Les ingrédients du succès, selon deux experts

Publié le 20/10/2012 à 00:00

Les ingrédients du succès, selon deux experts

Publié le 20/10/2012 à 00:00

Le Canada et le Québec accusent un retard important en ce qui a trait à l'effort lié à la R-D et à l'innovation. Comment faire pour maximiser la R-D et s'assurer de faire mieux ? Alain Lavoie et William Polushin, deux experts du domaine, répondent.

Alain Lavoie

Gérer efficacement et stratégiquement

Il faut que la R-D réponde à un besoin certain, qu'elle arrive rapidement sur le marché et qu'elle permette à l'entreprise de réussir d'un point de vue économique. Les entrepreneurs sont souvent excellents pour développer une technologie donnée, mais l'effort reste centré sur le développement de l'objet seulement. On ne fait pas d'argent en faisant seulement de la R-D. Il faut penser commercialisation, marketing, financement et clients.

Viser le bon marché potentiel

L'évaluation du marché cible n'est pas une mince tâche. Lorsqu'on développe une nouvelle technologie, il est impératif de vérifier s'il existe un marché pour cette dernière. J'entends souvent des entrepreneurs dire «j'ai développé une technologie révolutionnaire». Je leur pose alors ces questions : «À qui peut-on la vendre ? Existe-t-il un marché ?» Et si l'entrepreneur me répond : «Nous sommes seuls sur la planète», alors je m'interroge à savoir s'il y a vraiment un marché. Pour réussir, il faut avoir circonscrit son marché.

Je crois que les programmes de soutien à la R-D sont trop axés sur le développement et pas assez sur la délimitation des besoins. En modifiant ces programmes pour mettre l'accent sur la commercialisation, je suis convaincu que nous pourrions changer le comportement des entrepreneurs et ainsi obtenir davantage de succès.

Avoir une bonne stratégie et structure de commercialisation

On peut avoir développé la meilleure technologie du monde, mais, si on est le seul à le savoir, c'est bien triste. Ceux qui ont du succès avec les technologies développées en R-D ont souvent mis beaucoup d'efforts dans la commercialisation. Il faut une stratégie de commercialisation qui permettra aux différentes équipes (vente et marketing en particulier) de bien comprendre où l'entreprise s'en va.

Avoir une main-d'oeuvre motivée et qualifiée

Il ne faut jamais oublier que le succès d'une entreprise ne dépend pas seulement d'une personne, mais d'une équipe. Les ressources humaines ont un rôle capital à jouer dans le succès d'une entreprise

William Polushin

Avoir l'esprit entrepreneurial

C'est, selon moi, l'ingrédient essentiel. Il faut un entrepreneuriat de qualité, qui comprend que l'innovation se généralise à toutes les composantes de l'entreprise. L'entrepreneuriat moderne se doit également d'être stratégique, c'est-à-dire capable de prévoir les changements au sein de l'environnement dans lequel opère la firme. Steve Jobs a fondé son modèle d'affaires sur les consommateurs pour s'attaquer par la suite à la clientèle d'affaires. RIM a fait le contraire avec les résultats que l'on sait. Apple possède une bien meilleure anticipation stratégique que RIM.

Savoir reconnaître son marché

L'innovation ne se fait pas en vase clos. Les entreprises qui réussissent ont une excellente idée des débouchés commerciaux potentiels.

Développer une masse critique

Le Québec inc. et le Canada inc. ne regroupent pas assez de PME pour constituer une masse critique suffisante apte à lutter contre la concurrence. Il n'y a pas de place à l'erreur. Il faut donc adopter le «un pour tous, tous pour un». Les firmes qui connaissent le succès sont celles qui réussissent à contrer la fragmentation et faire des alliances pour «peser plus lourd».

Alain Lavoie est le nouveau président du conseil de TechnoMontréal. Il a fondé il y a 18 ans Irosoft, une PME québécoise devenue leader mondial en gestion électronique de documents et d'archives, de même que de lois et règlements.

William Polushin est professeur et directeur du Programme Desautels pour la compétitivité internationale de l'Université McGill. Il est aussi consultant auprès de nombreuses entreprises et instances gouvernementales sur des questions de R-D.

INNOVER DE FAÇON PLUS EFFICACE

L.A. - La R-D est-elle un élément essentiel afin que les entreprises québécoises puissent demeurer concurrentielles dans la réalité économique d'aujourd'hui?

A.L. - Oui, mais la R-D doit être faite de façon stratégique. Malheureusement, des étapes comme l'étude de marché ou l'évaluation de la concurrence ne sont généralement pas admissibles aux crédits de R-D, et l'entrepreneur doit donc en assumer le coût. Or, on retrouve de nombreuses PME dans le secteur des TIC qui ont des contraintes budgétaires importantes. Par conséquent, ces étapes ne sont pas toujours faites selon les règles de l'art, quand elles ne sont pas carrément escamotées.

W.P. - Absolument! À condition que la R-D ait un débouché commercial. Je ne parle pas de la R-D qui vise essentiellement l'amélioration de la qualité de vie. Mais la R-D commerciale, celle-là oui, elle se doit d'être viable pour garantir la survie de l'entreprise.

L.A. - Pouvez-vous citer des exemples d'entreprises québécoises qui s'investissent en R-D et en innovation et qui ont réussi dans ce domaine?

A.L. - GIRO [Groupe en Informatique et Recherche Opérationnelle], Druide Informatique et Objectif Lune. Dans ces trois entreprises, les «ingrédients» de la recette à succès sont présents, soit une bonne technologie, un marché ciblé, une commercialisation dynamique (couplée à une bonne équipe de ventes), une excellente gestion et une main-d'oeuvre qualifiée.

W.P. - Targray, Vortex et Toonboon. Ces trois entreprises ont su transformer leurs handicaps en occasions d'affaires. Elles ont aussi toutes trois été capables de mettre les ingrédients ensemble afin de faire prendre la mayonnaise !

Selon le plus récent Global Innovation Barometer, réalisé en 2012, le Canada ne fait pas très bonne figure en tant qu'innovateur sur la scène internationale. Le Canada a besoin de plus de créateurs et manque de reconnaissance mondiale en innovation.

16e Une étude internationale de l'OCDE faisait figurer le Canada au 16e rang sur 23 pays en 2010 au chapitre de l'investissement en capital de risque.

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