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Une fusion saluée par les investisseurs. Photo: Bloomberg
Le mariage consommé, le nouveau groupe TMX issu du rapprochement de la bourse de Toronto (TSX) et de celle de Montréal va-t-il tenir ses promesses?
Les analystes sont optimistes. Ceux sondés par lesaffaires.com recommandent tous l’achat du titre avec des cibles de prix à un an dans une fourchette de 50 à 75 dollars.
Ce qui a changé depuis la fusion, c’est que le titre du TSX, désormais identifié par le sigle TMX, ne joue plus dans la cour des petites bourses à activité unique, mais dans celle des bourses intégrées proposant l’échange d’actions et de produits dérivés sous un même toit.
Or, dans cette nouvelle catégorie, les multiples d’évaluation des bourses comparables sont sensiblement plus élevés. Les valeurs de ces bourses se situent dans une fourchette de 12 à 25 fois leurs revenus prospectifs de 2009, contre un multiple de 12,4 pour le TMX.
La bourse canadienne peut certes rattraper son retard, mais pas tout de suite, selon les analystes. «Le pessimisme par rapport aux titres financiers devrait persister pour les douze prochains mois», dit Jeff Fenwick de Cormark Securities.
Preuve par les résultats
Pour John Aiken de Dundee Securities, l’élan pour le TMX passera par une preuve par les résultats. Les marchés veulent croire en la capacité du TMX de faire mieux avant de le gratifier d’une évaluation bonifiée. Or, «le TSX a démontré qu’il pouvait annoncer une hausse des bénéfices même dans un marché terriblement déprimé», relève l’analyste. En effet, le TSX ayant bien maîtrisé ses coûts a annoncé des marges opérationnelles en hausse au premier trimestre malgré un plafonnement du volume d’activité.
Ce qui donnera aussi du tonus au titre est la politique agressive de rachat d’actions qui devrait amener une diminution de 10% le nombre de titres en circulation, gonflant ainsi le bénéfice par action.
Néanmoins, l’ingénierie financière à elle seule ne suffira pas à redorer le blason du TMX. Le groupe devra cravacher pour tenir ses promesses au niveau des opérations, rappellent les analystes. Plusieurs défis restent à être relevés.
Promesses à tenir
À l’annonce de la fusion, les dirigeants ont tablé sur des synergies de 25 millions de dollars en 2009 issus du rapprochement des deux bourses. Ces activités étant composées pour l’essentiel de frais fixes, il existe donc bel et bien des chevauchements qui pourront être évités dans une société unique.
Ces synergies sont, pour John Aiken de Dundee Securities, «facilement réalisables». Robert Sedran de la Financière Banque Nationale se permet d’être plus prudent. Il souligne le contexte politique délicat qui entoure chaque coupe dans les frais et pense que «le risque d’exécution est très élevé».
Le TMX est aussi exposé au risque concurrentiel que présente la plate-forme de courtage alternative Alpha qui permettra à six grandes banques canadiennes de s’échanger entre elles des titres à des coûts inférieurs à ceux que facture le TMX.
Ce concurrent représente «une menace crédible aux revenus du TMX», souligne Robert Sedran de la Financière Banque Nationale qui dit ne disposer que d’une visibilité très réduite sur l’impact réel d’Alpha.
Base de revenus plus large
Ce qui rassure les analystes est la réaction saine de la bourse de Toronto. Le lancement d’une plate-forme électronique ultra rapide conjuguée à une baisse des prix devrait lui permettre de rester dans la course. En outre, si Alpha va certainement marcher sur les plates-bandes du TMX, l’impact final sera moins nocif que ce qui aurait pu être craint.
En effet, les revenus sur l’échange du gaz naturel s’ajoutant à ceux des dérivés, ainsi qu’aux recettes sur les émissions et les ventes d’informations soutiennent les revenus du TMX. Dans le contexte d’une société plus large, les revenus sur l’échange de d’actions ne représenteraient plus que 21% des revenus totaux du TMX en 2009 estime Jeff Fenwick de Cormark Securities.
À moyen terme, le défi du TMX sera aussi de maintenir la croissance de son volume d’activité. Pour l’immédiat, des incertitudes planent. Les marchés étant déprimés, les volumes d’activité à Toronto ont plafonné au premier trimestre. Au niveau des produits dérivés, la bourse de Montréal est, pour sa part, confrontée à une chute des volumes sur son produit phare le contrat à terme sur taux d’intérêt à trois mois, le BAX.
Pour Jeff Fenwick de Cormark Securities ces indicateurs clignotants ne sont que des alertes cycliques qui ne remettent pas en cause la tendance de fond. À son avis, la croissance du courtage automatisé, l’intérêt grandissant des investisseurs étrangers pour les valeurs canadiennes et l’usage plus répandu des produits dérivés devraient soutenir durablement la progression du TMX.
Dans ce contexte, combien pourrait valoir le TMX? Le titre qui, plafonnait aux alentours de 40 dollars en mars, a grimpé à 46,60 dollars à l’annonce des résultats du premier trimestre. Pour la Robert Sedran de Financière Banque Nationale, il pourrait aller jusqu’à 50 dollars dans un an. John Aiken de Dundee Securities vise 55 dollars, alors que Jeff Fenwick de Cormark Securities place son potentiel à 75 dollars.