Les nouveaux conquérants du Web

PATRICK BELLEROSE . Les Affaires . 22-10-2011

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Le marketing sur le Web représente une vraie mine d'or pour les jeunes loups de l'Internet. Dans ce «Far Web», des entrepreneurs investissent leurs économies personnelles ou les fonds d'anges financiers pour donner vie à une idée un peu folle. Parmi les trois cas présentés ici, le même souhait revient sans cesse : devenir «The Next Big Thing».

2XM Interactive

Un iPad géant dans une vitrine

Antoine Azar, fondateur de 2XM Interactive, a connu son moment «eurêka» un soir de 2009, à la sortie du boulot. «Je travaillais tard, et les magasins étaient toujours fermés quand je quittais le bureau», raconte l'entrepreneur de 30 ans. C'est ainsi qu'il a eu l'idée de créer une vitrine interactive qui permettrait non seulement de consulter le catalogue du magasin, mais également de conserver un article sur son téléphone intelligent, de recevoir instantanément des bons de réduction ou de partager ses trouvailles sur les réseaux sociaux.

«Après tout, les commerçants paient cher pour leur emplacement sur les grandes artères commerciales, poursuit-il. Alors, pourquoi ne pas offrir un service en soirée, quand les passants flânent dans la rue, comme lors des nombreux festivals montréalais ?»

Le défi était de taille, mais pas assez pour effrayer Antoine Azar qui, malgré son jeune âge, a une longue feuille de route. Depuis la fin de ses études en génie informatique à l'école Polytechnique de Montréal, il a oeuvré en infographie au sein d'entreprises aux domaines divers : la nanorobotique au MIT, le cinéma 3D chez Autodesk, le domaine biomédical chez Siemens et le jeu vidéo chez Artificial Mind and Movement (A2 M).

Aujourd'hui, 2XM Interactive compte une dizaine d'employés et se spécialise dans la création d'applications pour téléphones mobiles.

La vitrine interactive, développée à l'interne à même les revenus des autres activités, a été testée en décembre dernier par les Promenades de la Cathédrale. Chaque achat de 10 $ et plus donnait accès à un jeu de grue semblable à ceux qu'on retrouve dans les fêtes foraines. «Le taux de réponse a été de 40 %, alors que les promotions traditionnelles obtiennent généralement une participation d'environ 2 %», souligne Antoine Azar. Musique Plus teste aussi la nouvelle technologie. La chaîne a installé une vitrine interactive qui recrée son célèbre vox pop dans la rue. Ainsi, les passants peuvent voter en quelques clics pour leur vidéo préférée.

Mais le grand lancement aura lieu en janvier lors de la convention de la National Retail Federation, à New York, grâce à un partenariat avec Intel. Antoine Azar espère y intéresser de grands détaillants. «Les grandes chaînes pourront installer notre technologie dans leurs sièges sociaux et contrôler toutes leurs vitrines par le Web.»

BLOOM

La Bourse des pubs en ligne

Les trois fondateurs de Bloom Plateformes numériques sont les pionniers canadiens d'une révolution en cours sur le Web : le real time bidding (RTB), ou enchères en temps réel. Véritable Bourse des publicités en ligne, le RTB permet aux annonceurs de miser sur le prix d'une impression publicitaire en fonction des données connues sur l'internaute : âge, sexe, ville de résidence, mais aussi ses recherches passées sur le Web ou ses visites précédentes sur le site de l'annonceur.

L'approche permet à l'éditeur d'exiger un montant plus élevé pour l'espace publicitaire et à l'annonceur de rejoindre le bon public cible sans placarder ses bannières publicitaires sur des dizaines de sites Web.

«Imaginez qu'un internaute abandonne son processus d'achat sur votre site à la dernière minute. Nous pouvons le retrouver la semaine suivante et afficher une publicité du produit en question sur un autre site qu'il consulte», illustre Vlad Stesin, cofondateur et vice-président, produit.

