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Pêche: est-il possible de travailler toute l'année?

Fin avril, il reste encore de la neige au sol en Gaspésie. Qu'importe, la saison de la pêche au crabe des neiges est déjà commencée.

Le port du village côtier de Sainte-Thérèse-de-Gaspé est rempli à craquer de bateaux conçus spécialement pour le crabe. Dans cette partie de la Gaspésie, au sud de Percé, les pêcheurs sont en symbiose avec l'usine de transformation de crabe E. Gagnon et fils. Celle-ci vient d'ouvrir ses portes après un trop long hiver.

Malgré tout l'amour des pêcheurs pour leur métier, la pêche au crabe sera vite terminée, déplore Bernard Lacroix, directeur général de l'usine. Elle durera 10 semaines tout au plus.

À l'usine, la séquence se répète d'année en année. Le crabe pêché le matin est congelé avant l'heure du souper. Lors de la visite du journal Les Affaires, à la dernière semaine d'avril, les crabes pêchés le matin même étaient en route pour les États-Unis.

"Le processus n'est pas très long", explique Bernard Lacroix. En 75 minutes, le crabe est cuit, emballé et congelé. Comme ce crustacé ne vit pas longtemps hors de la mer, il est impossible de l'entreposer pour le transformer plus tard.

L'usine ferme ses portes lorsque la pêche se termine en juillet. Les 250 travailleurs sont alors mis à pied. S'ils trouvent du boulot pendant encore quelques semaines dans une des nombreuses autres usines de la région, ils peuvent cumuler suffisamment d'heures de travail pour avoir droit aux prestations de l'assurance-emploi.

L'industrie des pêches emploie 1 300 personnes dans la région, surtout de mai à août. Depuis la fermeture de la mine de cuivre de Noranda, à Murdochville, de l'usine de papier Gaspésia, à Chandler, et de l'usine de carton Smurfit-Stone, à New Richmond, l'industrie des pêches est devenue le principal employeur dans la péninsule.

Le caractère saisonnier de l'industrie n'aide pas à faire baisser le taux de chômage élevé de la région, qui était de 17,1 % en 2007, le pire au Québec.

Usine cherche aliments à transformer

Avis aux intéressés, l'usine est libre. "Cette belle usine est disponible pour faire de la transformation pendant l'été, l'automne et l'hiver", dit M. Lacroix. Elle dispose même d'installations de congélation par cryogénie à l'azote, dit Bernard Lacroix.

Le profil saisonnier de l'industrie de la pêche demeure un problème de taille, estime Gilbert Scantland, directeur général de la Conférence régionale des élus Gaspésie- Îles-de-la-Madeleine. D'autant que l'industrie tente encore de se relever après avoir vu fondre ses quotas de pêche pendant les années 1990.

Autrefois, les poissons de fond, comme la morue et le flétan, composaient la majeure partie des volumes pêchés par les Gaspésiens, explique Marcel Roussy, directeur régional pour la Gaspésie du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ). En 2007, les poissons de fond ne comptaient plus que pour 12 % des prises.

Les usines de transformation ont perdu le tiers de leur chiffre d'affaires depuis une décennie. Le produit intérieur brut (PIB) régional de l'industrie de la transformation alimentaire a dégringolé, passant de 62 à 44 millions de dollars entre 1997 et 2005, selon les données de l'Institut de la statistique du Québec. Les produits marins comptent pour la majorité des aliments transformés dans la région.

Des solutions

Si la région veut faire fonctionner ses usines durant toute l'année, elle doit explorer diverses solutions. La plus simple est peut-être d'importer du poisson avant et après la saison de pêche locale pour le transformer sur la péninsule, croit M. Scantland, de la Conférence régionale des élus Gaspésie-Îles-de-la- Madeleine. Mais même cette solution ne permet pas de travailler l'hiver.

Une autre solution est l'aquaculture. Des poissons d'élevage, comme le saumon, permettent à certaines entreprises de travailler à l'année longue, comme le producteur de saumon fumé Atkins et frères, à Mont-Louis.

Mais attention, ce genre de travail nécessite un changement de mentalité, dit James Atkins, un des fondateurs de l'entreprise.

"Il faut sans cesse innover pour trouver de nouveaux produits", dit-il. Pour ce faire, il vient d'embaucher un ingénieur français spécialisé en innovation dans les produits marins.

Finalement, les biotechnologies peuvent aussi être une solution pour garder les usines ouvertes à l'année. C'est la voie choisie par le transformateur de crevettes Marinard, de Gaspé.

Grâce à la chitine contenue dans les écailles des crevettes, la filiale Marinard Biotech produit du chitosan et de la glucosamine, des produits vendus pour leurs bienfaits sur la santé. Les écailles de crevettes sont traitées lorsque la saison de la pêche est terminée.

Pour aider les entreprises à repenser leur industrie, M. Roussy rappelle que le MAPAQ a mis sur pied un laboratoire scientifique à Gaspé.

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