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L'énergie solaire, nouvelle coqueluche des financiers

  • Marie-Claude Morin, Journal Les Affaires
  • 18 octobre 2007

L'industrie de l'énergie solaire est devenue très en vogue dans les milieux financiers.

Les investissements des fonds de capital de risque y sont en forte croissance, tout comme le nombre d'émissions publiques. Et de plus en plus de titres de sociétés de ce domaine font l'objet de recommandations de la part d'analystes.

Cet enthousiasme se répercute sur les marchés boursiers. L'américaine First Solar (Nasdaq, FSLR, 135,72 $ US) a affiché un rendement de 425 % depuis son inscription en novembre 2006, la chinoise Trina Solar (NY, TSL, 57,50 $ US), de 178 % depuis décembre 2006, alors que le titre de SunPower (Nasdaq, SPWR, 89,10 $ US) a crû de 181 % depuis 12 mois.

La croissance de l'industrie s'annonce encore plus vigoureuse durant les prochaines années, prévoient les analystes. Le rythme de cette progression est toutefois difficile à estimer.

" La puissance installée a crû en moyenne de 30 % au cours des 10 dernières années. Une croissance semblable, voire plus élevée, est réaliste, au moins pour les trois à cinq prochaines années ", prévoit Pavel Molchanov, analyste chez Raymond James.

Michael Carboy, directeur principal chez Signal Hill Capital, est encore plus enthousiaste : " L'industrie connaîtra une croissance énorme pendant plusieurs années, probablement de 60 % à 70 % annuellement. "

L'industrie solaire regroupe de nombreuses entreprises actives à un ou plusieurs niveaux de la chaîne de valeur. Des raffineries transforment d'abord le silicium en silicone, qui est ensuite tranchée. La silicone est l'un des composants principaux des cellules photovoltaïques (PV), qui convertissent le rayonnement solaire en électricité. Les cellules PV sont assemblées en panneaux, lesquels sont installés sur des terrains ou sur le toit des immeubles.

L'autre technologie principalement utilisée, appelée couches minces, consiste à fabriquer des panneaux par une fine superposition de semi-conducteurs.

L'énergie solaire est utilisée sur place, par exemple pour le chauffage et la climatisation, ou vendue au distributeur d'électicité.

L'industrie repose encore sur les subventions

C'est un consensus : sans subventions, il n'y aurait pas d'industrie de l'énergie solaire. Les coûts de production par kilowattheure (kWh) sont encore plus élevés que ceux d'autres formes d'énergie mais les subventions aident à atténuer cet écart, parfois même à rentabiliser sa production.

L'Europe, avec l'Allemagne en tête, et l'Asie, où le Japon montre l'exemple à suivre, sont les principaux leaders dans le domaine.

La réussite allemande repose sur un ambitieux programme de subventions : l'énergie solaire est achetée par la société d'énergie locale à un prix quatre fois plus élevé que le prix du marché.

Pour leur part, les États-Unis ne comptent que pour 10 % de la consommation d'énergie solaire actuellement. L'industrie a les yeux rivés sur le Congrès américain, qui pourrait adopter une loi prolongeant et majorant les crédits d'impôt à l'énergie solaire. Plusieurs doutent cependant de voir des changements majeurs à la politique énergétique avant les élections présidentielles de 2008.

Robert Stone, analyste chez Cowen & Co, s'attend à ce que les titres des principaux acteurs reculent en Bourse si le projet de loi est retardé. Ce serait l'occasion de faire le plein de titres prometteurs à moindre coût, comme First Solar, SunPower et Suntech.

Il ne faut pas surestimer le poids du marché américain dans l'industrie ni oublier que ce sont surtout les États - la Californie en tête - qui créent les principaux incitatifs.

Au Canada, le gouvernement ontarien offre un prix fixe (0,42 $ le kWh) pour l'achat de l'énergie solaire par le réseau local. La mise sur pied de ce nouveau programme a entraîné plusieurs projets de centrales solaires.

Une demande croissante

Le prix des autres formes d'énergie - et pas seulement celui du pétrole - est le premier facteur qui influe sur la demande d'énergie solaire.

" Par exemple, le Québec est approvisionnée en hydroélectricité à un faible coût, comme les États-Unis ont l'électricité au charbon. C'est plus difficile pour le solaire d'y être compétitif, comparativement à ce qui se passe en Europe ", explique M. Carboy, de Signal Hill Capital.

Des gouvernements peuvent cependant promouvoir le développement de l'énergie solaire afin de diminuer leur dépendance envers les pays producteurs de pétrole ou lutter contre les changements climatiques.

Michael Carboy entrevoit un autre phénomène : " Des investisseurs vont financer des centrales solaires et l'installation de panneaux sur le toit d'immeubles pour profiter de la croissance. "

Diminuer les coûts : le nerf de la guerre

Actuellement, l'énergie solaire coûte entre 0,25 et 0,34 $ le kWh, alors que les Américains, par exemple, paient leur électricité entre 0,06 et 0,11 $ le kWh.

Plusieurs éléments permettront d'abaisser le coût du solaire. D'abord, une augmentation du rendement des cellules PV diminuera le nombre de cellules requis pour produire une certaine quantité d'énergie.

La fin de la pénurie de silicone et son utilisation plus efficace diminueront aussi les coûts.

Une amélioration des méthodes de production et des économies d'échelle auront également un rôle à jouer.

Pavel Molchanov prévoit que le coût de l'énergie solaire arrivera à égalité avec celui des autres sources d'énergie d'ici deux ou trois ans au Japon, vers 2012 ou 2013 en Europe et dans une dizaine d'années aux États-Unis.

De façon plus globale, Steve O'Rourke, analyste chez Deutsche Bank, croit que l'énergie solaire sera économiquement viable et concurrentielle, même sans subvention, d'ici cinq à sept ans. Son coût pourrait en fait être abaissé à 0,10 $ le kWh ou moins d'ici 10 à 15 ans, ce qui déclenchera une " croissance explosive " de l'énergie solaire.

Une industrie freinée par la pénurie de silicone

Le prix du disponible (prix spot) de la silicone a explosé depuis trois ans, passant de 32 à 250 $ US le kilo. Or, la silicone est la composante de base des cellules PV. La demande en silicone issue de l'industrie solaire s'ajoutant à celle de l'industrie électronique, la capacité de raffinement des producteurs ne suffit plus.

La rareté frappe particulièrement fort l'industrie solaire parce que la silicone représente 40 à 45 % du coût des cellules PV, comparativement à 3 à 7 % du coût d'une puce électronique. " La pénurie de silicone a limité la croissance de l'industrie solaire, mais l'offre sera considérablement augmentée au cours des prochaines années, surtout en provenance de la Chine ", précise M. Molchanov.

La plupart des experts s'attendent à ce que la pénurie de silicone soit résorbée en 2008 ou 2009.

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