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Rogers, Shaw et Quebecor ont des atouts pour faire face à la concurrence accrue dans l'industrie du sans-fil.
Le leader Rogers et les nouveaux venus Shaw et Quebecor (Vidéotron) sont les fournisseurs de sans-fil les mieux placés pour affronter la concurrence accrue qui se profile pour 2009 dans l'industrie, au lendemain d'enchères très courues.
Quinze participants aux enchères ont dépensé trois fois plus que prévu, soit 4,25 milliards de dollars, pour décrocher 282 licences du spectre réservé aux services sans fil.
Cela fait espérer que les Canadiens auront bientôt accès à des forfaits moins chers et à de nouveaux services.
Les analystes prévoient que deux ou trois nouveaux fournisseurs apparaîtront dans la plupart des marchés urbains. Il s'agira des câblodistributeurs régionaux, comme Vidéotron, et des nouveaux venus Data & Audio-Visual Enterprises Wireless (DAVE) et Globalive Communications. La société privée Globalive est l'unique aspirante d'envergure nationale à surveiller de près, selon Greg MacDonald, analyste à la Financière Banque Nationale.
«L'ampleur des sommes sur la table montre que les intéressés estiment que le marché canadien recèle encore beaucoup de potentiel de croissance et de rentabilité. Les nouveaux fournisseurs voudront s'établir rapidement afin de rentabiliser leur investissement », prédit Johanne Lemay, coprésidente de la firme-conseil en télécommunications Lemay-Yates Associés.
Les fournisseurs établis font valoir la supériorité et la fiabilité de leur réseau, alors que les nouveaux venus promettent déjà des forfaits alléchants. La guerre des arguments est lancée.
Les cours reflètent déjà la baisse de rentabilité prévue
L'arrivée de nouveaux concurrents et de for- faits pour des temps d'utilisation illimités font dire à certains analystes, dont Dvai Ghose, de Genuity Capital, que l'ère des marges records et de la forte croissance est révolue pour l'industrie canadienne.
Les enchères déclenchent aussi une nouvelle vague d'investissements pour tous les fournisseurs de sans-fil. Ils s'efforceront ainsi de fidéliser leur clientèle et de mettre à niveau leur réseau afin de répondre à la demande pour les nouveaux services évolués.
«Les titres de Rogers et de Telus pourront difficilement s'apprécier au cours des 12 à 18 prochains mois, compte tenu que la rentabilité de ces entreprises sera incertaine à partir de 2010», écrit M. Ghose.
La plupart des analystes ont déjà abaissé leurs multiples d'évaluation, leurs prévisions de bénéfice et leurs cours cibles relativement aux fournisseurs établis, soit Rogers, Telus et Manitoba Telecom.
Moins alarmiste que ses confrères, Greg MacDonald juge que la baisse moyenne de 25 % du titre des six entreprises de télécommunications depuis l'an dernier reflète déjà la baisse prévue de leurs marges bénéficiaires et de leur croissance.
À son avis, les craintes des investisseurs sont exagérées, puisque l'expérience européenne et américaine démontre que les chefs de file conservent leur avantage concurrentiel, préservent leurs part de marché et continuent de croître après l'arrivée de nouvelles rivales.
Rogers : difficile à déloger
Malgré la menace qui pèse sur elle, Rogers demeure la favorite des analystes, car elle est en meilleure posture que Bell et Telus.
Chef de file avec 37 % des abonnés au sans-fil au Canada, Rogers passe déjà à l'offensive. C'est elle qui a dépensé le plus, soit 1 milliard de dollars, pour acheter de nouvelles fréquences sans fil, bien qu'elle dispose déjà du plus grand nombre de fréquences de l'industrie.
Rogers a aussi déjà bouclé un financement de 1,75 milliard de dollars américains, grâce à un placement de débentures de 10 et de 30 ans, pour payer les licences et investir dans son réseau.
Son réseau performant, qui utilise le standard mondial GSM (Global Systems for Mobile Communications), lui procure une avance technologique de deux ans sur ses rivales, juge Joseph MacKay, analyste chez Valeurs mobilières Desjardins.
Ce réseau lui fournit des revenus d'itinérance que lui versent des fournisseurs GSM étrangers pour leurs communications au Canada. Cela lui permet d'offrir des appareils intelligents tels que le BlackBerry et l'iPhone plus rapidement que Bell et Telus, et à moindre coût.
Dans le pire scénario, ses revenus mensuels par abonné pourraient baisser de 5 à 6 %, et ainsi amputer son bénéfice d'exploitation de 250 à 300 millions de dollars (M$), ce qui équivaut à seulement 3 $ de la valeur de son action.
À quoi doit-on s'attendre ?
Deux ou trois nouveaux fournisseurs s'établiront dans les principaux marchés urbains du pays dès la fin de 2009.
Globalive devient le seul véritable quatrième fournisseur national, bien qu'il sera absent du Québec.
