La commission Charbonneau et l'ère de la suspicion

Publié le 31/08/2013 à 00:00, mis à jour le 29/08/2013 à 09:20

La commission Charbonneau et l'ère de la suspicion

Publié le 31/08/2013 à 00:00, mis à jour le 29/08/2013 à 09:20

Ça ne réseautera pas fort cet automne dans le monde municipal. Déjà qu'on avait appliqué les freins sur les activités sociales, cet été...


Par exemple, partout au Québec, la participation aux traditionnels tournois de golf a rétréci comme une peau de chagrin, quand les tournois n'ont carrément pas disparu. Ce n'est pas tant de voir les allées désertées qui est inquiétant, mais bien ce qui se cache derrière cette désaffectation subite.


Deux raisons l'expliquent. Premièrement, les commanditaires sont moins empressés à distribuer leurs faveurs. En fait, plusieurs essaient de recoller les pots cassés... De toute évidence, ils ont préféré demeurer discrets. Deuxièmement, ces activités dites de détente se sont souvent déroulées sous un climat de suspicion. Avec qui vais-je me retrouver sur les photos ? La personne à qui je vais donner la main a-t-elle été nommée à la commission Charbonneau ou va-t-elle l'être ? Mieux vaut m'abstenir.


Dommage pour les oeuvres caritatives, qui trouvaient là une partie de leur financement annuel.


C'est un des effets pervers de la méfiance généralisée qui s'est emparée du Québec depuis qu'on a entrepris de faire le ménage dans les pratiques douteuses en matière d'attribution de contrats publics. C'était nécessaire, car les abus étaient devenus courants. De plus, les prix payés par les donneurs d'ordres publics sont déjà en train de baisser.


Mais on est en train de jeter le bébé avec l'eau du bain. Ceux qui tiennent maintenant à s'assurer de l'honnêteté et de l'intégrité de leurs relations se sentent forcés d'être plus catholiques que le pape.


Les exemples sont nombreux, mais prenons le cas de Trois-Rivières. Le tournoi annuel de golf dit «des employés» a été annulé. Celui qui se déroule au nom du maire est en péril. «Tout le monde est sur la défensive, me confiait un administrateur municipal. Plus personne n'ose solliciter de commandites.»


Vous savez comment fonctionne ce genre de tournoi ? On invite des gens à participer et les commanditaires suivent. Ils aident à payer les coûts et à offrir des prix de performance sur le terrain ou tout simplement de présence. Tous les profits sont versés à des oeuvres caritatives. C'est la norme.


Or, les nouveaux règlements sur l'éthique, sur le plan des pouvoirs publics, interdisent les «cadeaux» de plus de 25 $.


Surgissent alors des questions : le sac de golf offert par la boutique X est-il acceptable ? Le voyage pour deux à la Riviera Maya offert par l'agence Y, le clou de la soirée pour lequel on a vendu des billets, contrevient-il à la nouvelle réglementation ? Risque-t-on après coup de se faire accuser de copinage éhonté avec le commanditaire qui a donné un prix ? De se faire traîner devant les tribunaux ? Sérieusement, non. Mais à elles seules, ces perspectives refroidissent les ardeurs. Le robinet du financement caritatif est en train de se fermer. Et les conséquences sont néfastes.


Les anges abandonnent


À Trois-Rivières, depuis des années, des employés de la Ville s'activent bénévolement à une oeuvre appelée les Anges des travaux publics. C'est tout à leur honneur. Ils aident une famille dont un des membres est handicapé en réaménageant leur résidence pour leur faciliter la vie. Les outils, matériaux, génératrices et autres fournitures leur sont prêtés ou donnés par des entreprises locales.


Mais les anges ont décidé d'abandonner, cette année. Les personnes handicapées devront maintenant se débrouiller seules. Les risques sont trop importants aux yeux des participants à cette corvée, qui se dévouaient sans arrière-pensée. Ils pourraient, théoriquement du moins, se faire accuser d'avoir sollicité des commandites et d'avoir ainsi contrevenu à la loi sur l'éthique.


«Personne ne veut se placer dans une situation embarrassante. On est tous devenus frileux», m'a-t-on dit. «Il suffit que ton nom soit mentionné à la commission Charbonneau pour que tu te retrouves seul comme une roche sur le pavé, que personne ne veut ramasser.» Exagération ? Paranoïa ? Peut-être. Mais la tendance s'observe partout au Québec. Il doit bien y avoir là un fond de vérité.


Le problème du laxisme dans la gestion des fonds publics devait être réglé. Le redressement est en cours. Mais le balancier est parti en fou dans l'autre sens. Il va falloir travailler à retrouver l'essentiel juste milieu.


DE MON BLOGUE


Les jeunes et l'emploi


Les temps sont durs pour les jeunes


Ici comme ailleurs, la crise devrait être chose du passé : le marché du travail devrait aujourd'hui favoriser les jeunes, d'autant plus qu'on annonce depuis des années des départs massifs à la retraite. Il faudra tout de même donner la chance aux jeunes de se faire valoir, un jour !


Vos réactions


«Ce n'est qu'une autre démonstration de la virtualité de la reprise. Les résultats boursiers sont spectaculaires; les bénéfices des entreprises augmentent, mais tout ça s'est fait par des économies d'échelle. Et l'échelle, c'est plus souvent qu'autrement la main-d'oeuvre. Les données sur le chômage peuvent bien baisser, mais ce sont les emplois moins payés et à temps partiel qui ont le vent dans les voiles.»


- berixyz


«Les parents, entre autres, faussent l'image de la société en général à leurs enfants. Ces derniers vivent comme dans un rêve sans fin... Hélas, la réalité est autre.»


-codepre$$


rene.vezina@tc.tc


blogue > www.lesaffaires.com/rene-vezina

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