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Analyse de titre: où va Quebecor World?

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Pierre Karl Péladeau reste attaché à l'entreprise qu'il a dirigée dans le passé. Source: Bloomberg photos

Quebecor World doit remettre à flot son bilan avec des capitaux neufs. Ce qui implique une dilution pour les actionnaires actuels.

La trésorerie de Quebecor World est à sec. Avant le 21 janvier 2008, la société doit annoncer aux détenteurs de ses actions de privilège comment elle compte leur rembourser les 175 M$ qui leur seront dus en mars prochain.

Quebecor World doit aussi s’organiser pour réduire sa ligne de crédit bancaire des 750 M$ actuels à 500 M$ en juillet 2008, et la réduire à zéro d’ici mars 2009. Sans compter que d’autres billets d’une valeur de 200 M$ seront dus en novembre 2008.

Or, le plan de refinancement que la société se proposait de présenter au public a été retiré mardi en raison de conditions de marché défavorables.

Comment lever des fonds dans un marché déjà très difficile?

Quebecor Inc viendra-t-il à la rescousse de ce petit frère en difficulté? Même si les analystes soulignent l’attachement émotionnel de Pierre karl Péladeau pour l’entreprise qu’il a dirigée dans le passé, ce scénario est « très peu probable», écrivent Tim Casey, analyste à la BMO et Andrew Mitchell, analyste de Scotia Capital. Les deux analystes pensent que Quebecor Inc préfèrera garder ses ressources pour lancer son projet de téléphonie sans fil. Leur confrère Adam Shine de la Financière Banque Nationale, estime «le temps est venu pour Quebecor de se métamorphoser en Quebecor Media».

Quebecor World pourrait-il être racheté par des concurrents? Les imprimeurs en vue sur le marché, Transcontinental et Cenveo, ont tous deux choisi de se concentrer sur des séries courtes, alors que Quebecor World se spécialise sur les séries longues. La combinaison de ces stratégies ne serait pas harmonieuse, pense Tim Casey.

De plus, selon l’analyste de la BMO, un tel rachat pèserait trop lourd sur les épaules de ces imprimeurs. Transcontinental vaut actuellement 2,4 G$, Cenveo en vaut 1,7 G$. Ils n’auraient pas les moyens ou l’envie de se payer Quebecor World qui en vaudrait 3,5 G$. Seul l’américain RR Donnelly pourrait se payer une telle acquisition mais serait confronté, pour sa part, à des obstacles réglementaires en vertu de la réglementation anti-trust. En outre, «RR Donnelly aussi s’est détaché des séries longues», souligne Andrew Mitchell. Les noms de Quad Graphics et de Consolidated Graphics ont aussi été évoqués.

Si ces entreprises rachetaient Quebecor World elles ne consentiraient qu’un investissement minime pour mettre la main sur les actions de la société, compte tenu du faible prix boursier de Quebecor World. Elles
devront toutefois rajouter du capital pour remettre à flot le bilan. Avec pour conséquence que les autres actionnaires n’auraient d’autre choix que soit rajouter eux aussi du capital pur maintenir leur participation, ou voir leur participation réduite.

Reste un éventuel rachat par un fonds d’investissement privé. Là encore, cette option laisse Tim Casey sceptique, compte tenu de la crise du crédit qui prévaut.

Il ne resterait plus à Quebecor World qu’à vendre ses actifs pour renflouer les caisses. La direction y songe. Mais quels actifs? Et à quel prix? « Maintenant que tout le monde sait que Quebecor World a besoin de d’argent et vite, les acheteurs potentiels n’en seront qu’encouragés à soumettre des offres de dernière minute en se moquant du prix», écrit Andrew Mitchell. «Dans ce contexte, Quebecor World est mal parti pour tirer le meilleur prix de ses actifs», ajoute-t-il.

Sans compter qu’une grande partie de l’activité de Quebecor World est exercée aux États-Unis, territoire sur lequel les marges, déjà minces, sont encore fragilisées par les risques de récession.

Andrew Mitchell ne voit pas comment Quebecor World pourrait s’en sortir sans une dilution «sévère» de son capital ou une restructuration majeure de son bilan. En tout état de cause, rappelle-t-il, «l’actionnaire actuel arrive au dernier rang derrière les détenteurs d’obligations, les banquiers, les retraités et les détenteurs d’actions de privilège», écrit-il.

Dans ce contexte, «tant qu’une solution financière n’aura pas été trouvée, il y a peu de chances que le titre remonte», écrit Tim Casey. Andrew Mitchell aussi y voit «davantage de chats morts que de rebonds».

Quebecor World s’échangeait vendredi à 2,60 $, après avoir connu un creux de 1,89 $. Le titre a perdu 75% de sa valeur au mois de novembre.

Il y a cinq ans, l'imprimeur avait une valeur de 3 G$, chacune de ses actions s'échangeant alors à 40 $. Rappel s’il en faut que les placements boursiers comportent des risques non-négligeables.

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