É.-U. : un projet de loi menace Hydro-Québec

Publié le 14/04/2012 à 00:00

É.-U. : un projet de loi menace Hydro-Québec

Publié le 14/04/2012 à 00:00

Un projet de loi présenté au Congrès des États-Unis menace de faire perdre des occasions d'affaires à Hydro-Québec, car il rendra son hydroélectricité moins attrayante pour les distributeurs d'énergie américains.

Présenté par le sénateur démocrate du Nouveau-Mexique, Jeff Bingaman, ce projet de loi vise à modifier le Public Utility Regulatory Policies Act of 1978 afin d'imposer de nouvelles règles pour la production d'énergie électrique propre aux États-Unis.

Deux mesures du projet de loi risquent de pénaliser Hydro-Québec et les autres exportateurs canadiens d'hydroélectricité comme BC Hydro et Manitoba Hydro, affirment les spécialistes à qui nous avons parlé.

Primo, le projet de loi reconnaît la grande production hydraulique comme une énergie propre, à condition qu'elle soit produite aux États-Unis.

Secundo, il considère désormais le gaz naturel comme une source d'énergie propre, lui conférant le même statut que l'hydroélectricité.

«Cela ne sera pas favorable à Hydro-Québec», dit Jean-Thomas Bernard, professeur invité en énergie à l'Université d'Ottawa.

Ces deux mesures pourraient inciter les distributeurs américains d'énergie à se tourner davantage vers le gaz naturel pour atteindre leur cible de réduction de gaz à effet de serre. D'autant plus que l'électricité produite grâce au gaz naturel est moins coûteuse sur les marchés de gros aux États-Unis.

«Le risque pour Hydro-Québec, ce sont des occasions d'affaires sur le marché américain qui ne pourront pas se réaliser», note Joseph Doucet, spécialiste en énergie de l'Université de l'Alberta.

L'hydroélectricité, moins chère à terme

La société d'État souligne que le défi de l'Amérique du Nord est de remplacer le charbon, qui sert encore à produire 50 % de l'électricité. «Dans un contexte de transition vers une limitation des émissions de GES, l'hydroélectricité du Québec a plus que jamais sa place», a fait savoir par courriel sa porte-parole Ariane Connor.

Pierre-Olivier Pineau, spécialiste en énergie à HEC Montréal, donne en partie raison à Hydro-Québec. «Même si la tendance est négative pour l'hydroélectricité, ce ne sera pas si dommageable, parce que l'hydroélectricité restera moins chère à produire que la plupart des énergies de rechange.»

Selon une source diplomatique canadienne à Washington, il ne faut pas sous-estimer l'effet que peut avoir ce projet de loi à long terme, même si l'hydroélectricité canadienne jouit actuellement d'une bonne réputation aux États-Unis. Trois États frontaliers (Wisconsin, Minnesota, Vermont) la reconnaissent déjà comme une énergie renouvelable.

Une lobbyiste de Washington à l'emploi d'un producteur canadien d'hydroélectricité dit craindre que ces États revoient leur position si le projet de loi fédérale était voté. «Si elle voit le jour, cette législation créera un affrontement entre deux juridictions.»

Ce n'est toutefois pas pour cette année, campagne présidentielle oblige, disent les analystes. Mais même si le projet mourait au feuilleton faute d'appui politique, la pièce maîtresse de cette législation - la reconnaissance du gaz naturel comme une énergie propre - est un fait acquis, selon la lobbyiste.

Cela s'explique, d'une part, par le fait que les États-Unis connaissent un boom gazier en raison du gaz de schiste. D'autre part, parce que, sans le gaz naturel, les États-Unis ne pourront pas atteindre leurs ambitieuses cibles de production d'électricité à partir d'énergie propre.

«Je pense que c'est effectivement avec le gaz que les États-Unis contribueront à la lutte aux changements climatiques», souligne Jean-Thomas Bernard.

6,6 ¢ Coût de production d'un kilowattheure dans une centrale conventionnelle au gaz naturel aux États-Unis, en 2016, alors que celui produit à La Romaine, un complexe d'Hydro-Québec qui sera mis en service en 2014-2020, coûtera environ 8 ¢. Sources : EIA, HQ

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