Bombardier, 10 ans plus tard

Publié le 13/02/2010 à 00:00

Bombardier, 10 ans plus tard

Publié le 13/02/2010 à 00:00

Le 1er avril, Bombardier publiera les résultats de son exercice clos le 31 janvier 2010. Ce sera l'occasion de faire le bilan de l'entreprise montréalaise et d'évaluer le travail de ses dirigeants depuis une décennie.

Les prêcheurs boursiers comme moi répètent qu'il faut investir dans une perspective à long terme. C'est pourquoi je trouve important de faire le point sur Bombardier 10 ans plus tard. Le hic, c'est qu'en comparant l'état de Bombardier en 2000 à celui d'aujourd'hui, le bulletin est décevant, tant sur le plan des résultats financiers que sur celui du rendement boursier.

Mon verdict boursier

Le 31 janvier 2000, l'action de catégorie B s'établissait à 14,64 $, et Bombardier avait une valeur boursière de 20 milliards de dollars (G$). Dix ans plus tard, le 3 février 2010, le titre s'échange à 5,54 $, après avoir doublé par rapport à son creux de mars 2009. La société ne vaut plus que 8 G$ !

C'est une baisse de plus de 60 % en 10 ans. Pendant ce temps, à la Bourse de Toronto, l'indice S&P/TSX s'est apprécié de 34 %.

Par ailleurs, Bombardier a deux divisions en moins qu'il y a 10 ans : Bombardier Capital et Bombardier Produits récréatifs.

À l'exercice clos le 31 janvier 2000, le chiffre d'affaires de l'entreprise était de 13,6 G$. Pour l'exercice qui s'est terminé le 31 janvier 2010, les analystes prévoient qu'il s'établira à environ 20,2 G$ (Bombardier publie maintenant ses résultats en dollars américains; je les ai convertis en fonction d'un taux de change de 1,06 $ CA). C'est une croissance des revenus de 48,6 % en 10 ans.

Le problème, ce sont les bénéfices. C'est ce qui explique la chute du titre depuis une décennie. En 2000, le bénéfice net a atteint 718 millions de dollars (M$). Dix ans plus tard, il devrait s'établir à 785 M$, selon les prévisions des analystes. C'est une progression de seulement 9,4 %.

Un détail important : le taux d'imposition de Bombardier est de 9 % inférieur à ce qu'il était il y a 10 ans (24 % par rapport à 33 %), un changement qui vient gonfler le bénéfice après impôt.

En raison des émissions d'actions effectuées depuis 10 ans, le bénéfice par action s'établira à 0,45 $ en 2009-2010, par rapport à 0,51 $ en 2000. Ce qui signifie que le bénéfice par action, élément clé pour déterminer le cours d'un titre en Bourse, a reculé de plus de 11 % en 10 ans. Voilà une mauvaise performance.

Les marges bénéficiaires de Bombardier ont fondu au fil des ans, en raison de la diminution de l'importance de la division aéronautique. En 2000, cette division représentait 60 % du chiffre d'affaires global et 80 % du bénéfice avant éléments exceptionnels et impôt sur le revenu. Pour l'exercice clos en janvier, les activités aéronautiques devraient compter pour 45 % des revenus de Bombardier et 35 % de son bénéfice avant impôts.

Puisque les activités d'équipement de transport en commun sont moins rentables, le fait qu'elles gagnent en importance cause une diminution de la marge bénéficiaire de Bombardier. En 2000, sa marge avant impôt était de 8,4 %, par rapport à 5 % en 2010.

Une comparaison injuste ?

La direction de Bombardier répliquerait qu'il est injuste de se livrer à de telles comparaisons, en prenant comme point de départ un sommet cyclique pour l'industrie aéronautique, et comme point d'arrivée, ce qui semble être un creux pour cette industrie.

C'est un argument qui se tient, mais seulement en partie. Car si la direction veut montrer du doigt les difficultés cycliques du secteur de l'aéronautique, elle devrait aussi planifier la stratégie de l'entreprise en fonction de ces cycles. Or, dans le rapport annuel de 2000, rien ne préparait l'actionnaire aux années de vaches maigres qui suivent inévitablement les années de vaches grasses. Bien au contraire.

Dans ce sens, la direction est coupable d'avoir manqué de vision, et de vouloir jouir de tout le crédit quand les choses vont bien, et de rejeter le blâme quand elles vont mal.

Certes, les dirigeants de Bombardier ne pouvaient pas prévoir les attentats terroristes de septembre 2001. Ils pouvaient toutefois s'attendre à ce qu'un jour, l'économie tombe en récession, et se préparer en conséquence.

Selon moi, cette complaisance transparaît de façon encore plus évidente dans le rapport annuel de l'exercice clos le 31 janvier 2001. À ce moment-là, la bulle technologique avait explosé et l'économie américaine était en déclin. Or, la direction mentionnait qu'elle maintenait son objectif de doubler ses revenus au cours des cinq prochaines années.

Cette arrogance paraissait aussi dans le bilan de l'entreprise : la dette totalisait 8,6 G$, soit 2,45 fois l'avoir des actionnaires, qui était de 3,5 G$. Cette dette comprenait la dette de Bombardier Capital, qui commençait à donner des signes de difficulté.

À quoi s'attendre ?

Bombardier est-il un bon placement pour les 10 prochaines années ? Personnellement, je ne veux pas faire ce pari. La raison principale : depuis 15 ans, l'entreprise a perdu des dirigeants comme Robert Brown, Paul Tellier et Raymond Royer.

Difficile de gagner le championnat après avoir laissé filer d'aussi bons joueurs !

De mon blogue

www.lesaffaires.com/bernard-mooney

Deux ressources gratuites pour les investisseurs

Les investisseurs sont constamment à la recherche de nouveaux outils et de nouvelles sources d'information.

Ils peuvent se tourner par exemple vers Value Line Investment Survey, un bulletin financier qui permet de suivre 1 700 titres américains. Toutefois, ce service est coûteux, soit 680 $ US par an pour l'abonné canadien.

Or, sur son site Internet, Value Line publie gratuitement ses rapports pour les 30 titres du Dow Jones (www.valueline.com/dow30).

Par ailleurs, je reçois régulièrement des demandes concernant le service de graphiques à long terme de Securities Research Company (SRC). Sur son site (www.srcstockcharts.com), SRC publie gratuitement les graphiques des 30 titres du Dow Jones.

Vos réactions

" Pour voir les données fondamentales sous forme graphique, je recommande le site gratuit www.ycharts.com. "

- Casimir

" Pour ma part, je privilégie deux sites. Pour l'information, je vais sur Bloomberg.com. Pour les graphiques, je consulte Bigcharts.com. Tous les deux véhiculent de l'information pertinente et rigoureusement à jour. "

- dencour

bernard.mooney@transcontinental.ca

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