Cinq secteurs qui vont bien aux États-Unis

Publié le 06/10/2012 à 00:00, mis à jour le 10/10/2012 à 15:05

Cinq secteurs qui vont bien aux États-Unis

Publié le 06/10/2012 à 00:00, mis à jour le 10/10/2012 à 15:05

Par François Normand

Les mauvaises nouvelles économiques en provenance des États-Unis ont de quoi saper le moral de nos exportateurs. La création d'emplois est anémique. Le taux de chômage dépasse les 8 %. Et le PIB progresse au ralenti : 1,3 % au deuxième trimestre, par rapport à 3,3 % en moyenne de 1948 à 2012. Pourtant, certains secteurs vont très bien, selon les statistiques colligées par l'économiste Francis Généreux du Mouvement Desjardins pour Les Affaires.


Parmi ces secteurs en pleine forme, la construction automobile, le matériel de transport, l'extraction d'hydrocarbures, les services professionnels et le cinéma. Par exemple, la construction de véhicules affiche la plus forte croissance du secteur manufacturier pour les six premiers mois de l'année ; cette hausse est de 28 %. En deuxième place dans cette catégorie, la fabrication de composants de véhicules motorisés a progressé de 17 %.


« Le pouls du marché en provenance des États-Unis, les discussions que nous avons avec nos partenaires indiquent que le marché va très bien », confirme Vincent Dugré, directeur par intérim du Pôle d'excellence québécois en transport terrestre.


Plusieurs PME et grandes entreprises profitent (ou sont sur le point de le faire) du dynamisme de certains secteurs de l'économie américaine. En voici plusieurs.


CONSTRUCTION DE VÉHICULES


Le vice-président exécutif et chef de la direction financière de Spectra Premium, Denis Poirier, est un homme d'affaires très heureux ces temps-ci. Et pour cause ! Entre le 1er janvier et le 31 juillet, le manufacturier de composants et de châssis automobiles de Boucherville a vu ses ventes bondir de 28,1 % aux États-Unis.


« Il est clair que l'industrie automobile américaine est en train de regagner le terrain perdu depuis la récession, dit le dirigeant. Mais peu importe, cette forte reprise du marché représente pour nous d'excellentes occasions d'affaires auprès de General Motors, Ford et Chrysler, nos trois clients aux États-Unis. »


Avant les ravages de la Grande récession au sud de la frontière (de décembre 2007 à juin 2009), le consultant CSM Worldwide estime que l'industrie nord-américaine fonctionnait à un peu plus de 80 % de sa capacité de production. En 2009, ce pourcentage avait chuté à 47 %. Une catastrophe pour des fournisseurs de composants québécois comme Spectra Premium.


Or, au deuxième trimestre de 2012, les constructeurs automobiles fonctionnaient à pratiquement 100 % de leur capacité, selon la firme d'analyse WardsAuto.


ÉQUIPEMENTS ET MATÉRIEL DE TRANSPORT


Les affaires roulent à fond de train pour Bombardier Transport. Le manufacturier de matériel roulant décroche de gros contrats les uns après les autres aux États-Unis. « Au 31 juillet, nous avions un carnet de commandes en Amérique du Nord de 5,7 milliards de dollars. C'est la première fois que nous atteignons ce niveau », dit le porte-parole Marc Laforge.


En juin, l'entreprise a signé deux contrats majeurs. Le premier, de 929 millions de dollars américains, avec le Bay Area Rapid Transit, à San Francisco, pour construire 410 voitures de métro ; le second, de 591 M$ US, avec le New York City Transit pour 300 nouvelles voitures de métro. Cette effervescence a d'ailleurs convaincu Bombardier d'investir 25 M$ US pour augmenter de 40 % la capacité de production de son usine de Plattsburgh.


Alutrec, un fabricant de semi-remorques en aluminium de Saint-Nicolas, sur la Rive-Sud de Québec, s'apprête, lui, à profiter du dynamisme du secteur du transport aux États-Unis. L'entreprise n'exporte pas encore sur le marché américain, mais elle s'apprête à y faire une percée, selon son vice-président au développement des affaires, Stéphane Labillois. « Les entreprises américaines sont en train de renouveler leurs flottes. Et plusieurs d'entre elles sont très intéressées par nos remorques en aluminium, qui leur permettent de transporter de la marchandise de manière plus efficace », dit-il.


Plus légères que celles en acier, les remorques en aluminium d'Alutrec sont moins énergivores et permettent aux transporteurs d'avoir des cargaisons un peu plus lourdes. Les astres sont alignés pour la PME. Depuis janvier, les entreprises américaines ont augmenté de 28 % leurs achats de véhicules et d'équipements connexes.


PRODUCTION DE PÉTROLE ET DE GAZ NATUREL


La hausse de la production de gaz naturel et de pétrole de schiste aux États-Unis a des impacts positifs sur... Gaz Métro, grâce à sa filiale Vermont Gas Systems. L'unique distributeur gazier de cet État limitrophe du Québec augmente sans cesse sa clientèle.


Pourquoi ? Le boom énergétique accroît l'offre de gaz naturel sur le marché américain. Cela fait baisser les prix au Vermont, même si la filiale de Gaz Métro s'approvisionne uniquement au Canada. Pour les particuliers et les entreprises, le gaz devient donc plus attrayant (et en plus, il émet moins de gaz à effet de serre et de polluants) par rapport au mazout par exemple.


