Entre les jeunes et les vieux, le gouvernement a choisi

Publié le 01/12/2012 à 00:00, mis à jour le 29/11/2012 à 09:17

Entre les jeunes et les vieux, le gouvernement a choisi

Publié le 01/12/2012 à 00:00, mis à jour le 29/11/2012 à 09:17

Il y a 40 ans, le Québec comptait huit travailleurs pour un retraité. La proportion a fondu de moitié : aujourd'hui, ce ratio n'est plus que de quatre pour un. Et en 2026, nous en serons rendus à moins de trois pour un.


L'impact sur la société québécoise sera énorme. Il se fait déjà sentir. On ouvre davantage de centres communautaires pour «l'âge d'or» que d'écoles primaires. C'est hautement préoccupant. Non pas que les personnes âgées ne soient plus utiles, mais leur contribution va forcément en déclinant. Même si les cerveaux demeurent éveillés, les bras, eux, faiblissent. Avec le résultat que nous allons finir par manquer des uns et des autres.


Pas étonnant, dans ces circonstances, que cette note démographique figure dans les premières pages du plan budgétaire que le ministre québécois des Finances et de l'Économie, Nicolas Marceau, a présenté le 20 novembre. Ces changements «exigeront une gestion plus performante des finances publiques pour assurer le même niveau de services publics à la population du Québec», peut-on y lire.


L'écueil est là. Ce n'est pas par réflexe obsessionnel que l'avertissement est régulièrement servi depuis quelques années. S'il ne s'adapte pas, le Québec fonce tout droit dans le mur. Ceux et celles qui préfèrent balayer l'argument sous le tapis, avec des «on s'arrangera», confondent insouciance et inconscience.


Que la mise en garde soit servie dans le premier budget d'un gouvernement aux antécédents sociaux-démocrates est significatif. Faire payer les riches est une chose, faire payer les vieux en est une autre. Or, le Québec se targue d'offrir un panier de services qui fait l'envie des citoyens des autres provinces. Mais il lui faut des revenus. Et cet inexorable vieillissement vient diminuer le nombre de contribuables.


C'est dans cette optique qu'il faut interpréter l'ardeur du gouvernement à répéter qu'il entend parvenir à l'équilibre budgétaire à la fin du présent exercice financier. On veut préserver la cote de crédit de manière à ne pas alourdir les charges d'intérêt, en attendant que l'économie mondiale redémarre et que le Québec profite lui aussi de l'élan.


Mais d'ici là, il faut faire gaffe à ne pas trop dépenser. Comme le Parti québécois s'est déjà compromis dans les droits de scolarité universitaires, les places en garderie et d'autres engagements électoraux, il a bien fallu rogner ailleurs. Certaines mesures tombent sous le sens. L'analyse serrée des projets d'infrastructures, par exemple, peut engendrer des économies raisonnables - si on ne sacrifie pas l'essentiel. Déjà que l'échangeur Turcot, à Montréal, tient pratiquement avec du fil de fer...


Ressources humaines sous-utilisées


D'autres font cependant froncer les sourcils. Et compte tenu de ce qu'on vient d'avancer, l'annulation des hausses de crédit d'impôt pour travailleurs expérimentés étonne, tout comme le report de l'entrée en vigueur de la réduction de la taxe sur la masse salariale pour ces mêmes travailleurs. Sur trois ans, on compte épargner 100 millions de dollars dans le premier cas, un peu moins dans le deuxième.


Résumons : le gouvernement s'inquiète du vieillissement de la population. La baisse du nombre de travailleurs risque de compromettre la santé des finances publiques. Or, il existe un bassin de ressources humaines sous-utilisées au Québec : ces fameux travailleurs expérimentés. Mais il faut changer deux mentalités, la leur et celle des employeurs.


C'est la raison pour laquelle ce crédit d'impôt avait été institué, comme incitatif à prolonger la vie active, tout comme on voulait encourager les employeurs à regarder favorablement ces gens plus âgés. À terme, le Québec y gagnait, ne serait-ce que par l'évolution des comportements.


Mais... l'actuel gouvernement pense ne pas avoir le luxe d'agir en fonction du long terme. L'employabilité des aînés risque d'en pâtir. C'est d'autant plus dommage que le problème de l'explosion des coûts de retraite vient s'ajouter à celui de la diminution de la population active, avec une espérance de vie qui s'allonge continuellement. Or, des gens qui travaillent n'ont pas encore besoin de rente. On peut au moins différer l'échéance.


Le gouvernement Marois a misé pendant la campagne sur les étudiants, ce qui l'a certainement aidé à accéder au pouvoir. Comme on ne peut contenter Dieu et son père, il est maintenant obligé d'être moins généreux à l'égard d'autres segments de la population, comme les travailleurs expérimentés.


Dommage. Un Québec plus vieux n'est pas une catastrophe en soi, dans la mesure où nous nous donnons le temps d'adapter nos politiques. Mais s'il devient à la fois vieux, pauvre et désoeuvré, bonne chance !


DE MON BLOGUE


Démographie


Au chapitre du vieillissement de la population, Montréal et les régions avoisinantes s'en tireront mieux que le reste du Québec. D'ici 2031, les pôles de croissance de la population seront concentrés à Montréal et dans ses régions limitrophes (Laval, Lanaudière, Laurentides et Montérégie), en plus de l'Outaouais, selon l'Institut de la statistique du Québec.


La MRC de Mirabel (Laurentides) arrive en tête de liste, avec une croissance attendue d'environ 61 % d'ici 20 ans, suivie de la MRC Les Moulins (54 %), dans Lanaudière, et de Vaudreuil-Soulanges (52,5 %), en Montérégie.


L'âge médian à Montréal (41,6 ans) et à Laval (43,2) sera parmi les plus bas du Québec, à l'exception du Nord- du-Québec (32,3). C'est aussi Montréal qui comptera le plus fort pourcentage (59 %) de personnes en âge de travailler, par rapport à 47 % pour les régions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.


Les régions en croissance démographique ne seront toutefois pas à l'abri du vieillissement de leur population, comme partout ailleurs au Québec, où le pourcentage de personnes de plus de 65 ans risque de doubler à 26 % d'ici 2031. Montréal aura une meilleure performance, avec un ratio de 21 % comparativement à 38 % pour la région Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. P. Théroux


rene.vezina@tc.tc


blogue > www.lesaffaires.com/rene-vezina

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