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Une période turbulente pour les Bourses mettra les investisseurs à l'épreuve à court terme. Le contexte devrait cependant s'améliorer dans la deuxième moitié de 2008, permettant aux marchés boursiers de connaître une année positive.
C'est ce que prévoient les quatre stratèges consultés par le journal Les Affaires.
Il y a toutefois une condition à leurs yeux pour que ce scénario optimiste se réalise : l'économie américaine ne doit pas tomber en récession.
L'onde de choc de la crise de crédit qui a pris naissance dans le marché hypothécaire aux États-Unis prend une ampleur inquiétante et tient les financiers en haleine. La croissance économique américaine pourrait être anémique dans les six premiers mois de 2008.
Peter Gibson, stratège chez Valeurs mobilières Desjardins, évoque même la possibilité que la croissance de l'économie américaine soit stoppée au quatrième trimestre de 2007 ou au premier trimestre de 2008. En d'autres mots, il est peu probable qu'il y ait vraiment récession - deux trimestres négatifs -, mais l'effet du ralentissement prévu s'en approchera.
C'est pourquoi certains stratèges misent sur une baisse des taux directeurs de la part de plusieurs banques centrales afin de raviver l'économie et la Bourse plus tard en 2008.
La juste évaluation des titres boursiers en général et la bonne tenue de l'inflation sont deux autres assises pour la Bourse, dit Ben Joyce, stratège chez BMO Marchés des capitaux.
Néanmoins, l'espoir que les États-Unis réussiront à éviter la récession grâce à des taux d'intérêt et une monnaie plus faibles varie d'un stratège à l'autre et colore leur stratégie.
Au soixantième mois du marché haussier, il faut choisir ses secteurs d'activité et ses titres avec plus de soin et se donner les moyens d'acheter ceux-ci quand ils flanchent en conservant des munitions.
Un mélange de secteurs refuges et cycliques aux États-Unis
Ce n'est pas le temps d'être téméraire lorsque les banques, le poumon financier de l'économie, sont en pleine tourmente, estime Myles Zyblock, stratège quantitatif chez RBC Marchés des capitaux. " Au cours des trois à six prochains mois, les radiations d'actif par les banques, leurs répercussions et le ralentissement économique ébranleront les marchés ", explique-t-il.
Selon M. Zyblock, le risque de récession se situe à 20 %, car la Réserve fédérale a déjà abaissé son taux directeur de 0,75 %. Cette détente commencera à se faire sentir dans l'économie d'ici six à neuf mois. Les taux repères américains de 2 et de 10 ans sont les plus faibles depuis 2005, rapporte Bloomberg.
" Il a été rentable lors de 11 des 12 dernières détentes des taux de miser sur un rebond des actions 12 mois plus tard ", dit M. Zyblock.
La seule exception a été lors de l'implosion de la bulle des titres de technologie de 2000 qui a provoqué le marché baissier de 2001 et 2002.
En quête de secteurs refuges de qualité, le stratège de RBC se tourne vers les multinationales de produits de consommation essentiels et les grandes sociétés pharmaceutiques.
Au Canada, il est difficile d'appliquer ce genre de stratégie sectorielle, car notre marché compte trop peu de ces sociétés. Il faut donc choisir ses titres un par un parmi ceux qui profitent de la bonne tenue de l'économie et de l'emploi, de la croissance des salaires et de la hausse du huard : les détaillants et les médias.
Dans cette veine, il faut éviter le secteur manufacturier qui souffrira à la fois du ralentissement américain et de la force du huard. Le premier facteur fait diminuer les ventes des fabricants et le deuxième comprime leurs marges bénéficiaires.
Parmi les secteurs plus sensibles à la conjoncture, M. Zyblock accorde sa confiance aux grandes sociétés pétrolières et aux fournisseurs de technologies, aux États-Unis surtout.
" La rentabilité et l'évaluation des sociétés pétrolières américaines rendent leurs titres plus attrayants. Au Canada, la hausse du huard diminue les ventes réalisées en dollars américains, pendant que les coûts des producteurs canadiens augmentent ", explique-t-il.