« Nous avons actuellement 45 000 clients, c'est 3000 de plus qu'il y a trois ans », indique Stephen Mark, porte-parole de Vermont Gas Systems. Et d'ici 2015, le distributeur prévoit en rajouter 3 000, dont possiblement Goodrich (aérospatiale), au Vermont, et International Paper (pâtes et papiers), dans l'État de New York.


Joseph Doucet, spécialiste en énergie à l'Université de l'Alberta, est convaincu que beaucoup d'entreprises canadiennes peuvent profiter du boom énergétique aux États-Unis. « Toute société qui a une technologie, des services ou des équipements présentant l'avantage d'améliorer les procédés et de réduire les coûts d'extraction des hydrocarbures peut faire de bonnes affaires. »


SERVICES PROFESSIONNELS


Durant les sept premiers mois de l'année, la consommation de services professionnels (droit, ingénierie, etc.) a augmenté de 10,4 % aux États-Unis. Un dynamisme qui profite au bureau new-yorkais du cabinet canadien d'avocats Osler.


« On a observé un net regain d'activité depuis la Grande récession », explique Randall Pratt, associé et spécialiste en droit des sociétés chez Osler à New York. Cette année, le cabinet a d'ailleurs embauché deux nouveaux avocats pour répondre à la demande, ce qui a porté à 22 le nombre de juristes de son équipe.


Le bureau d'Osler à New York se spécialise notamment dans les fusions et acquisitions, aussi bien au Canada qu'aux États-Unis. La force du huard par rapport au dollar américain rend les sociétés américaines moins coûteuses et plus attrayantes pour des acheteurs canadiens.


La firme d'ingénierie SNC-Lavalin compte aussi profiter du boom dans les services professionnels aux États-Unis. Pour l'instant, la société est presque absente du marché américain en raison de la forte concurrence locale. Elle est toutefois en train changer son fusil d'épaule.


« Nous préparons actuellement le terrain en vue d'une plus grande expansion sur le marché des investissements dans des concessions d'infrastructures (marché des PPP) aux États-Unis », écrit dans un courriel la porte-parole Leslie Quinton.


INDUSTRIE CINÉMATOGRAPHIQUE


La culture se porte aussi très bien aux États-Unis. L'industrie cinématographique et les cinémas sont d'ailleurs le segment du secteur des services qui affiche la plus forte croissance depuis le début de l'année à 10,9 %, juste devant les services professionnels.


Et ce dynamisme a des impacts au Québec, notamment à Montréal sur la Cité du cinéma, où plusieurs films américains sont tournés. « On sent que ça reprend dans l'industrie depuis la crise de 2008-2009 », dit Mathieu Palmieri, coordonnateur des studios de la Cité du cinéma.


Par exemple, des techniciens américains ont récemment filmé le conte Miroir miroir (avec Julia Roberts) à Montréal. Une autre équipe est en train d'y tourner White House Down, un film d'action qui sortira en salle en 2013.


La vitalité de l'industrie culturelle aux États-Unis profite aussi à des entreprises québécoises comme le Cirque Éloize, qui présente des spectacles sur le marché américain. « En ce qui concerne nos spectacles, la demande y est soutenue », souligne la vice-présidente-développement des affaire au Cirque Éloize, Christine Mariano.


Le spectacle ID sera en tournée en Pennsylvanie et au Maryland en décembre et janvier. Et à la fin de 2013, le spectacle Cirkopolis sera présenté sur la côte est, notamment à Miami.


« Ces statistiques sont très surprenantes. Les exportateurs québécois vont devoir s'adapter. Il faut arrêter de s'attarder sur la santé de l'ensemble de l'économie américaine et s'intéresser plutôt aux secteurs qui vont bien. » - Simon Prévost, président des Manufacturiers et exportateurs du Québec


« Même si l'ensemble de l'économie chancelle encore, les Américains dépensent à nouveau, car il est plus facile d'obtenir un crédit. »


- Benjamin Tal, économiste en chef adjoint chez Marchés mondiaux CIBC


Une grande entreprise canadienne sur quatre prévoit accroître sa présence aux États-Unis en 2013.


Source : BMO


À GARDER SUR L'ÉCRAN RADAR


Les ventes de mobilier de bureau et d'ameublement résidentiel


Les équipements électroniques


Les ordinateurs


Les téléviseurs


L'immobilier


Les champions de la croissance aux États-Unis dans...


Entre le 1er janvier et le 31 juillet 2012


... la consommation de biens


Téléviseurs 22,7 %


Automobiles neuves 21,6 %


Ordinateurs personnels et équipements 19,1 %


... la consommation de services


Industrie cinématographique et cinémas 10,9 %


Services professionnels 10,4 %


Voyages à l'étranger 10,4 %


... les investissements des entreprises


Transport et équipements connexes 28,4 %


Ordinateurs et équipements connexes 19,3 %


Design et ingénierie industriels 14 %


... la production industrielle


Véhicules motorisés 28 %


Composants de véhicules motorisés 17 %


Extraction de pétrole et de gaz naturel 9 %


... les ventes au détail


Ventes directes (hors magasin) 11 %


Mobilier de bureau et ameublement résidentiel 8,7 %


Restauration et débits de boissons 7,8 %


... la création d'emplois


Ressources naturelles et mines 9,5 %


Équipements de transport 5,7 %


Services professionnels et d'affaires 3,6 %


Sources : Données colligées par Francis Généreux, économiste au Mouvement Desjardins, à partir de celles de plusieurs instituts américains (Bureau of Labor Statistics, Bureau of Economic Analysis, Federal Reserve Board, U.S. Census Bureau)


FRANÇOIS.NORMAND@TC.TC

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