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Compte tenu des conséquences graves qu'aurait son effondrement sur leurs économies, les pays industrialisés souhaitent ardemment que le dollar américain cesse de baisser en 2008.
Mais bien qu'ils privilégient un scénario optimiste, plusieurs experts consultés par Les Affaires expliquent que le risque de récession aux États-Unis fragilise cet espoir. " Un effondrement du dollar américain serait une catastrophe ", dit Maurice Marchon, professeur titulaire à l'Institut d'économie appliquée de HEC Montréal.
Advenant une dégringolade du dollar américain, l'euro, principale monnaie faisant contrepartie au dollar, s'apprécierait fortement, ainsi que d'autres devises, dont le dollar canadien. Cela aurait pour effet de freiner totalement les exportations européennes et canadiennes, à un point tel que ces économies risqueraient elles aussi de tomber en récession.
À la fin de novembre, la valeur de l'indice du dollar américain, qui compare ce dernier à un panier de devises des principaux pays industrialisés, est tombée sous la barre de 75, son plus bas niveau en 40 ans, soit depuis la création de cet indicateur. Le dollar américain a perdu 35 % de sa valeur en cinq ans, dont 10 % en 2007.
Par contre, l'appréciation de l'euro a été spectaculaire. À égalité avec le dollar américain en 2002, l'euro s'est approché de 1,50 $ US en novembre dernier.
Panique en Europe
Un sentiment de panique était alors perceptible en Europe. Le président de la France, Nicolas Sarkozy, a prévenu que ces fluctuations de taux de change allaient déclencher une " guerre économique ". Le constructeur d'avions européen Airbus a même déclaré que la baisse du dollar américain menaçait sa survie, rapportait le magazine britannique The Economist.
À ce moment, le dollar canadien atteignait 1,10 $ US, ce qui a amené le gouverneur de la Banque du Canada, David Dodge, à affirmer que les facteurs fondamentaux de l'économie canadienne ne justifiaient pas que le huard soit si élevé.
Depuis le creux de novembre, le dollar américain a remonté quelque peu, et son indice s'établit maintenant à 76.
Éviter à tout prix la récession
Tout dépendra de la capacité de l'économie américaine à éviter une récession.
En effet, si le ralentissement économique aux États-Unis devait être brutal, la Réserve fédérale n'aurait d'autre choix que de baisser rapidement les taux d'intérêt. Cela découragerait l'entrée de capitaux aux États-Unis et accentuerait la chute du billet vert.
Pour l'instant, Carlos Leitao, économiste à la Banque Laurentienne, évalue à 60 % la probabilité que l'économie américaine évite la récession. Si tel est le cas, " cela permettra au dollar américain de bien se comporter durant la première moitié de l'année ", dit-il.
Mais, précise-t-il, il faudra surveiller de près le risque financier. La crise du crédit a fait tache d'huile durant les deux derniers mois de l'année 2007. La banque centrale européenne a dû injecter 500 milliards de dollars (G$) de liquidités dans le système bancaire européen afin de lui permettre de fonctionner rondement.
" Cette injection massive de liquidités est symptomatique de l'ampleur du risque financier ", dit Carlos Leitao.
Il est encore trop tôt pour déterminer s'il s'agit uniquement d'une turbulence technique de fin d'année, ou si cette opération cache un problème beaucoup plus grave.
" Le scénario le plus probable est qu'il n'y aura pas de récession aux États-unis ", croit également François Dupuis, économiste en chef au Mouvement Desjardins.
Mais la partie n'est pas encore gagnée. L'économie américaine est aux prises avec une crise sérieuse du secteur immobilier. " Les ajustements dans ce secteur risquent de se produire pendant toute l'année ", dit M. Dupuis.
Un climat de grande incertitude plane donc sur l'horizon 2008. Les marchés financiers ont été ravagés par une deuxième vague de problèmes en novembre et décembre. " Il faudra voir si cette tendance se poursuit ", indique François Dupuis.