Investir dans les fournisseurs américains de technologies reste aussi un bon moyen de participer à la croissance supérieure des pays étrangers, à un prix raisonnable et sans le risque financier associé à des bilans grevés de dettes.
Stratégie audacieuse à moyen terme
Peter Gibson, un spécialiste de l'interrelation entre les taux et la Bourse, est catégorique : une récession américaine serait nuisible pour tous étant donné l'étroite interdépendance économique et financière entre les pays.
Ainsi, le commerce enrichit les exportateurs tels que la Chine et le Japon, qui détiennent toutefois 4 000 des 9 000 milliards de dollars américains des titres de dettes américains.
" Tous ont intérêt à ce que la roue continue de tourner. C'est pourquoi, contre toute attente, les taux d'intérêt baissent, malgré la chute du dollar américain, explique M. Gibson
" La faiblesse de la monnaie américaine oblige ses partenaires commerciaux à suivre la tendance baissière des taux aux États-Unis afin d'éviter que leur propre monnaie ne s'apprécie trop par rapport au dollar et nuise à leurs exportations ", ajoute-t-il.
L'expert de Valeurs mobilières Desjardins donne en exemple l'augmentation du prix des aliments en Chine.
La baisse du dollar américain aide la Chine à prévenir une flambée encore plus néfaste des prix en diminuant le coût des denrées agricoles qu'elle importe des États-Unis.
La défi à relever est de taille pour les économies mondiales. Il faut donc s'attendre à des accidents de parcours.
Dans l'optique où tout serait mis en oeuvre pour éviter une récession et prolonger le cycle de prospérité, il faut considérer comme des occasions d'achat les chutes des marchés que Peter Gibson prévoit en 2008 et en 2009.
Le stratège croit tout de même possible que les Bourses canadienne et américaine s'apprécient de 6 à 8 % en moyenne par année - et davantage avec les dividendes - jusqu'à la fin de la décennie. " Les investisseurs fonceurs qui achèteront pendant les reculs les plus prononcés réaliseront des rendements encore meilleurs ", dit M. Gibson.
Ce n'est pas fini pour l'énergie et les métaux
D'ici là, l'industrialisation des pays émergents, et l'augmentation de leurs besoins en ressources, resteront de fortes tendances.
Contrairement à ses collègues, M. Gibson pense que la Bourse canadienne pourrait prolonger sa performance supérieure, car 44 % de la valeur de l'indice torontois S&P/TSX provient des producteurs d'énergie et de métaux.
La baisse du dollar américain aura aussi tendance à soutenir les prix des denrées et le dollar canadien.
Entre 1999 et 2005, l'énergie est le secteur qui a obtenu le meilleur rendement à la Bourse de Toronto. Les métaux sont entrés dans la danse à partir de 2003. M. Gibson s'attend à ce que l'énergie reprenne une position dominante, car la rentabilité des producteurs s'améliorera grâce au prix élevé du pétrole. Les producteurs de métaux devraient à leur tour reprendre le relais d'ici un an ou deux.
Encore trop tôt pour acheter les banques canadiennes
M. Gibson croit aussi que l'occasion d'acheter à bon prix les titres des banques canadiennes se représentera au cours des six à huit prochains mois. " Il ne faut pas oublier qu'elles avaient perdu la moitié de leur valeur lors de la crise des monnaies asiatiques, suivi du défaut des dettes russes et de la déconfiture du fonds LongTerm Capital Management, en 1998 et 1999 ", rappelle-t-il.
Aux États-Unis, M. Gibson tourne ses canons vers les plus grandes sociétés parce que leur rentabilité, telle que mesurée par la croissance trimestrielle de leur rendement de l'avoir des actionnaires, augmente toujours.
De plus, les entreprises du S&P 500 réalisent 38 % de leurs revenus à l'extérieur de l'Amérique du Nord et profiteront davantage de la croissance asiatique et de la faiblesse du dollar.