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Un Canadien sur trois se dit bourreau de travail

  • Florent Francoeur
  • 3 avril 2008

Quand le travail obsède et intoxique, ce n'est bon ni pour l'employé, ni pour son équipe.

Autrefois, quand on qualifiait un employé de " bourreau de travail ", c'était avec une pointe d'admiration dans la voix. On appréciait sa volonté de réussir, ses réalisations, son rendement. De nos jours, les fous de boulot ne sont plus aussi bien vus. Qu'on la nomme boulomanie ou workaholism, l'ergomanie, comme l'appellent les spécialistes, a moins bonne presse.

Pourquoi ? C'est qu'on doute maintenant que le boulomane, littéralement dépendant de son travail, ait une influence positive sur son environnement. On redoute aussi que ses excès finissent par nuire à sa santé.

Malgré ce désaveu, les boulomanes semblent être encore très nombreux. D'après l'Enquête sociale générale du Canada sur l'emploi du temps, réalisée en 2005 par Statistique Canada, près du tiers des Canadiens actifs de 19 à 64 ans se déclarent bourreaux de travail. Et près de 40 % d'entre eux s'affairent plus de 50 heures par semaine.

Qu'est-ce qui peut provoquer la boulomanie?

Cette obsession du boulot peut être causée par un désir démesuré de réussir ou de contrôle, ou un besoin de fuir des problèmes personnels.

Mais le monde du travail, sans cesse plus exigeant, a aussi sa part de responsabilité, car il soumet les employés à des objectifs plus difficiles à atteindre et à des tâches plus lourdes.
Ainsi, il arrive que l'environnement de travail favorise des comportements obsessifs. Si vous demandez à vos employés d'être capables de mener plusieurs projets en même temps et de respecter des échéanciers très courts, et si en plus vous faites de cette capacité une condition d'embauche, alors attention ! Vous êtes sans doute en train d'ouvrir la voie à la boulomanie chez certains d'entre eux. Surtout si vous encouragez vos gens à faire des heures supplémentaires, à travailler le soir, la fin de semaine, pendant les vacances... et que vous leur fournissez des outils - ordinateur portable, téléphone cellulaire, BlackBerry - qui leur facilitent la tâche en tout temps !

Ajoutez à cela un climat organisationnel froid, où l'interaction entre les employés n'est pas facilitée, où la performance est excessivement valorisée, et la table est mise pour les bourreaux de travail.

Indices et risques

Quand peut-on dire qu'un employé n'est plus simplement consciencieux, mais boulomane ? Il y a des indices d'ergomanie faciles à déceler. L'employé ne s'arrête pas pendant l'heure du lunch, reste tard au bureau, apporte des dossiers à la maison, ne sait pas déléguer ou encore ne prend pas de vacances.

En bref, toute personne dont l'amour du travail s'est transformé en acharnement et dont la raison de vivre se résume au boulot...

Quand il travaille plus de cinquante heures par semaine, un individu néglige forcément sa santé : il saute des repas, ne fait pas d'exercice et ne dort pas assez. Il est tellement préoccupé par son boulot qu'il en vient à négliger tous les autres aspects de sa vie. Le stress, le surmenage, l'épuisement professionnel et d'autres problèmes de santé le guettent...

Dites-vous bien qu'au bout du compte, l'entreprise aussi en souffre ! Le boulomane n'est pas un travailleur d'équipe. Trop exigeant, il met souvent une énorme pression sur ses collègues. Il peut ainsi créer une atmosphère stressante dans son milieu.

Comment aider votre drogué du travail ?

Pour le bien de tous, il est nécessaire de corriger la situation. D'abord et avant tout, ayez des exigences réalistes en ce qui concerne la charge de travail de vos subalternes et les échéanciers des projets qui leur sont confiés. Prêtez attention aux indices qui montrent que la tâche est trop lourde, comme l'allongement des heures de travail et une fatigue apparente de l'employé.

Vous pouvez aussi rappeler à vos employés l'importance de marquer des pauses et les obliger à prendre toutes leurs vacances. Sans fil à la patte, c'est-à-dire sans gadget électronique qui les relie au bureau. Une banque de vacances mise à zéro chaque année est un bon incitatif à cet égard. Encouragez aussi les relations entre collègues en organisant des activités sociales.

Ce serait aussi une bonne idée de mettre en place et de promouvoir un programme de mieux-être, qui favorise de saines habitudes de vie chez vos employés.

En plus de ces mesures collectives, l'attitude des gestion- naires peut faire une grande différence. Ils devraient éviter d'appeler leurs collègues chez eux et ne pas leur reprocher chaque pause.

Enfin, limiter l'accès aux lieux de travail est un bon moyen pour décourager l'ergomane en puissance et éviter que ne se développe sa dépendance au boulot.

Florent Francoeur est président-directeur général de l'Ordre des CRHA et CRIA du Québec.

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