Accueil >> Publications >> Les Affaires >> article journal lesaffaires.com
Les banques canadiennes réussiront-elles à se réinventer afin de maintenir leur rentabilité ?
C'est la question que posent les analystes et les gestionnaires qui expriment pour la première fois depuis cinq ans des craintes en ce qui concerne les perspectives d'appréciation des titres des grandes banques canadiennes. La crise mondiale du crédit forcera les banques à modifier leur modèle d'entreprise des 10 dernières années, pourtant si profitable, explique Claude Boulos, premier vice-président, Actions canadiennes, chez Gestion de portefeuilles Natcan.
Devant la demande des investisseurs désireux d'acheter des titres offrant un meilleur rendement que les obligations gouvernementales, les banques ont créé un grand nombre de produits structurés par lesquels elles regroupaient et vendaient leurs prêts.
Ainsi, elles transféraient à d'autres les risques tout en conservant une partie du rendement. De plus, ces opérations libéraient des capitaux que les banques pouvaient utiliser à d'autres fins.
Nouvelles sources de profit
La crise du crédit pourrait grandement freiner ces opérations. " Il faut donc se demander quel sera l'effet sur la rentabilité des banques, mais aussi, que fera-t-on pour remplacer ces sources de profits ", dit M. Boulos.
L'analyste André-Philippe Hardy, de RBC Marchés des capitaux, abonde dans le même sens. Il note d'abord qu'il est difficile, compte tenu de la crise du crédit qui secoue les marchés financiers partout dans le monde, de prédire si les banques canadiennes réussiront à maintenir la croissance des bénéfices provenant des marchés des capitaux qu'elles ont réalisée au cours des dernières années.
Mais aussi, puisque les bénéfices des banques sont tributaires de la santé de l'économie en général, des risques élevés de ralentissement aux États-Unis pourraient nuire à la rentabilité des banques. L'économie canadienne ne pourra pas éviter les effets d'un ralentissement américain. " Ce n'est que dans six mois que nous en saurons plus sur ces deux inconnus ", dit M. Hardy.
Il préfère tout de même prévenir le coup. Le 15 novembre, il a abaissé la cote qu'il accordait à la Banque CIBC de " surperformance " à " performance égale au marché ", ainsi que ses cours cibles pour quatre banques, soit les banques CIBC, de Montréal, Scotia et Nationale.
Toutefois, si le passé est garant du futur, il y a lieu d'être optimiste, juge M. Boulos. " Les banques canadiennes s'ajustent rapidement aux changements des marchés et aux sources de profit ", dit-il.
Enfin, la santé de l'économie canadienne s'améliore depuis 10 ans, et il est permis de croire que cela se poursuivra.
Évaluation attrayante
Par ailleurs, la baisse des cours des banques canadiennes (plus de 10 %) depuis le début de l'été les a ramenés à des niveaux très attrayants, souligne Kevin Choquette, analyste chez Scotia Capitaux.
Les banques ont annoncé des pertes liées au papier commercial de 2,2 milliards de dollars (G$), soit 1,3 G$ après impôts. Cela représente 1,5 % de l'avoir des actionnaires.
" Ces pertes sont modestes quand on les compare à celles des grandes banques internationales ", dit M. Choquette.
De plus, ces pertes ont été compensées par un gain après impôts de 1,1 G$ que les banques canadiennes ont réalisé à la suite de la restructuration de Visa International.
À leurs cours actuels, les banques canadiennes offrent en moyenne un dividende qui équivaut à 95 % du taux de rendement des obligations de 10 ans du gouvernement. C'est un record, dit M. Choquette.
Compte tenu que leurs dividendes continueront d'augmenter régulièrement au cours des cinq prochaines années, le prix auquel s'échangent les actions de banques est très attrayant, selon lui. Il recommande principalement l'achat des banques Royale et TD.
Les résultats du quatrième trimestre terminé le 31 octobre devraient montrer, pour l'ensemble des banques, une croissance du bénéfice d'exploitation de 5 à 10 % par rapport au trimestre correspondant de l'année précédente, selon Ian de Verteuil, analyste chez BMO Marchés des capitaux. Il s'agira toutefois d'une baisse de 10 % comparativement au troisième trimestre.
Néanmoins, l'état du bilan demeure solide. " Il faudrait être cynique pour s'inquiéter des banques, alors que leurs capitaux de premier rang se maintiennent à des niveaux de 8,5 à 9,5 % ", dit M. de Verteuil.
Il préfère les banques TD et CIBC, compte tenu de leur forte présence dans les secteurs des prêts aux particuliers et de la gestion de patrimoine. Il croit aussi que le titre de la Banque Nationale est à un cours attrayant.