«Un jour, il sera interdit de conduire son auto»

Dominique Froment . Les Affaires . 14-01-2012

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Quand Denis Gingras dit, en exagérant un peu, qu'il sera un jour interdit de conduire sa voiture, du moins sur certaines autoroutes, ce n'est pas parce qu'il prévoit que les écolos gagneront leur bataille contre l'automobile. C'est qu'il pense que les voitures, devenues intelligentes, seront capables de se conduire elles-mêmes.

Après la voiture électrique, l'intelligence embarquée représente le plus important changement auquel on assistera au cours des prochaines années, croit le professeur à la faculté de génie de l'Université de Sherbrooke.

«Au 20e siècle, les fabricants ont travaillé pour réduire l'impact des collisions : coussin gonflable, ceinture de sécurité, optimisation du châssis, etc. Au 21e siècle, l'intelligence embarquée réduira plutôt le nombre de collisions au moyen de radars et de lidars (télédétection par laser), d'ultrasons, de caméras vidéo, etc.»

Denis Gingras est coordonnateur d'un programme de recherche baptisé Systèmes et capteurs intelligents dans le cadre du Réseau de centres d'excellence Auto21 qui regroupe 250 chercheurs de plus de 40 universités au niveau fédéral.

Des capteurs qui voient, entendent et sentent

Déjà, sur certains modèles haut de gamme, la voiture s'immobilise sans intervention humaine, si les capteurs détectent un obstacle, un enfant qui passe en courant devant le véhicule, par exemple.

Des capteurs qui voient, entendent et sentent vont se multiplier dans les automobiles au cours des prochaines années, prévoit M. Gingras. Certains vont déceler les émanations de gaz dans la cabine pour alerter le conducteur. D'autres vont lui envoyer le message que l'un des pneus est trop mou.

Quelques rares modèles de véhicules ont déjà recours à des caméras pour éliminer le fameux angle mort. Et d'autres n'ont plus besoin de leur conducteur pour se stationner en parallèle. Souvent, ces technologies d'avant-garde équipent d'abord les voitures de luxe avant de devenir la norme quelques années plus tard.

Des véhicules qui «apprennent»

Même si ces technologies semblent révolutionnaires, elles ne représentent qu'une étape vers le but ultime, des voitures qui «apprennent». «Grâce au récepteur GPS embarqué, déjà répandu, le véhicule connaît sa position et pourra mémoriser des itinéraires, les zones d'école, les intersections dangereuses, les heures de pointe, etc., et réagir en conséquence, par exemple en décélérant dans une zone d'école», explique M. Gingras.

Depuis peu, certains véhicules communiquent aussi entre eux. Ainsi, un véhicule accidenté immobilisé sur la route peut avertir les véhicules qui le suivent dans un rayon de deux kilomètres. Et cela, après avoir appelé l'ambulance, même si tous les passagers sont inconscients.

Ce genre de technologies intelligentes pourra aussi, en analysant la vitesse et la distance entre les véhicules, ralentir celui qui suit un autre de trop près.

Alcool au volant

Pour la détection de conducteurs en état d'ébriété, on peut s'attendre à un volant qui analysera le taux d'éthanol dans la sueur des mains, rendant le démarrage impossible si ce taux est trop élevé (même avec des gants, car il faut que la peau soit en contact avec le volant).

«Certaines de ces technologies existent déjà, mais le défi des chercheurs sera de les intégrer et de les rendre cohérentes et fiables», affirme M. Gingras.

Ultimement, ces technologies permettront aux véhicules de se passer de conducteur et ainsi d'optimiser la circulation. On peut envisager que les véhicules, équipés d'ordinateurs qui communiquent entre eux, roulent un jour à 200 kilomètres à l'heure sur certaines autoroutes équipées en conséquence, en gardant entre eux une distance plus courte, sans aucun risque de collision.

L'industrie automobile se dirige résolument vers la voiture 100 % électrique, croit Denis Gingras, de l'Université de Sherbrooke. Toutefois, avant d'y arriver, il faudra se contenter de voitures hybrides pendant au moins 10 à 15 ans, dit-il. Le temps que les fabricants augmentent l'autonomie des voitures électriques et qu'on déploie des réseaux de bornes électriques.

CONDUIRE PAR LA PENSÉE

Dans un avenir plus ou moins lointain, il est possible d'imaginer que les voitures seront guidées uniquement par la pensée de leur conducteur. L'AutoNOMOS Labs de la Freie Universität Berlin a développé un prototype de voiture «autonome» qui utilise un casque neuronal conçu à l'origine pour les jeux vidéo.

De son côté, le constructeur Nissan travaille en collaboration avec l'École polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse, pour voir comment les systèmes d'interface cerveau-machine, qui permettent déjà aux personnes à mobilité réduite de diriger leur fauteuil roulant par le seul transfert de la pensée, pourraient être adaptés à la voiture du futur.

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