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Les titres américains ont la cote pour 2008

  • Marie-Claude Morin, Journal Les Affaires
  • 22 novembre 2007

Les marchés boursiers seront secoués par d'autres périodes de turbulences l'année prochaine, selon les cinq gestionnaires de portefeuilles québécois à qui nous avons demandé de nous dévoiler leurs recommandations de titres pour 2008.

Plusieurs d'entre eux se réfugient donc dans les titres de grandes sociétés américaines, réputées pour leur plus grande résistance lorsque l'incertitude est à son comble.

Les adeptes des multinationales américaines

Stephen Gauthier, président de Gauthier Gestion de placements, se prépare depuis un certain temps à une tempête. " Nous ne voyons actuellement que la pointe de l'iceberg ", dit-il en parlant des problèmes liés à la crise du crédit.

En plus de subir les effets du dégonflement de la bulle du crédit, les sociétés canadiennes pourraient pâtir de la chute de la demande pour les ressources naturelles, prévoit M. Gauthier. Étant surtout composée de titres cycliques et financier, la Bourse de Toronto affichera un rendement négatif en 2008, dit-il.

M. Gauthier se réfugie dans les titres de consommation essentielle, tels que Colgate- Palmolive, Coca-Cola et le groupe britannique de téléphonie Vodafone.

En plus de dégager d'abondantes liquidités, ces sociétés sont peu endettées, fait-il valoir. La faiblesse du dollar américain favorise aussi leurs exportations et accroît leur rentabilité.

M. Gauthier accumule des actions de Procter & Gamble. " C'est l'entreprise la mieux placée pour profiter de la forte croissance de pays émergents comme la Chine ", dit-il. Le titre lui paraît raisonnablement évalué, en plus de verser un dividende de 2 %.

Jean-Paul Giacometti, gestionnaire de portefeuilles chez Claret, juge lui aussi que les grandes sociétés américaines s'échangent à des valeurs raisonnables et offrent de bonnes perspectives de croissance. Leurs exportations, qui profitent de la chute du dollar américain, diminuent le risque de change pour un investisseur canadien, en plus d'offrir une bonne diversification géographique. Plutôt que des vedettes, il cherche des titres qui risquent peu de baisser sur un horizon de trois à cinq ans.

Son coup de coeur va à Pfizer : " L'action s'échange à un bon prix, et puisqu'elle verse un dividende de 5 %, Pfizer est comme un bon du Trésor. "

Il aime aussi Wal-Mart parce qu'elle constitue un placement peu risqué et a de belles possibilités de croissance.

Au Canada, M. Giacometti va à contre-courant et opte pour Groupe Jean Coutu, une société qu'il juge délaissée.

Il voit aussi en Biovail une bonne occasion. Le titre a souffert exagérément à la suite de nombreuses mauvaises nouvelles, dit-il. La pharmaceutique est solide financièrement, paie un généreux dividende et mise sur plusieurs produits en développement.

Bruce Kent favorise les financières et les commerçants américains

Bruce Kent, gestionnaire de portefeuilles pour le Groupe Bruce Kent, chez RBC Dominion valeurs mobilières, croit aussi que les Canadiens doivent utiliser le huard fort pour faire le plein de titres américains délaissés. Il favorise les titres de grande capitalisation, surtout parmi les financières et les commerçants.

Merrill Lynch présente un bon potentiel d'appréciation, selon lui. " Le nouveau pdg, John Thain, est un excellent choix. Il a prouvé qu'il était à la hauteur quand il dirigeait le New York Stock Exchange et Goldman Sachs. " Il ne faut pas attendre que tous les nuages se soient dispersés pour investir dans les courtiers, dit-il.

M. Kent aime aussi Berkshire Hathaway, Moody's et US Bancorp.

Le gestionnaire trouve également des occasions dans le commerce de détail. Il jette son dévolu sur Target et sur Lowe's. " Target est délaissée, bien qu'elle soit bien positionnée. Elle offre des produits de marque à bas prix, ce qui devrait jouer en sa faveur ", dit-il.

