" Le Canada risque d'ĂȘtre encore moins productif "

Publié le 06/02/2010 à 00:00

" Le Canada risque d'ĂȘtre encore moins productif "

Publié le 06/02/2010 à 00:00

Par François Normand

Vous avez réalisé une étude pour le compte de l'Institut de recherche en politiques publiques portant sur les mythes à propos de l'investissement étranger au Canada. Comment se positionne le pays à ce chapitre ?


Les investissements étrangers sont toujours en progression au Canada. Le problème, c'est que le pays reçoit de moins en moins sa part de capitaux depuis 40 ans. En 1970, le Canada attirait 15,7 % des investissements dans le monde. Ce pourcentage a chuté à 3,4 % en 2007. Selon de nombreux analystes, ce phénomène tient essentiellement à l'émergence des économies du BRIC [Brésil, Russie, Inde, Chine], dans lesquelles les investisseurs injectent beaucoup de capitaux, ce qui en laisse moins pour l'économie canadienne. Or, notre étude montre que le Canada reçoit aussi une part de plus en plus congrue par rapport aux pays du G7 et aux autres pays signataires de l'ALÉNA.


Pourquoi la part des investissements étrangers au Canada diminue-t-elle ?


Pour deux raisons : la faible capacité d'innovation de notre économie et, paradoxalement, notre appartenance à une zone de libre-échange, l'ALÉNA. Les multinationales qui investissent à l'étranger sont à la recherche d'un environnement qui favorise l'innovation. C'est un critère très important pour elles, beaucoup plus que le niveau de taxation, par exemple. Or, si le Canada innove, il le fait moins que d'autres pays, comme les États-Unis. Par ailleurs, depuis la libéralisation du marché nord-américain, les investisseurs n'ont plus l'obligation de s'établir au Canada pour distribuer leurs produits sur le marché canadien. Ainsi, puisqu'il n'y a plus de tarif douanier, une entreprise peut s'implanter aux États-Unis pour vendre ses biens dans les pays de l'ALÉNA.


Quel est l'effet de ce déclin sur l'économie canadienne ?


Cela pourrait se traduire par une plus faible productivité par rapport à nos concurrents. Le Canada est déjà moins productif que les États-Unis. Le déclin relatif des investissements étrangers au Canada risque d'accentuer cet écart. Quand les multinationales s'installent dans un pays, elles contribuent à accroître la productivité de l'économie, sans parler des transferts technologiques. S'il y a moins d'investissements, la productivité en pâtit. Même chose pour les entreprises canadiennes : la concurrence étrangère au pays les force à être plus efficaces.

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