Par ailleurs, un indicateur de probabilité de récession mesuré par Merrill Lynch s'est rapidement détérioré au cours des derniers mois, explique le principal économiste de la firme pour l'Amérique du Nord, David Rosenberg. Cet indicateur, établi à partir des courbes de rendement et des écarts de taux des obligations de sociétés, établit actuellement le risque de récession à 100 %. Cette probabilité était de 75 % en octobre et était nulle l'été dernier, avant le début de la crise du crédit.
Récession ou simple ralentissement ? Le sort du dollar américain en dépend.
Des déficits et une politique internationale qui fragilisent le dollar
D'autres facteurs fragilisent également le dollar américain.
Le budget du gouvernement américain, qui affichait un surplus durant la période de l'euphorie technologique des années 90, est aujourd'hui déficitaire, principalement à cause des dépenses militaires et des baisses d'impôts instaurées par l'administration Bush.
L'épargne des consommateurs étant actuellement nulle, ces déficits doivent être financés par des emprunts à l'étranger, ce qui est improductif pour l'économie américaine.
De plus, depuis les attentats de septembre 2001, la politique internationale menée par les dirigeants américains nuit à l'image des États-Unis à l'étranger.
Ces changements sont survenus alors qu'était lancée une nouvelle monnaie (l'euro) pouvant faire contrepoids au dollar américain. Les investisseurs disposaient dès lors d'une solide valeur de rechange à la devise américaine.
Une baisse excessive
La baisse du dollar américain depuis 2002 était souhaitable, mais le problème vient du fait que les mouvements de devises ont tendance à être excessifs, explique François Dupuis.
" Les États-Unis doivent résorber leur déficit commercial ", souligne-t-il. Ils doivent donc réduire leurs importations et augmenter les exportations. Les dernières statistiques montrent que la baisse du dollar commence à aider à rééquilibrer les échanges commerciaux américains. Le déficit commercial américain, qui approchait les 220 G$ US au troisième trimestre de 2006, s'est résorbé à 178 G$ US au trimestre correspondant en 2007.
Si le dollar américain chute autant, c'est probablement parce qu'il s'était trop apprécié entre 1994 et 2002, selon M. Dupuis. La Réserve fédérale avait entrepris une hausse des taux d'intérêt le 4 février 1994. En moins d'un an, le taux des fonds fédéraux (federal funds) avait doublé, passant de 3 à 6 %.
Par la suite, l'arrivée massive de capitaux étrangers cherchant à profiter de l'euphorie pour le secteur des technos a assuré la hausse du billet vert pendant plusieurs années.
Par contre, le ralentissement économique et la baisse des taux à partir de 2002 ont relancé le dollar dans l'autre direction, là aussi de façon exagérée.
" Si le dollar américain demeure trop faible, les économies européenne et canadienne seront en sérieuse difficulté ", dit M. Dupuis.
Un dollar faible pour contrer les exportations asiatiques
Autant les experts croient que le dollar américain doit cesser de baisser par rapport à l'euro et au dollar canadien, autant ils croient que l'inverse doit se produire par rapport aux devises des pays émergents, principalement la Chine et l'Inde.
Les États-Unis pourraient ainsi améliorer les termes de l'échange (les prix des biens exportés divisés par les prix des biens importés) avec ces économies exportatrices afin de rétrécir leur déficit commercial.
" Bien qu'en l'absence de récession, le billet vert devrait se stabiliser, à plus long terme il doit faiblir par rapport aux devises des pays émergents ", dit M. Marchon, de HEC Montréal. Depuis 2005, le yuan chinois s'est apprécié de 10 % par rapport au dollar américain, mais ce ne serait pas assez, selon les experts.
Pour l'instant, le gouvernement chinois tente envers et contre tous de poursuivre une politique économique reposant sur une devise très faible.