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Il faut esquisser la dynamique de l'industrie de l'énergie solaire après l'actuelle pénurie de silicone pour reconnaître les leaders de demain. La croissance rapide de la demande de silicone a fait bondir les prix et a ralenti le développement de l'industrie solaire.
L'augmentation de la capacité de production des raffineries devrait cependant rééquilibrer la situation d'ici 2008 ou 2009.
Les investisseurs ne doivent donc pas préumer que les raffineries de silicone conserveront leur position de force à long terme, ni accorder trop d'importance aux sources d'approvisionnement des fabricants de cellules photovoltaïques (PV). En fait, ceux qui souffrent du coût élevé de la silicone et achètent au prix du disponible (prix spot) pourraient être les gagnants de demain puisque la situation les force à devenir plus efficaces.
D'un autre côté, les sociétés qui ont signé des contrats à long terme au prix fort ou qui ont cédé une partie de leur capital-actions pour assurer leur approvisionnement risquent de s'en mordre les doigts lorsque les prix chuteront.
Des technologies toujours pertinentes
Plusieurs entreprises sont entrées dans l'industrie ces dernières années en promettant le développement de technologies qui élimineront la dépendance à la silicone.
La seule technologie actuellement en mode de production est celle des couches minces, pour laquelle l'américaine First Solar possède une nette avance. Puisque les couches minces sont fabriquées sans ou presque sans silicone, leur coût de production est moins élevé que celui des cellules PV.
" Dans un contexte où l'offre de silicone suffira à la demande, cet avantage compétitif se volatilisera en grande partie, mais la technologie devrait demeurer viable ", explique Pavel Mochanov, analyste chez Raymond James.
Pour sa part, Steve O'Rourke, analyste chez Deutsche Bank, prévoit une part de marché de 20 % pour les couches minces d'ici cinq ans, comparativement à 10 % en 2006, estimant qu'elles répondent à des besoins différents des cellules PV. Il juge plus risquées les entreprises produisant des couches minces, mais s'attend à ce qu'elles procurent un rendement conséquent.
Rupert Merer, analyste à la Financière Banque Nationale, est plus prudent : " Les couches minces sont une bonne technologie, mais il y a beaucoup trop d'entreprises dans ce secteur ", dit-il. Il demeure cependant enthousiaste envers le potentiel de First Solar, surtout pour les marchés commerciaux et industriels.
Pour Michael Carboy, directeur principal chez Signal Hill Capital, la fin de la pénurie de silicone ne signifiera pas nécessairement la mort des technologies émergentes : " Il y aura différents types de technologies solaires pour les mêmes raisons qu'il y différents types de pains : parce que nous avons des besoins variés. "
Guerre des prix
La plupart des fabricants de cellules PV et de panneaux projettent l'agrandissement ou la construction d'usines.
La hausse de la capacité de production en laisse certains perplexes. " Il est fort probable qu'on observera une surcapacité dans l'industrie, ce qui entraînera des secousses dans les prochaines années ", affirme M. O'Rourke.
" Il y un risque que les fabricants de cellules entrent dans une énorme guerre des prix afin de maintenir leur niveau de production malgré l'augmentation de la production mondiale. Cette guerre débutera probablement à la fin de 2008 ", dit M. Carboy. Il croit que l'offre supplémentaire devrait être absorbée par le marché grâce aux baisses de prix.
Selon M. O'Rourke, plusieurs sociétés pourraient disparaître au cours des cinq prochaines années. Survivront celles qui se distinguent par des avantages concurrentiels durables, surtout d'ordre technologique, un modèle d'entreprise approprié et une structure de coûts avantageuse.
Une consolidation inévitable
Une consolidation de l'industrie sera inévitable dans un contexte de guerre des prix, juge M. Carboy. Toutefois, elle ne devrait pas se faire n'importe comment, mais plutôt en favorisant l'intégration verticale de la fabrication de cellules vers l'installation.
" Avoir sa propre production de silicone n'est pas nécessairement avantageux pour les fabricants de cellules PV ", explique-t-il.
De son côté, M. O'Rourke s'attend à ce que les fabricants de cellules PV développent ou acquièrent des technologies de couches minces afin d'élargir leur portefeuille de produits. Le mouvement inverse est, selon lui, moins probable, les fabricants de couches minces jouissant d'un coût de fabrication moindre.