautels, ancien vérificateur général du Canada devenu administrateur de sociétés.

Dans la foulée des scandales qui ont touché de grandes sociétés, tant au pays qu'à l'étranger, le thème de la gouvernance figure désormais en bonne place à l'ordre du jour des conseils d'administration. Nouvelle réglementation oblige, bien sûr, mais les remises en question et les nouvelles façons de faire sont devenues incontournables afin d'assurer une meilleure performance des c.a. et éviter les scandales.

" Il y a eu un changement de culture. Les membres de conseil d'administration comprennent mieux leur rôle et la diligence à exercer quant à sa performance et la divulgation des résultats ", note M. Desautels, qui siège aux conseils d'administration d'Alcan, de la Banque Laurentienne, de Bombardier et du Groupe Jean Coutu. Total de sa rémunération pour ces quatre emplois du temps : 287 500 $ (voir l'encadré sur les c.a. les mieux payés, en page 7)

La fin des copains d'abord ?

Un rôle d'autant plus important qu'on s'attend désormais à ce que la performance du conseil et de ses membres soit scrutée à la loupe.

" Les c.a. sont de plus en plus imputables et responsables de leurs décisions ", souligne Michel Nadeau, directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP).

" Aujourd'hui, les administrateurs sont davantage exposés à des poursuites et à des peines sévères en cas de négligence ", rappelle Laurent Giguère, associé responsable de l'Institut des comités de vérification de la firme KPMG.

Doit-on pour autant conclure que c'est la fin de l'époque des copains d'abord (old boys' club) qui permettait au c.a. d'une entreprise d'être composé de connaissances, de relations professionnelles ou des amis du chef de la direction, quand ce n'était pas carrément un membre de la famille. Des gens, donc, qui n'ont pas toujours l'esprit critique ou les connaissances requises pour faire partie d'un c.a.

" Pour plusieurs dirigeants, composer un bon c.a. c'est s'entourer de béni-oui-oui, de gens qui approuvent tout ce qu'ils font. Mais on voit de moins en moins de copinage ", observe Jean Bédard.

Le cas de l'UQAM semble probant alors que l'incompétence administrative et l'aveuglement du conseil d'administration expliqueraient le fiasco des projets immobiliers entrepris par l'institution financière.

Savoir lire... les états financiers !

L'indépendance, la compétence et l'intégrité sont au nombre des qualités que les administrateurs doivent posséder pour s'acquitter de leurs responsabilités. Le conseil ne doit pas se contenter d'analyser les stratégies de l'entreprise : il doit aussi les remettre en question. Ce n'est plus un one-man show.

" Un c.a. ne doit pas se laisser dicter un ordre du jour par le chef de la direction. Il doit apporter une contribution à valeur ajoutée ", ajoute Michel Nadeau.

" Les dirigeants doivent s'entourer de personnes qui n'ont pas peur d'émettre leurs opinions, qui peuvent les challenger ", ajoute M. Bédard.

Encore faut-il pour cela que l'administrateur sache décrypter les états financiers et connaisse les rudiment de la gestion. À ce chapitre, Denis Désautels estime que le recrutement de nouveaux membres de c.a. " se fait de façon beaucoup plus rigoureuse qu'avant. "

" Nous avons certainement de meilleurs comités de vérification qu'avant ", croit aussi Laurent Giguère, qui précise que les membres d'un conseil doivent pouvoir lire et comprendre les états financiers d'une entreprise. Comme quoi la barre n'est pas toujours placée très haut.

Aux États-Unis, la nouvelle loi Sarbanes-Oxley, adoptée à la suite des récents scandales, exige que les membres des comités de vérification soient indépendants et qu'ils comptent au moins un expert financier. Au Canada, le règlement prévoit que le comité de vérification se compose d'au moins trois membres qui doivent posséder des compétences financières et être indépendants.

La séparation des pouvoirs de contrôle et de gestion favorise aussi une meilleure gouvernance dans les sociétés. Contrairement à leurs homologues américains, une majorité des grandes entreprises québécoises et canadiennes ont séparé les rôles de président du conseil et de chef de la direction.

Selon l'étude IGOPP/Spencer Stuart, le nombre d'entreprises canadiennes qui confient ces tâches à des personnes différentes a augmenté de plus de 25 % au cours des cinq dernières années.

C'est désormais le cas de 80 % des 100 plus importantes sociétés ouvertes au pays, comparativement à 63 % au Québec. Aux États-Unis, seulement le tiers des conseils en font autant.

N'empêche, malgré ce train de nouvelles mesures et de bonne volonté, d'autres scandales financiers pourraient se reproduire. À preuve : le conseil d'administration d'Enron respectait les critères d'indépendance les plus rigoureux et foisonnait de compétences en finance et en gestion !

Article publié dans le Journal les Affaires du 19 mai 2007

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