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Canadian Tire vulnérable au ralentissement économique. Photo: Bloomberg
Canadian Tire a présenté des résultats inférieurs aux attentes des analystes. Un retournement de situation s’avère incertain.
Il y a six mois, Canadian Tire recevait des éloges des analystes pour la progression de ses ventes, pour son plan de développement bien ficelé, et pour son modèle d’affaires jouant sur la distribution et les finances.
Puis vinrent les résultats du premier trimestre de 2008. Canadian Tire n’a présenté que des bénéfices de 68 cents par action, alors que le consensus des analystes en attendait 82 cents. L’écart est suffisamment important pour susciter des interrogations.
Plusieurs indicateurs se sont mis à clignoter. D’abord celui des ventes dans les magasins Canadian Tire en baisse de 1,9% au total et de 5,3% en magasins comparables. Pire : chez Marks Works Wearhouse le recul des ventes se chiffre à 3,3% au total et à 7% en magasins comparables.
La direction met en avant les rigueurs de l’hiver. Les analystes veulent bien lui concéder cet argument mais s’interrogent tout de même sur l’état de la concurrence.
La menace Wal-Mart
Canadian Tire n’aurait-il pas connu des baisses de ventes en raison de la percée de Wal-Mart? Que se passera-t-il à l’arrivée prochaine de Lowe’s au Canada? Les réactions possibles de Home Depot et de Rona soulèvent aussi des questions. Ce sont les anxiétés soulevées par les analystes Keith Howlett de Desjardins et Adam Clark de la BMO.
Qu’importe, la direction appuie en bloc son plan d’affaires et affirme que, la conjoncture économique s’améliorant, la deuxième partie de l’année sera meilleure. Elle maintient son objectif de bénéfices annuels dans la fourchette de 5,15 à 5,40 dollars par action.
«Pour y arriver, il faudrait que les bénéfices progressent de 14% à 23% au second semestre», estime Ryan Balgopal de Scotia Capital.
Tabler sur un renversement de conjoncture macro-économique est un risque que les analystes préfèrent ne pas prendre. On ne verra de retour à une croissance plus forte que vers la toute fin de 2008, voire au début de 2009, écrivent Vishal Shreedhar de UBS et Adam Clark de BMO.
Cartes de crédit à surveiller
Une économie qui ralentit est, en outre, un couteau à double tranchant pour Canadian Tire. Non seulement les consommateurs achètent moins dans les magasins, mais les taux de défauts de paiement sur les cartes de crédit grimpent, grignotant doublement dans les bénéfices.
Au premier trimestre, ces taux de défaut ont augmenté tout en restant «dans une fourchette opérationnelle normale», souligne Ryan Balgopal. En outre, la direction a pris des dispositions pour améliorer la qualité de son portefeuille, limitant ainsi les risques de dérapage.
Le plus pessimiste des analystes, Adam Clark, va même jusqu'à dire qu’en période de récession les défauts de paiements sur les cartes de crédit peuvent doubler. «Ce qui pourrait effacer tous les bénéfices des activités de financement, soit 30% à 35% des bénéfices de l’ensemble de Canadian Tire».
S’ils n’adhèrent pas tous au scénario d’Adam Clark, les analystes révisent pourtant leurs estimations de bénéfices à la baisse, avec des estimations inférieures à celles de la direction. Leurs cibles ont aussi été rabaissées à la baisse dans une fourchette de 74 à 78 dollars. UBS et Desjardins recommandent toujours d’acheter le titre. Scotia Capital lui alloue une cote de performance égale à celle du secteur.
Sans surprise, à la BMO, Adam Clark vise beaucoup plus bas. Il révise non seulement ses estimations de bénéfices mais aussi le multiple d’évaluation qu’il verrait se contracter sous l’effet de séries de mauvaises nouvelles. Sa cible atteint donc 55 dollars et il pense que la performance de Canadian Tire sera inférieure à celle du marché.