Quant à Lowe's, elle domine le marché des quincailleries américaines en termes de croissance de la clientèle. " Elle cible les femmes. C'est très intelligent, car ce sont elles qui décident quand vient le temps de rénover. "

L'excellent modèle d'entreprise et la qualité d'exécution de Costco Wholesale en font un autre bon choix, dit M. Kent.

Marchés émergents, ressources, infrastructures et banques canadiennes

Marc Dalpé, du Groupe Dalpé-Milette, affilié à Valeurs mobilières Desjardins, investit sur un horizon de trois ans, en essayant de prévoir ce que sera le marché après les turbulences actuelles.

" Les investisseurs reviendront vers les secteurs réellement porteurs de croissance, soit les marchés émergents, les ressources naturelles et les infrastructures ", soutient-il. M. Dalpé privilégie l'Asie du Sud-Est, l'Inde et les sociétés chinoises cotées à la Bourse de Hong-Kong. Selon lui, l'achat de fonds négociés en Bourse reproduisant les indices est une bonne façon de participer à la croissance de ces marchés.

Dans le secteur des ressources, il aime Teck Cominco. " Le titre a beaucoup baissé récemment, mais la société possède un excellent bilan et est diversifiée dans plusieurs métaux. " Selon lui, le dollar américain, dont la chute a nui à Teck Cominco, devrait se stabiliser prochainement. M. Dalpé privilégie aussi le pétrole, optant pour un investissement dans l'indice.

Dans le secteur des infrastructures, SNC- Lavalin représente une bonne occasion.

M. Dalpé reste fidèle au secteur bancaire canadien, privilégiant la Banque Royale, la Banque TD et la Banque Scotia. " En cinq ans, c'est le meilleur moment pour acheter ces sociétés financières ", estime-t-il.

Miser sur les sociétés de petite capitalisation très rentables

Quand le vent se lève en Bourse, les petites sociétés sont plus vulnérables.

Voilà pourquoi J. Sebastian van Berkom, président de Van Berkom & Associés, mise sur les sociétés bien établies et très rentables.

Dans le secteur de la santé, l'expert des petites capitalisations reste fidèle à la fiducie de revenu CML Healthcare. CML est le plus important fournisseur de services d'analyse de laboratoire en Ontario et un fournisseur de services d'imagerie médicale. " C'est une entreprise qui dégage des liquidités abondantes et qui a un bon potentiel de croissance dans le domaine de l'imagerie médicale ", fait-il valoir. Grâce à la croissance des distributions, un placement dans CML pourrait doubler sur cinq ans, dit-il.

Côté énergie, il fait le pari que Mullen Transport bénéficiera de l'éventuel redressement des cours du gaz naturel. Mullen est un important fournisseur de services pétroliers en Alberta.M. van Berkom croit que le taux de rendement annuel de ses distributions, qui dépasse 10 %, permet de patienter.

Dans les communications, il aime l'éditeur de journaux et de publications spécialisées Glacier Ventures International. Selon M. van Berkom, Glacier récolte les fruits de l'intégration d'Hollinger Canada, acquise l'an dernier.

Dans le secteur de la consommation, il favorise la fiducie de revenu Premium Brands, de Colombie-Britannique, qui fabrique des produits alimentaires préemballés. M. van Berkom pense pouvoir doubler son investissement sur cinq ans grâce à l'effet combiné de la croissance des bénéfices de Premium Brands et du rendement de sa distribution annuelle, qui est actuellement de 8,1 %.

Dans les technologies de l'information, son choix se porte sur le Groupe Logibec. Le fournisseur montréalais de logiciels de gestion clinique et administratifs peut doubler ses bénéfices en cinq ans grâce à sa croissance interne et à des acquisitions, dit M. van Berkom.

Logibec a annoncé le 19 novembre l'acquisition de l'américaine Achieve Healthcare Technologies, pour 34 millions de dollars américains. Logibec double ainsi sa taille aux États-Unis.

M. van Berkom assure que les fiducies qu'il suggère resteront rentables quand elles seront soumises au régime d'imposition en 2011.

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