Fabriquer de la fierté à partir des nouvelles usines

Publié le 21/11/2009 à 00:00

Fabriquer de la fierté à partir des nouvelles usines

Publié le 21/11/2009 à 00:00

Les images bien ancrées sont dures à déloger.

Par exemple, dites " textile ". Qu'est-ce qui vous vient spontanément à l'esprit ? Probablement une usine mal éclairée avec de longues rangées de machines à coudre et des couturières qui besognent sur des pièces de tissu, ou au mieux, sur de grands métiers à tisser.

Désolé, mais les choses ont changé. Chez nous, du moins. L'industrie du textile a dû prendre le virage technologique pour faire face à la concurrence. Êtes-vous déjà allé chez Peerless, située dans l'Est de Montréal, le plus important fabricant de complets pour hommes en Amérique du Nord ? Le service d'informatique compte à lui seul une trentaine d'employés. Connaissez-vous Régitex, qui perpétue la grande tradition textile de la Beauce en produisant pas moins de 109 variétés de fils à partir de fibres naturelles et synthétiques ? L'innovation y occupe une place cruciale. On est bien loin du " sweat shop ".

Malgré cela, le secteur manufacturier demeure mal perçu. On l'a déconsidéré au fil des ans. Il a été doublement frappé. Victime de la concurrence, sa part n'a cessé de reculer dans l'économie. De plus, il est perçu comme un symbole du passé. À preuve, un sondage récent réalisé par CROP révèle que 81 % des étudiants québécois se disent peu ou pas intéressés à suivre des cours pour travailler plus tard dans le secteur manufacturier. Pour des jeunes, apparemment, la factorie n'est pas inspirante. Globalement, 55 % des Québécois ont une perception négative de ce secteur, qu'ils jugent dépassé et ennuyeux, comme le chantait Robert Charlebois : " Ça arrive à manufacture, les deux yeux farmés ben dur... "

L'industrie manufacturière, évidemment, le prend mal. Il lui fallait d'abord avoir un portrait de la situation. Ce sondage-vérité a été commandé par le Conseil des manufacturiers, un organisme qui a décidé de contre-attaquer pour ramener le secteur manufacturier au coeur des préoccupations économiques des Québécois.

Pour ce faire, le Conseil insiste sur le fait que le secteur a évolué. De là la campagne publicitaire en cours que vous avez peut-être remarquée, qui présente par exemple sur des panneaux d'affichage deux images superposées : on voit d'abord le stéréotype classique d'une usine, du genre des fameuses machines à coudre des ateliers traditionnels. Mais cette première image s'efface pour dévoiler l'environnement moderne et lumineux du textile moderne, comme celui de Peerless.

Le Conseil a été créé en 2007 sous l'impulsion de Raymond Bachand, alors ministre du Développement économique. Son successeur, Clément Gignac, en est le coprésident aux côtés de Pierre Racine, auparavant président de Rolls-Royce Canada. Le Conseil regroupe une dizaine de grands dirigeants d'entreprises de fabrication, quelques associations comme Manufacturiers et Exportateurs du Québec, ainsi que la FTQ et la CSN. Québec y consacre 1,5 million de dollars sur trois ans, et l'industrie devrait doubler cette mise.

Ce n'est pas qu'elle soit à l'article de la mort : au Québec, la production manufacturière comptait pour près de 19 % du PIB en 2007. C'était supérieur à la moyenne canadienne (15, 7 %), et bien plus qu'au Royaume-Uni (13,4 %), qu'en France (13 %) et qu'aux États-Unis (11,7 %). En fait, un emploi direct sur six, au Québec, dépend de ce secteur. Pensons aux avions de Bombardier, à l'aluminium de Rio Tinto ou aux fromages de Saputo.

Nous devons miser sur l'économie du savoir, entend-on. C'est l'avenir. Et si on associait fabrication et technologie ? IBM exploite à Bromont sa plus importante usine au Canada. Elle y emploie plus de 2 500 personnes. Mais ailleurs, où on ne travaille pas en haute technologie ?

Prenez IPL, dans Bellechasse, qui a été créée en 1939 pour fabriquer des manches à balai ! Aujourd'hui, le plastique d'IPL est moulé dans des machines si sophistiquées que les ouvriers les actionnent sur un clavier d'ordinateur. C'est maintenant la norme.

L'industrie manufacturière n'est pas sortie du bois, et la force renouvelée du huard causera des maux de tête aux exportateurs. Il lui faut au moins compter sur l'appui de la collectivité et sur la contribution des jeunes. D'où le slogan du Conseil : " L'avenir, ça se fabrique ". C'est une question d'économie autant que de fierté. Barack Obama le disait en mars dernier : " What we've got to do is to start making things again ". Le même défi s'applique au Québec.

De mon blogue

www.lesaffaires.com/rene-vezina

Parité imminente

Notre huard se repose les ailes depuis quelques semaines, mais il est à la veille de reprendre de l'altitude. C'est ce que prévoit une nouvelle analyse de Matthew Strauss, stratège à la Banque Royale. À ses yeux, la parité est imminente et devrait être atteinte dès le début de 2010.

Vos réactions

" Quand on a des comptes à recevoir et que le taux passe de 1,23 à 1,04 $ US avant qu'on soit payé, on a beau être plus compétitif, si le taux de change vient nous gruger 20 % avant qu'on soit payé, ça donne quoi d'investir pour être plus productif ? Si le dollar canadien monte au dessus de la parité, je vais être obligé de fermer boutique. Ce n'est pas jojo de voir des analyses comme ça. "

- Crobi

" Je cite : La force de l'immobilier, que prouvent notamment des mises en chantier quasi record au pays [...], est l'un des indices qui lui font dire que l'économie canadienne va continuer à se distinguer de l'économie américaine, et que le huard va refléter cette force relative. La force de l'immobilier, oui, mais une force due au dopage au moyen de taux hypothécaires très bas. "

- Jean

rene.vezina@transcontinental.ca

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