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Le décollage est bel et bien amorcé entre l'industrie aérospatiale québécoise et celle de l'Italie.
" Les entreprises québécoises et italiennes de l'aérospatiale ont beaucoup de complémentarités, affirme Suzanne Benoît, directrice générale d'Aéro Montréal, regroupement qui réunit cette industrie à Montréal. Les entreprises d'ici peuvent apporter des technologies et des façons de faire que les Italiens n'ont pas et c'est la même chose pour les sociétés italiennes en raison de leur très grande expertise dans la fabrication de pièces. "
L'aéronautique est en croissance au pays, particulièrement au Québec où 60 % du secteur est établi. L'industrie compte 240 entreprises, emploie 40 000 personnes et a un chiffre d'affaires de 11,4 milliards de dollars, dont 70 % est consacré à la R-D.
Conjoncture idéale pour l'industrie
" L'aéronautique est un secteur cyclique et nous nous trouvons dans le haut d'un cycle. Si nous nous fions à la tendance, il ne devrait pas y avoir de bas avant quelques années puisque les compagnies aériennes passent des commandes pour renouveler leur flotte ", poursuit Mme Benoît.
Selon la directrice générale d'Aéro Montréal, la conjoncture est idéale pour les entreprises québécoises qui souhaitent élargir leur marché et conclure des partenariats. Les quatre donneurs d'ordres du Québec - Bombardier, Pratt et Whitney, Bell Helicopter et CAE - sont déjà bien outillés pour se positionner sur la scène internationale. Et Montréal est l'un des rares endroits dans le monde où l'on peut se procurer la quasi-totalité des composants d'un aéronef dans un rayon de 30 kilomètres. C'est une situation qui produit de multiples effets positifs.
En 2006, les quatre grandes entreprises québécoises de l'aérospatiale ont réalisé des revenus de 7,8 milliards de dollars. Elles ont permis à la région de Montréal d'être la deuxième agglomération au monde en termes de densité d'emplois liés à cette industrie et la sixième pour ce qui est des ventes.
En plus des donneurs d'ordres, une quinzaine d'équipementiers et quelque 220 PME contribuent également au rayonnement de l'industrie québécoise de l'aérospatiale dans le monde. Ces entreprises sont en mesure de tirer leur épingle du jeu à l'étranger. Les grands avionneurs, comme Airbus en France ou Boeing aux États-Unis, sont toujours à la recherche de fournisseurs.
Les Chinois, les Russes, les Brésiliens et les Italiens ne sont pas en reste. En Italie, par exemple, l'industrie aérospatiale a réalisé un chiffre d'affaires de 11 milliards d'euros en 2006. La grande société italienne Finmeccanica offre de belles occasions d'affaires en donnant plusieurs contrats aux PME italiennes et à des sous-traitants étrangers. " Nos entreprises peuvent donc essayer d'en profiter et tenter de conclure des partenariats avec des PME italiennes ou directement avec les donneurs d'ordres ", ajoute Mme Benoît.
Héroux-Devtek lorgne l'Italie
Héroux-Devtek, de Longueuil, qui fabrique des trains d'atterrissage, des aérostructures et des composants de turbines à gaz, est d'ailleurs en train d'évaluer des occasions d'affaires en Italie. Son pdg, Gilles Labbé, avoue qu'il discute avec Alenia.
" Alenia vient d'obtenir un gros contrat de fabrication d'avions militaires aux États-Unis. Elle prévoit doubler ses ventes et, par le fait même, elle est à la recherche de fournisseurs mondiaux, mentionne-t-il. Pour nous, c'est vraiment un partenaire potentiel et, en plus, il y a des programmes d'aide à l'investissement intéressants en Italie. Pour chaque dollar investi, le gouvernement italien en investit un. "
Héroux-Devtex a la taille suffisante pour offrir de l'équipement et des services à de grandes sociétés étrangères d'aérospatiale. Il est toutefois plus difficile pour les PME québécoises de conclure des ententes directement avec les multinationales. L'industrie subit des changements dans la chaîne d'approvisionnement puisque les grands donneurs d'ordres veulent réduire le nombre de leurs sous-traitants. Ils préfèrent coopérer avec quelques entreprises intermédiaires qui géreront les nombreux sous-traitants et avec des entreprises qui sont en mesure de leurs offrir des systèmes intégrés.
Consolider ses activités pour survivre
Parce que les grands donneurs d'ordres ne veulent plus avoir à traiter avec de très petits sous-traitants, " les PME québécoises et d'ailleurs dans le monde devront se regrouper si elles veulent survivre dans l'industrie ", croit Mme Benoît. Et comme ils préfèrent de plus en plus se tourner vers les intégrateurs, " c'est un grand problème pour nos PME puisque les grands intégrateurs ne ne sont pas vraiment présentes au Québec ", reconnaît-elle.
Cette nouvelle réalité entraînera des changements dans l'industrie aérospatiale. Selon Mme Benoît, les PME québécoises devront se regrouper et développer des ensembles intégrés plutôt que fabriquer des produits uniques. Pour y parvenir, elles devront adopter de nouvelles technologies et développer des capacités de haut niveau en design, en développement et en fabrication.
Une façon d'y arriver sera aussi de se tourner vers des entreprises étrangères pour combler certaines lacunes, ce qui crée des occasions d'investissement pour des firmes étrangères qui pourraient venir s'implanter chez nous afin de combler ce besoin. Mme Benoît donne l'exemple des systèmes hydrauliques. " Pourquoi une société italienne ne viendrait-elle pas s'installer au Québec pour en fabriquer ? "