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Analyse : que nous réserve le pétrole?


Ce que l'Amérique ne consomme pas, les pays émergents le gobent aussitôt. Photo: Bloomberg

Au prix de 122 dollars américains le baril, le pétrole est à un cheveu de son pic de 1979 en prix réel. Une zone trouble pour l’économie mondiale.

On entend ci et là des prévisions pour un baril de pétrole à 200 dollars américains. Voilà de quoi alimenter l’engouement des spéculateurs qui y voient autant de raisons de miser encore plus haut. Pure spéculation? C’est ce que suggère l’Opep qui refuse de relever son volume de production pour alléger la pression sur les prix.

Pourtant, les analystes sont plus nuancés. À ce stade tous admettent que le marché est «très tendu».

Dans un premier temps, ce sont les facteurs géopolitiques qui ont une incidence directe sur le mouvement du marché. Des troubles politiques au Kurdistan ou au Nigéria et voilà les acheteurs soucieux de ne pas obtenir les approvisionnements requis. «Le marché a intégré dans le prix cet élément de risque politique», explique Bart Melek, spécialiste des matières premières à la BMO, «les acheteurs sont prêts à payer une prime pour s’assurer d’une garantie d’approvisionnement».

Regard différent

Cet analyste misait, quelques mois plus tôt, sur un recul. Mais il envisage maintenant un prix solidement arrimé à 100 dollars le baril en 2008. Ce qui a changé dans son analyse, c’est le regard porté sur les tendances de consommation.

En février dernier, Bart Melek estimait que dès que le ralentissement aux États-Unis se traduirait par des stocks plus élevés, les traders ramèneraient leurs prix à la baisse. Or, rien de tel ne s’est produit. Le département d’État américain a beau annoncer mois après mois des hausses de stocks, l’engouement ne tarit pas.

En fait, quand bien même l’Amérique consommerait moins, quand bien même les pays de l’OCDE mettent les bouchées doubles du côté des énergies renouvelables, ce que l’OCDE ne consomme pas, les pays émergents le gobent aussitôt.

Là bas, les consommateurs sont d’autant plus acheteurs qu’ils sont protégés artificiellement de la hausse des prix par des mesures d’encadrement administratif des marchés. De plus, ils sont souvent des nouveaux consommateurs «qui n’ont pas la mémoire des prix pétroliers», dit Jeff Rubin, économiste en chef à la CIBC.

Les plus gourmands sont les consommateurs des pays de l’Opep. Paradoxalement, plus le pétrole monte, plus ces pays reçoivent des liquidités qui sont alors affectées à la consommation de pétrole sur le marché intérieur. Elle progresse au rythme de 5% par an.

La production plafonne

Il ne faut donc pas compter sur ces marchés sur une modération de la consommation qu’entraine des prix forts.

Où va donc le pétrole? «À 200 dollars le baril d’ici 2012», pense Jeff Rubin qui voit dans ces prix plus élevés le reflet des tensions persistantes sur le marché. Car, pour que les prix reviennent à des niveaux plus modestes, il faudrait une conjugaison de deux facteurs : une hausse de la production et/ou une baisse de la demande.

Inutile de rêver à une production en hausse. «Faisant abstraction de la production de gaz naturel, la production de pétrole n’a pas augmenté depuis deux ans et demi», écrit Jeff Rubin. «La hausse apparente est composée pour l’essentiel de gaz naturel qui n’est pas un substitut parfait pour le pétrole lui-même», dit-il.

Malgré les appels à la responsabilité environnementale, «aucune solution satisfaisante n’a été trouvée du côté de l’offre», souligne Jacques Chahine, économiste à Factset Research, «la plupart des initiatives restent encore marginales par rapport aux vrais besoins».

Faut-il s’attendre à une baisse forcée de la demande? Ni Bart Melek, ni Jeff Rubin n’évoquent ce scénario. Mais l’économiste de Jacques Chahine met le pied dans le plat. «Il ne reste plus comme échappatoire qu’un ralentissement sérieux de la consommation qui accompagne une récession. C’est ainsi que ce sont terminés tous les chocs pétroliers dans le passé!»

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