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Les objets de collection brisent des records de popularité

De l'argent à investir ? La Bourse, bien sûr, mais avez-vous le coeur solide ? L'immobilier ? Certes, mais les signes d'un retournement de marché s'accumulent. Devant l'incertitude économique, des épicuriens préfèrent accumuler les objets de collection. Et cette stratégie rapporte des dividendes. Quand passe-temps rime avec investissement.

Qui, selon vous, a gagné le plus d'argent depuis 2002 : le philatéliste, le numismate, l'amateur de beaux-arts, le musicien ou le boursicoteur ?

Zéro, si vous avez choisi les actions.

Bravo, si vous avez répondu le musicien.

Surpris ? Sotheby's et Christie's, le duopole des ventes aux enchères d'oeuvres d'art, ont quasiment doublé leurs revenus depuis 2000. En 2006, leurs ventes combinées atteignaient 8 milliards de dollars américains, contre 4,5 milliards six ans auparavant.

Ces grandes maisons vendent en forte majorité des oeuvres d'art, mais les objets de collection se trouvent autant dans le mobilier, les bijoux, les livres anciens, les millésimes d'exception, les instruments de musique, les voitures, les armes, les timbres ou les pièces de monnaies.

La prospérité mondiale a créé de nouveaux millionnaires et stimulé l'inflation du prix de ces objets.

" De tout temps, l'art a suivi l'argent ", dit Paul Maréchal, chargé de cours en histoire de l'art à l'Université du Québec à Montréal. Au 19e siècle, le centre de l'univers se situait en Angleterre. L'Amérique a pris le relais au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, la Chine, la Russie et, dans une moindre mesure, l'Ouest canadien, tirent le marché.

Et en 2008

Le boom se poursuivra-t-il ? Le titre de Sotheby's en Bourse a piqué du nez après que sa grande vente de tableaux impressionnistes de l'automne eut rapporté moins que prévu. Les investisseurs craignent que la crise financière provoquée par les prêts immobiliers à risque vienne tempérer les ardeurs des collectionneurs.

Numismate et marchand, Serge Laramée, du Groupe Trans-Québec, de Boucherville, croit que " les pièces de monnaie en or ou en argent deviennent une valeur refuge quand ça va mal à la Bourse et quand le dollar américain se déprécie ".

À la Maison Heffel, à Montréal, on se garde bien de prédire la direction que prendra le marché. " Notre vente aux enchères en ligne de janvier a été exceptionnelle avec des recettes de 297 000 $ pour 78 lots, le double de nos résultats de janvier 2007 ", souligne Tania Poggione, gestionnaire du bureau de Montréal de la maison, spécialisée dans l'art canadien.

Si les gains rapides appartiennent peut-être au passé, la passion des collectionneurs, elle, demeure.

Contempler un Riopelle procure du bonheur, même si sa valeur stagne. On ne peut en dire autant des relevés de fonds communs de placement. Une bouteille de Château Margaux 1995 ne livre pas le rendement espéré ? Son propriétaire se consolera en la débouchant en bonne compagnie.

Investissement utile

Au-delà du plaisir qu'ils procurent à leur propriétaire, ces investissements ont leur utilité dans un portefeuille, selon une conseillère en planification financière.

" Ils s'inscrivent dans un bilan financier ", dit Marie-Claude Savard, planificatrice financière et associée du Groupe financier Almela, Savard, un cabinet de Westmount rattaché à Services en placements Peak.

Dans sa pratique, ses clients collectionneurs ont rarement plus de 10 % de leur richesse immobilisée dans les objets précieux.

" On souligne à notre clientèle que leur collection est un investissement qui est peu corrélé avec les actions et les obligations. En ce sens, la collection contribue à la diversification de leur avoir ", dit-elle.

En termes simples, si les actions tombent, les beaux objets deviennent une valeur refuge et gagnent en valeur.

Mettre du vin dans le portefeuille

Dans son livre Wine Investment for Portfolio Diversification, Mahesh Kumar, qui habite dans l'Ouest canadien, démontre qu'un investisseur détenant déjà des actions et des obligations et qui se met à acheter de grands crus obtiendra un rendement supérieur de son portefeuille tout en réduisant son risque par rapport à un portefeuille composé uniquement d'actions et d'obligations.

Les vertus en matière de diversification de cette autre manière d'investir en laissent certains sceptiques. " Depuis près de 20 ans, le marché de l'art s'est énormément aligné sur les cours de la Bourse ", constate Paul Maréchal.

Avec le temps, ce type d'investissement se démocratise. Par exemple, des indices reproduisant l'évolution des valeurs existent désormais pour la plupart des objets de spécialité, comme le Stanley Gibbons 100 Stamp Index, pour les timbres.

Autre exemple, des fonds privés, comme le Fine Art Fund ou le Fine Wine Fund, tous deux situés à Londres, ont été créés dans le but de rendre accessibles les chefs-d'oeuvres ou les crus d'exception, notamment aux investisseurs institutionnels.

Les caisses de retraite se laisseront peut-être tenter un jour. En attendant de voir ce que feront les Caisse de dépôt, Teachers et OMERS, des collectionneurs privés d'ici ont fait un investissement de leur passe-temps. Voici leur histoire.

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