C'est chez Fjord, la division interactive de l'agence publicitaire Cossette, que l'idée de Bloom est née, en 2008. Yves Poiré, Vlad Stesin et Bosko Milekic ont développé le produit pour l'agence avant de le racheter afin de lancer leur entreprise. «Puisque les agences sont une partie de notre marché, nous avons convenu avec Cossette qu'une entreprise indépendante était dans le meilleur intérêt du produit», dit Yves Poiré, président de Bloom.

Trois ans plus tard, la petite entreprise compte une trentaine de clients (dont la régie publicitaire Mediative, V Télé et Cossette) et emploie une vingtaine de personnes dans ses bureaux de Montréal et Toronto.

Bloom voit grand. D'ici cinq ans, son président compte ouvrir des bureaux ailleurs dans le monde. «L'infrastructure coûte cher, dit Yves Poiré, nous devons donc générer un volume important pour demeurer rentable.» De plus, Bloom fait face à la concurrence de grands acteurs du Net, dont Google qui offre un service similaire. «Si nous voulons réussir, dit Yves Poiré, nous devons nous développer à l'international.»

NEEDIUM À L'AFFÛT DE VOS BESOINS

Sylvain Carle compare Needium à un centre d'appels. À cette différence près que c'est l'entreprise qui vous contacte. Needium est une plateforme qui surveille les besoins exprimés par les internautes sur Twitter (et bientôt sur Facebook) afin de leur proposer les services de ses clients. Ainsi, si vous écrivez : «J'ai faim», vous pourriez recevoir un message personnalisé vous invitant à aller au restaurant de sushis Kaizen ou à un café Java U, deux clients de la petite entreprise qui compte une quinzaine d'employés. «Nous recensons plus de 12 millions de messages par jour en temps réel en Amérique du Nord, dans une centaine de villes», souligne Sylvain Carle, cofondateur et vice-président, technologie, de l'entreprise.

Lancée en janvier 2010, Needium compte déjà plus de 300 clients, des PME situées principalement à Montréal, mais aussi à Los Angeles, New York et Toronto. «Nous avons choisi le marché des PME parce que celui-ci représente un marché d'environ 1,6 million d'entreprises au Canada», dit Sylvain Carle. C'est également un créneau que son partenaire d'affaires, Sébastien Provencher, connaît bien, pour avoir été responsable de la stratégie Internet au Groupe Pages Jaunes.

Needium est en fait le deuxième modèle d'affaires des deux entrepreneurs, qui ont d'abord lancé en 2007 Praized Media, une plateforme sur laquelle les consommateurs pouvaient donner leurs impressions sur leurs commerces de quartier. «Mais avec l'arrivée de Facebook et Twitter, on s'est aperçus que les gens allaient directement sur les réseaux sociaux pour s'exprimer au sujet des commerces, dit Sylvain Carle. Alors, on a revu notre approche.» À l'aide d'un nouveau financement de 1,5 million de dollars (M $) du fonds de capital de risque Capital St-Laurent, qui avait déjà investi 1 M $ dans la première aventure, les deux collègues ont lancé leur nouvelle plateforme. Ils ont aussi engagé Peter Diedrich, membre du CA de Capital St-Laurent, pour superviser les ventes.

«Nous avons perdu nos 10 premiers clients parce que nous expliquions mal notre produit, se rappelle Sylvain Carle. Nous avons compris que nous avions besoin d'aide pour gérer les ventes.»

Pour Needium, l'avenir passe par les modèles prédictifs. «Sur un million de messages recensés chaque jour à Los Angeles, nous trouvons 25 personnes qui disent avoir perdu leurs clés, dit Sylvain Carle. Donc, si vous êtes serrurier, je peux vous garantir environ 175 nouveaux clients potentiels par semaine.»

70 % des entreprises qui offrent des services Web proposent des services de marketing Internet et médias sociaux, comparativement à seulement 30 % pour l'achat média sur Internet. Source : Alliance numérique

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