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Denis Lagacé est professeur et membre de la Chaire industrielle de recherche sur la fabrication du meuble de l’Université du Québec à Trois-Rivières.
Comment est-ce que l’excellence opérationnelle se traduit dans les entreprises?
Une bonne partie de l’augmentation de la productivité passe par le côté manufacturier : la production à valeur ajoutée, les techniques de réduction de temps de mise en course, l’aménagement des postes de travail, etc. Au fond, c’est la meilleure gestion des opérations et c’est très lié à l’innovation parce qu’on doit aussi développer de nouvelles technologies, de nouvelles capacités organisationnelles et de nouvelles façons de mettre en marché. Une opération qui demandait dans le passé quatre employés n’en demandera maintenant plus de deux et ça, c’est une hausse de la productivité.
Quel est l’impact de l’excellence opérationnelle dans la gestion des ressources humaines?
Les ressources au niveau du plancher de production vont être différentes. Auparavant, on produisait par gros lots, mais maintenant on essaie surtout de réduire la taille des commandes pour réduire du même coup leur temps de présence sur le plancher de l’usine. On essaie d’avoir une main-d'œuvre mobile et flexible qui comprend non seulement ce qui se passe à son poste, mais aussi au poste en amont et en aval du sien. Les contremaîtres doivent également comprendre que leur tâche de soutien change énormément puisqu’elle est maintenant doublée d’une tâche de formation des employés. Il y aussi un besoin en compétences par rapport à tous les nouveaux systèmes informatisés qu’on peut implanter dans une usine.
Et aux patrons?
On va leur demander de communiquer avec leurs employés et de faire, par exemple, des ateliers réunissant les contremaîtres, les cadres et les employés pour échanger sur les procédés et sur ce qui pourrait être amélioré dans la production. Mais ce n’est pas une pratique très répandue et maîtrisée par tous encore, les petites entreprises hésitent toujours à utiliser ce genre de systèmes de partage. Encore là, ce n’est pas l’échange le problème, c’est souvent le suivi qui n’est pas fait : c’est comme faire le ménage une fois dans son garage sans apprendre à ranger au fur et à mesure ensuite.
Quelles sont les erreurs qui sont le plus souvent commises par les entrepreneurs?
Les problèmes les plus communs sont souvent la planification et l’ordonnancement de la production ainsi que la réduction de la taille des lots de productions. Avec un dollar à 1,03$, les entreprises n’ont pas le choix et doivent proposer toute une variété de produits à leur clientèle. Une offre pareille ça demande beaucoup plus de pièces et beaucoup plus de procédés différents sur le plancher. Cela implique donc une gestion beaucoup plus complexe et une planification beaucoup plus grande qui permettent de réduire les temps de passage au sein de l’entreprise.
Dans le contexte économique actuel, est-ce que l’excellence opérationnelle est une solution pour les entreprises manufacturières?
Les bonnes entreprises ont contré la hausse du dollar durant les dernières années par la hausse de leur productivité à l’interne. C'est-à-dire qu’elles ont appris à faire plus avec les mêmes ressources. Ces améliorations dites « plus faciles et plus rapides » ont déjà été faites. Maintenant ces mêmes entreprises doivent rendre leurs processus de production plus complexes et assurer beaucoup plus de suivi pour aller chercher des gains supplémentaires. Toutes les entreprises ne sont peut-être pas prêtes à faire ces efforts-là.