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Nous avons tous nos petites imperfections. Mais certains défauts ou traits de caractère sont particulièrement nocifs pour la carrière. Voici les principaux... et des conseils pour les corriger.
Avant d'effectuer un reportage, je lance souvent un appel à tous par Internet pour dénicher des témoignages. Cette fois-ci, malgré une liste d'une centaine de contacts et une promesse d'anonymat, j'ai fait chou blanc. Ou presque. Seuls deux braves individus m'ont répondu. " C'est très révélateur, dit Julie Carignan, psychologue organisationnelle à la Société Pierre-Boucher. Le premier piège d'un péché capital, c'est qu'on se l'avoue difficilement. " Imaginez le voir écrit noir sur blanc dans un magazine!
Cette difficulté à reconnaître ses défauts est fâcheuse. Car, pour s'en affranchir, il faut d'abord s'en confesser. Mais il ne suffit pas de se pardonner à soi-même et de passer à autre chose : le risque de récidive est trop grand. " Il faut amorcer un travail sur soi en prenant du recul pour cerner les vrais problèmes, explique Marie Bourque, conseillère en ressources humaines agréée (CRHA), consultante principale et coach chez André Filion & Associés. Pourquoi a-t-on ce comportement ? Qu'est-ce qui le déclenche ? Quelles en sont les conséquences ? Comment faire pour s'améliorer... et pour persévérer dans cette nouvelle voie ? " Il est inutile toutefois d'espérer un miracle. Combattre ses démons intérieurs demeure un véritable chemin de croix.
1. La colère
Élysabeth, une biochimiste qui préfère garder l'anonymat, avait un dossier professionnel impeccable quand un conflit de personnalité entre elle et sa patronne a éclaté. " Je suis devenue impolie. Je ne tenais pas compte de ses demandes. Je boudais dans mon coin. " Le résultat ? Deux très mauvaises évaluations et une menace de congédiement. " Mon employeur m'a donné un sursis de trois mois. Puis, les choses se sont un peu tassées, mais j'ai tout de même démissionné peu après. " Aujourd'hui gestionnaire de projet dans le secteur pharmaceutique, elle a appris à contenir sa colère. " J'exprime mes insatisfactions en exposant les faits, et non en me fâchant. "
La colère est une émotion forte au point d'occulter notre capacité de jugement. Nous risquons alors de prendre de mauvaises décisions, de dire des choses qui dépassent notre pensée ou de poser des gestes répréhensibles. Tout comme ce gérant de restaurant de mon entourage qui, en furie contre une décision de la direction, a saboté de l'équipement. " Il n'y a plus de place pour l'écoute et la raison, résume Julie Carignan. Tout passe par la colère. "
La colère nuit au rendement de la personne qui en est imprégnée, tout en minant ses relations avec ses collègues. Surtout si elle s'exprime par des cris et des insultes. " J'ai vu des gens se faire congédier pour avoir fait trop de crises de nerfs ", signale Julie Carignan.
Comment vous absoudre. Essayez de comprendre ce qui déclenche vos accès de colère. Surviennent-ils surtout quand vous êtes stressé ou débordé ? Est-ce une réaction de défense quand vous vous sentez accusé ? Pourquoi ? Acceptez-vous mal les critiques ? Êtes-vous trop impatient ? Avez-vous du mal à reconnaître vos erreurs ? " Ce travail d'introspection est essentiel, si vous voulez être vigilant par la suite lors de situations susceptibles de vous irriter ", assure Marie Bourque. Vous devez aussi apprendre à reconnaître les signes de la colère (tension dans les épaules, respiration difficile, pensées négatives, etc.) et à vous imposer aussitôt un temps d'arrêt. Par exemple, sortir de la pièce, faire une balade, compter jusqu'à 20, écrire vos sentiments. Une fois l'émotion calmée, vous aurez l'esprit plus clair et exprimerez votre mécontentement avec une plus grande maîtrise.
2. L'envie
Qui n'a pas ressenti une pointe d'envie face à un collègue plus talentueux que soi ou à qui tout semble réussir? Cela n'est pas un problème si ce sentiment est fugace. C'en est un cependant si notre jalousie nous rend malheureux au point de lui en vouloir, de médire de lui, de minimiser ses succès ou de chercher à lui nuire. " Nous détournons notre énergie de nous-même pour la porter sur l'autre, dit Julie Carignan. Cette énergie, nous ne l'avons plus pour nous développer, pour nous améliorer. " Cela peut parfois mener à l'épuisement professionnel.