La concurrence accrue risque d'effriter la rentabilité élevée des fournisseurs établis.
Les analystes prévoient que les fournisseurs offriront de façon ciblée de nouveaux forfaits prépayés et des forfaits à usage illimité.
Les gagnants des enchères pourraient investir encore 4 milliards d'ici cinq ans dans l'aventure du sans-fil, soit autant que ce qu'ils ont déboursé pour l'achat de fréquences.
Le paiement final des licences, le 3 septembre, ouvrira le bal des négociations entre les fournisseurs pour échanger des licences et conclure des alliances et des ententes commerciales. Ils pourront ainsi se partager les coûts d'implantation des réseaux.
«Avec un cours de 36 dollars, les investisseurs ont déjà prévu le coup», souligne Jonathan Allen, analyste chez RBC Marchés des Capitaux.
Shaw : une approche ciblée qui plaît
Shaw a été le participant le plus efficace aux enchères, estime Peter Rhamey, analyste chez BMO Marchés des capitaux.
Le câblodistributeur de la famille Shaw a dépensé 190 M$, soit l'équivalent de 0,45 $ par action, pour des fréquences dans les marchés de la Colombie-Britannique, du Manitoba, de la Saskatchewan et de l'Alberta, où il peut ajouter le sans-fil à ses forfaits de câblodistribution, d'accès Internet et de téléphonie numérique.
«L'approche ciblée et graduelle de Shaw est moins coûteuse. La société pourra continuer à augmenter ses dividendes et à racheter ses actions, ce qui soutiendra son titre», note Vince Valentini, analyste chez TD Newcrest.
D'ailleurs, l'action de Shaw est à peu près au même point qu'avant la tenue des enchères.
M. Allen estime à 400 à 500 M$ sur cinq ans les coûts totaux du lancement d'un service sans fil pour Shaw.
À l'instar des autres câblodistributeurs, Shaw mise sur la valeur de sa marque et sur la supériorité de son service Internet à haute vitesse pour attirer des clients vers son service sans fil.
Shaw et Quebecor comptent déjà sur un service de vente, contrairement à DAVE et à Globalife. Cela améliore les chances que leur nouveau service sans fil procure un rendement financier intéressant, indique M. MacDonald.
Cet avantage concurrentiel permet à Shaw d'envisager d'offrir un forfait sans fil illimité de 30 $ par mois, précise M. Ghose.
Et contrairement aux entreprises de téléphonie comme Bell et Telus, les câblodistributeurs n'ont pas à combattre la perte de lignes résidentielles et la chute des revenus interurbains.
Quebecor : un pari audacieux, mais prometteur
Fidèle à ses habitudes, Quebecor paie le prix fort pour s'assurer d'être le seul nouveau fournisseur de sans-fil au Québec.
Elle a dépensé 556 M$ pour acquérir des licences, alors que cette somme devait couvrir l'ensemble des dépenses de son réseau sans fil. C'est 10 fois plus par action (4,74 $) que Shaw.
Quebecor pourrait dépenser jusqu'à un milliard pour lancer son propre service sans fil, en tenant compte des pertes liées au démarrage, estime M. Rhamey.
M. MacDonald évalue ces dépenses à moins de 800 millions et prévoit que le service sans fil de Quebecor pourrait être rentable dès la troisième année.
«Ses fréquences lui permettront d'offrir des services évolués comme la télévision mobile et l'Internet mobile à haute vitesse», fait valoir Jeffrey Fan, analyste chez UBS.
À moyen terme, Quebecor est bien placée pour mettre en valeur ces services, puisque ses médias produisent du contenu qui pourra être offert aux clients du sans-fil, dit Mme Lemay.
Toutefois, le propriétaire de Vidéotron écope en Bourse pour son audace : son action a perdu 40 % de sa valeur depuis novembre.
Par contre, les services sans fil pourraient accroître de 1 à 3 $ par action la valeur de Quebecor à long terme, prévoit Adam Shine, analyste à la Financière Banque Nationale.
Il juge toutefois plus prudent de diminuer son objectif de cours de 37 à 35,50 $ d'ici un an, car les coûts liés au lancement du sans-fil ralentiront la croissance du bénéfice d'exploitation de Vidéotron : elle passerait de 25 %, en 2008, à 8,5 % en 2009. Au cours actuel, une telle cible représente tout de même un gain de 42 %.
Quebecor n'a pas besoin de lever d'autres capitaux pour sa percée dans le sans-fil, puisqu'elle a émis des billets de premier rang de 10 ans d'une valeur de 455 M$ US en avril.
Les termes de cette émission reflètent aussi le risque élevé associé à Quebecor. Elle verse des intérêts de 9 % sur ses billets, alors que Rogers verse des intérêts de 6,8 % et de 7,5 % sur ses débentures émises le 6 août.
Trois analystes s'attendent à ce que Quebecor revende à Globalive les fréquences sans fil de la région de Toronto acquises au coût de 96 M$, dans le but de financer son service sans fil au Québec.