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Accusé par Washington d'appartenir à un "axe du mal", de nourrir des ambitions nucléaires inavouées et d'aider les terroristes, l'Iran n'en continue pas moins à commercer avec les Etats-Unis. Les exportations américaines à destination du pays ont même plus que décuplé sous la présidence de George W. Bush.
Produit phare jusqu'ici de ces échanges, les cigarettes. Leurs exportations vers l'Iran ont représenté sous l'ère Bush au moins 158 millions de dollars (101 millions d'euros). Mais les biens acheminés au pays des mollahs en provenance des Etats-Unis concernent aussi des produits plus inattendus: soutiens-gorge, sperme de taureau, cosmétiques, vêtements en fourrure, sculptures, parfums ou instruments de musique.
Les principaux Etats américains fournisseurs sont la Californie, la Floride, la Géorgie, la Louisiane, le Michigan, le Mississippi, le New Jersey, la Caroline du Nord, l'Ohio et le Wisconsin, révèle une analyse de l'Associated Press. Le commerce avec l'Iran survit tant bien que mal aux sanctions économiques américaines imposées initialement il y a trois décennies.
Les Etats-Unis autorisent la vente de produits agricoles, médicaments et quelques autres types d'articles. Des exemptions destinées à aider la population iranienne tandis que Washington fait pression sur les dirigeants du pays. "Nos sanctions ciblent le régime, pas le peuple", souligne Adam Szubin, du département américain du Trésor.
Ces sanctions visent notamment l'armée iranienne. Mais les propres chiffres du gouvernement américain montrent que des armes et d'autres équipements militaires ont été exportés des Etats-Unis vers l'Iran sous la présidence Bush, pour un montant de 148.000 dollars (94.560 euros). Notamment des fusils.
M. Szubin doute toutefois de la réalité de ces exportations. Il estime que des erreurs ont pu se glisser dans les documents du transport maritime à l'origine des statistiques officielles, notamment en ce qui concerne le code des produits concernés et le pays de destination, "Iran" pouvant facilement être confondu avec "Irak".
Les efforts pour limiter le commerce avec l'Iran ne semblent pas coordonnés au sein de l'Etat américain. La Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la bourse, a cherché à en savoir plus sur les entreprises opérant en Iran mais a dû stopper ses investigations sous la pression d'organisations patronales.
Le département du Trésor a permis à certaines entreprises et certaines personnes soupçonnées de commerce illégal avec l'Iran d'échapper à toute sanction. Mais l'administration Bush a aussi collecté des millions de dollars d'amendes auprès de contrevenants.
Les Etats-Unis ont envoyé en Iran pour 546 millions de dollars (350 millions d'euros) de marchandises entre 2001 et 2007, selon les chiffres officiels. Des exportations en plein essor: elles représentaient 146 millions de dollars (93,3 millions d'euros) l'an dernier, contre seulement 8,3 millions de dollars (5,3 millions d'euros) en 2001, première année de la présidence Bush. Elles ont ainsi plus que décuplé en valeur, même en tenant compte de l'inflation.
Reste que les commandes iraniennes représentent une part infime du commerce américain. Les Etats-Unis ont exporté pour plus de 1.000 milliards de dollars (640 milliards d'euros) dans le monde l'an dernier. La valeur des livraisons américaines au Canada, principal partenaire commercial de Washington, était plus de 1.000 fois plus élevée qu'avec l'Iran en 2007.
Hormis les cigarettes, les biens américains les plus exportés en Iran durant les années Bush ont été les vaccins, sérums et produits sanguins, pour 73 millions de dollars, et le maïs (68 millions de dollars).
Peu de personnes ou d'entreprises voulant obtenir l'autorisation de commercer avec l'Iran ont essuyé un refus du département du Trésor, principale instance chargée d'accorder les licences d'exportation vers les pays visés par des sanctions. Parmi les dizaines de firmes américaines qui ont commercé avec l'Iran ces dernières années, ou qui expliquent que leurs produits se retrouvent dans le pays par d'autres biais, figurent des noms très connus: PepsiCo, Exxon Mobil ou encore Mastercard.
La Géorgie est l'Etat qui a le plus exporté vers l'Iran ces sept dernières années. Essentiellement des cigarettes. Elle en a livré pour 154 millions de dollars (98 millions d'euros) sur la période. Mais la fermeture de l'usine du cigarettier Brown & Williamson à Macon, dans l'Etat, a entraîné un coup d'arrêt brutal: aucune exportation de tabac américain vers l'Iran n'a été enregistrée en 2007 ni au premier semestre de cette année, montrent les dernières statistiques disponibles.