La ligne peut sembler mince entre l'envie et l'admiration. Toutefois, si le premier sentiment rend malheureux, le second donne le goût du dépassement de soi. " Avoir un modèle qui nous inspire peut constituer un véritable moteur de développement ", croit la psychologue.
L'envie peut nous tromper quant à nos propres aspirations et qualités. " Des gens veulent une promotion sous prétexte qu'un collègue en a eu une ou parce que, eux aussi, ils sont capables, constate François Bernatchez, psychologue industriel chez Gestion Carrières. Ils sont motivés par les mauvaises raisons, car ils se définissent par rapport aux autres. " Le danger : perte de crédibilité, inconfort, mal-être, ou l'obtention d'un poste qui ne nous convient pas. " L'ambition est personnelle, ajoute François Bernatchez. Quand on nourrit de l'envie, au contraire, c'est l'autre qui nous contrôle. "
Comment vous absoudre. Commencez par vous aimer, car l'envie provient souvent d'un problème d'estime de soi et de confiance en soi. Concentrez-vous sur vos forces, et faites valoir vos qualités. Enfin, cessez de ressasser des pensées envieuses. Chassez-les dès qu'elles surviennent.
3. Le manque de persévérance
C'est la meilleure façon de mettre un terme à une carrière en devenir. Une personne qui se décourage au premier obstacle ou qui se lasse rapidement aura du mal à produire des résultats. En général, ces personnes ont besoin de beaucoup d'encadrement, et se retrouvent donc surtout dans des rôles d'exécutants. Toutefois, avec beaucoup de volonté, elles peuvent combattre cet ennemi intérieur et réaliser leurs ambitions professionnelles.
Comment vous absoudre. " Accomplissez vos projets en vous donnant plusieurs petits objectifs ou échéanciers, recommande François Bernatchez. Félicitez-vous au fur et à mesure que vous les atteignez. "
Selon Marie Bourque, le manque de persévérance peut aussi se manifester lorsque nous ne sommes pas assez motivés, soit parce que le feu sacré n'y est plus, ou que le poste ou le secteur dans lequel nous sommes ne nous plaît pas vraiment. " Dans ce cas, nous devons nous demander si un changement de carrière ne nous serait pas bénéfique. De façon moins radicale, nous pouvons aussi chercher à obtenir des projets plus stimulants au sein de la même entreprise. "
4. L'orgueil
L'orgueil empêche de reconnaître ses lacunes et ses erreurs, de demander aide et conseils, d'écouter les critiques constructives. " Un être orgueilleux ne saisit pas les occasions d'apprendre et de s'améliorer ", dit Florent Francoeur, CRHA, président de l'Ordre des CRHA et CRIA. Cela ralentit la progression de la carrière. " Pierre (prénom fictif, mais cas réel) en sait quelque chose. Ce gestionnaire de 40 ans vient de rater une promotion en raison de sa connaissance insuffisante de l'anglais. Il s'est inscrit à des cours d'anglais, mais il s'abstient de parler cette langue dans un contexte professionnel, sous prétexte qu'il n'est pas assez bon. Au moins, il avoue son péché : " Je suis orgueilleux. Je ne veux pas que les autres soient témoins de mes difficultés. " Or, sans un entraînement régulier, nous pouvons difficilement devenir bilingue. Pierre aurait pu diriger une équipe de vente nationale, mais il est limité à la province de Québec à cause de son orgueil.
" Un être orgueilleux ne fait pas un bon leader ", tranche Julie Carignan. Il a tendance à s'approprier les réussites et à laisser peu de place à l'autre. Il ne fait pas briller l'équipe, mais lui-même. Il parvient donc difficilement à mobiliser ses coéquipiers et à les rallier à un but. Il peut être enclin, par ailleurs, à s'entourer de gens plus faibles afin de mieux paraître.
Comment vous absoudre. Prenez conscience que vous n'êtes pas le centre du monde. Vous devrez travailler très fort sur vous-même, car vos chances de changer sont plutôt faibles. " C'est un cercle vicieux, car l'orgueilleux a de la difficulté à se remettre en question, déplore Julie Carignan. S'il consulte, il est du genre à mettre fin aux rencontres après deux ou trois séances, car, soi-disant, le consultant n'est pas assez bon ou ne le comprend pas... "
5. La paresse
La paresse peut gâcher le plus beau des talents, car la personne paresseuse fait le minimum. Elle sera peut-être bonne, mais n'excellera jamais. Elle n'ira pas au-devant de nouveaux projets, de défis. Il va de soi que ses chances d'avancement sont très limitées, puisqu'elle ne se démarque pas. Approfondir, vérifier, préciser... c'est beaucoup lui demander. C'est pourquoi cette personne reste souvent dans le flou et l'approximatif.
