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Les détaillants qui résistent devront sans tarder réduire leurs prix. Et ceux qui l'ont déjà fait devront les baisser encore plus !
Impitoyable, cet avis n'est pas celui d'un organisme de protection des consommateurs, mais bien celui de consultants en commerce de détail, qui observent l'approche de la période des fêtes avec énormément d'inquiétude.
" Les détaillants vivent le pire scénario. Et plus Noël approchera, plus les choses chaufferont pour eux, soutient Dalan Bronson, directeur du consultant canadien J.C. Williams Group. Ils n'auront d'autre choix que de réagir, ou ça pourrait devenir carrément laid. "
Le casse-tête des commerçants dure depuis au moins un mois. Mais avec la montée fulgurante de la valeur du huard des deux dernières semaines, leur position est devenue presque intenable. Ils sont pris en étau entre des consommateurs qui réclament toujours plus pour leur huard et des fournisseurs qui tardent à réduire leurs prix.
" À la veille de Noël, une période qui est déjà occupée, la gestion de tout cela devient très compliquée, dit Alain Chamberland, directeur des ventes du spécialiste de la photo L.L.Lozeau à Montréal. Et le plus frustrant dans toute cette histoire, c'est que les consommateurs ne réalisent pas combien la plupart des détaillants sont tributaires d'agents distributeurs. "
Ces fournisseurs jouent le rôle d'intermédiaires entre les fabricants et détaillants. Ce sont eux qui importent les produits, pour ensuite les revendre à l'ensemble des détaillants du pays, très souvent en devise canadienne.
C'est le cas par exemple de Forzani (Sports Expert, Atmosphère, etc.), dont 90 % des achats sont faits en dollars canadiens, auprès de filiales de sociétés américaines (Nike Canada, entre autres).
Des choix déchirants
Depuis la fin octobre, des détaillants d'importance, comme Zellers, Wal-Mart, Best Buy et Sears, ont pris les devants pour annoncer des baisses de prix notables, résultant de négociations avec leurs fournisseurs.
Parfois, comme chez Holt Renfrew, les baisses remarquées ont été le fait de manufacturiers. Ce fut le cas, par exemple, pour un sac à main vendu 1 600 $, soldé depuis la semaine dernière à 1 350 $.
" C'est leur façon de dire à notre clientèle : on vous entend, on vous comprend ", dit sa directrice des communications, Jozée DesRosiers.
Mais à défaut de parvenir à une entente avec leurs fournisseurs ou manufacturiers, des détaillants ont été forcés de gruger leurs marges bénéficiaires. Wal-Mart l'a fait, Indigo aussi, même la Maison Ogilvy n'a pu faire autrement.
" Comment voulez-vous que le consommateur fasse la différence entre un manteau payé en dollars américains et un autre, de collection allemande ou italienne, payés en euros ?, demande Bernard Paré, président d'Ogilvy. Plutôt que de confondre le consommateur, on a décidé d'appliquer nos rabais de 30 %, uniformément, à l'ensemble de notre marchandise d'automne. "
Une décision qui n'est pas à la portée de tous les commerçants. Avec des marges nettes qui varient de 2 à 6 % selon les secteurs, la latitude de la majorité des détaillants demeure très limitée, explique Kim Furlong, vice-présidente, Relations gouvernementales fédérales, du Conseil canadien du commerce de détail.
Des taxes d'accises à l'importation (de 8,5 % en moyenne) souvent inexistantes aux États-Unis, l'imposition par les fabricants de prix du coûtant souvent plus élevé pour les détaillants au Canada que pour ceux du voisin du sud, un pouvoir d'achat global moindre que les États-Unis (300 millions d'habitants) et des normes de qualité et de sécurité parfois plus élevées ici expliquent, selon elle, toute la difficulté des détaillants à offrir la parité de prix espérée par leurs clients.
Des consommateurs en attente de la baisse des prix ?
Malgré tous leurs efforts déployés jusqu'à maintenant, les détaillants n'en auraient pas encore fait suffisamment. En fait, de l'avis de plusieurs spécialistes, ils devront faire encore plus pour réduire leurs prix.
Depuis quelques semaines, les données de ventes comparables connaissent un recul de façon générale, remarque Marie-Claude Frigon, associée au service-conseil en commerce de détail de RSM Richter, à Montréal.
L'automne chaud vécu ici n'y est pas étranger. Mais une augmentation des achats aux États-Unis pourrait aussi expliquer partiellement cette situation. À moins, soutient Mme Frigon, que ces résultats reflètent simplement une tendance chez les consommateurs canadiens qui, voyant les prix baisser depuis quelques semaines, à reporter leurs achats de Noël.
Combien de temps les consommateurs attendront ? Et combien de temps les détaillants résisteront-ils à la pression de baisser encore davantage leurs prix ? " Les six dernières semaines avant Noël sont cruciales pour plusieurs, affirme Mme Frigon. Il viendra un temps où les détaillants n'auront pas le choix d'en faire encore plus. "
Ou sur le Net ?
D'autant plus que rien n'assure que les consommateurs canadiens soient réellement en train d'attendre.
Il y a bien sûr les milliers de personnes qui traversent la frontière quotidiennement.
Mais les craintes des spécialistes sont davantage tournées vers les achats par Internet.
" Au lieu d'attendre, les consommateurs canadiens sont peut-être en train de faire leurs achats par Internet ", avance Mme Frigon.
Postes Canada a d'ailleurs rapporté en septembre et octobre une augmentation de 15 % des colis en provenance de sociétés américaines, ce qui l'a forcée à accroître le personnel de ses centres de traitement de courrier de Vancouver, Toronto et Montréal.
Cette situation résulte vraisemblablement, selon son porte-parole, François Legault, d'une croissance des ventes par Internet, résultant de l'augmentation du dollar canadien.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Indigo Books & Music, de Toronto, a annoncé dès la fin octobre un programme de réduction de 5 à 40 % sur l'ensemble de ses titres-vdettes dans ses magasins Indigo, Chapters et Coles. La concurrence américaine de d'Amazon.com, entre autres, n'était plus tenable.
" Les détaillants n'ont pas le choix. Leur stratégie doit être celle du plus bas prix possible, en dépit de tout le mal que cela peut leur causer pour le moment, affirme Dalan Bronson, de J.C. Williams Group. Ou bien ils répondent à leurs attentes, ou bien les consommateurs iront ailleurs. Ce à quoi nous risquons d'assister de plus en plus. "