La paresse peut être un véritable piège pour certains jeunes très talentueux. À l'école, ils réussissent sans faire trop d'efforts. Mais, une fois sur le marché du travail, ils ne réalisent pas leur plein potentiel.
Comment vous absoudre. Secouez-vous ! Rien ne s'acquiert sans douleur. Toutefois, allez-y progressivement, pour ne pas vous décourager. Lancez-vous de petits défis : " D'habitude, j'aurais rédigé ce rapport en une heure. J'y consacrerai 30 minutes de plus et ferai davantage de recherche. "
6. La timidité
La timidité est un défaut qui se pardonne facilement et qui peut même être charmant aux yeux de l'entourage. Il est toutefois un frein à l'avancement ! " J'ai connu une excellente directrice des ressources humaines qui, à cause de sa timidité, n'arrivait pas à vendre ses idées et ses solutions au comité de direction, se rappelle Julie Carignan. Elle était éclipsée par les autres directeurs, car ses présentations manquaient d'assurance. " La timidité est donc un obstacle à la valorisation de soi. Le timide hésite à prendre des initiatives, à parler en public. On peut le trouver passif ou penser qu'il manque d'ambition. Bref, il obtient moins que ce qu'il vaut, puisqu'il se fait moins remarquer. " Il a aussi de la difficulté à entrer en contact avec l'autre, dit François Bernatchez. Or, pour faire carrière, les habiletés sociales et le réseautage sont essentiels. "
La timidité maladive peut paralyser. J. A. Gamache en témoigne dans son livre TRAC pas TRAC j'y vais ! 77 trucs pour en finir avec la peur de parler en public (voir aussi son site www.jagamache.com). " Pétrifié, terrifié, mortifié, je ne pouvais plus bouger. Encore une fois, j'étais prisonnier de ma maudite timidité... Je m'étais littéralement métamorphosé en statue de sel à l'idée d'affronter mon premier client... Je m'étais dit qu'être vendeur m'obligerait à entrer en contact avec les gens et me ferait sortir un peu plus de ma coquille. Faux! Je m'en voulais à mort d'avoir eu cette idée stupide... " J. A. Gamache, 45 ans, n'a fait qu'une seule journée comme représentant de commerce, mais il a vaincu sa timidité. L'été dernier, il s'est classé parmi les dix meilleurs orateurs du monde lors du concours oratoire de l'association Toastmasters International. Il gagne maintenant sa vie comme conférencier professionnel (il propose notamment aux organisateurs de congrès une activité pour briser la glace).
Comment vous absoudre. À l'instar de J. A. Gamache, le meilleur traitement consiste à vous exposer aux situations que vous redoutez. Si vous êtes d'une grande timidité, un coaching ou une thérapie vous serait d'un grand secours.
7. La lâcheté
Le mot est dur, mais le péché, lui, est très répandu. Son synonyme : " C'est pas moi, c'est l'autre ". Ne pas assumer la responsabilité de ses erreurs ou, pis, jeter le blâme sur l'autre empoisonne les relations avec ses pairs et fait perdre toute crédibilité. Nous n'inspirons plus confiance. Bien sûr, nous pouvons nous en tirer une fois, peut-être deux, mais nous en paierons un jour le prix. Au contraire, nous inspirerons beaucoup plus de respect si nous admettons nos erreurs. Et ce, même auprès d'un client. Le vieil adage a bien raison : " Faute avouée est à demi pardonnée "...
Comment vous absoudre. Exercez-vous à répéter ceci : " J'ai fait une erreur. Je le reconnais. J'essaie maintenant de la réparer. " Et mettez cette consigne en pratique la prochaine fois que vous ferez une gaffe. Vous en ressortirez plus fort. Promis ! Vous vous donnez ainsi du pouvoir sur votre vie, soutient Julie Carignan : " Lorsque nous ne sommes jamais responsable de rien, nous nous plaçons en position de victime... "
Article publié dans le magazine Affaires Plus.