Le plaisir de jouer

Publié le 02/11/2013 à 00:00, mis à jour le 30/10/2013 à 15:09

Le plaisir de jouer

Publié le 02/11/2013 à 00:00, mis à jour le 30/10/2013 à 15:09

Le président de Maison Laprise n'a jamais raté une journée de travail en 25 ans et pourtant, il dit n'avoir jamais travaillé. C'est parce que Daniel Laprise s'amuse. S'il a une grippe, il pense à jouer plutôt qu'à se plaindre et il oublie ses inconforts.


«Quand j'étais jeune, j'aimais jouer au Monopoly et je gagnais toujours. Je ne me souviens pas d'avoir perdu ! J'ai juste pris le jeu et je l'ai amené dans la réalité. Tous les jours, c'est un jeu, plus grand que sur une table. Quand je jouais au Monopoly, j'étais sérieux parce que je voulais gagner, et c'est encore le même principe. Quand on le prend comme ça, c'est facile de travailler», raconte l'entrepreneur de 53 ans, spécialisé dans les habitations pré-usinées.


Il admet n'avoir pas toujours su jouer dans la vraie vie, mais depuis 10 ans, les affaires sont devenues ludiques pour lui. Car avec le temps, il a appris à voir les choses autrement, à regarder l'aspect positif des situations potentiellement négatives.


Le menuisier a dû faire face à l'adversité assez tôt dans son aventure entrepreneuriale, il y a 25 ans. Il est parti de rien, il a dû tout créer. Et après trois années d'existence, il a obtenu un contrat pour la construction de 32 condos à Montmagny. La chance semblait au rendez-vous : les deux immeubles de 16 unités ont été vendus en deux semaines. Mais le jour de la livraison du premier, l'oubli d'un plombier a causé une fuite d'eau qui a endommagé tous les logements d'en bas. Il a fallu retarder l'arrivée des propriétaires, les loger ailleurs. Quelques mois plus tard, le deuxième immeuble a été incendié juste avant la livraison des unités.


«C'est sûr que ça paraît négatif. Il a fallu aider les gens, mais on a tourné ça positivement avec eux. On apprend de ces expériences à gérer le stress, à comprendre que ça fait partie du jeu et qu'il faut l'accepter. Quand j'embarque dans un projet, je regarde toujours le pire qui peut arriver. Si j'accepte le pire, je m'engage dans le projet, sinon je le laisse de côté. Comme ça, je ne suis jamais déçu, je suis toujours content. Si ça va vers le pire, il y a toujours à apprendre de ça.»


Un inventeur dans l'âme


Daniel Laprise raconte tout ça d'un ton léger, avec un sourire imperturbable. Quand il est question de son plus grand plaisir, celui de créer, il présente le majestueux meuble avec table rétractable qu'il a inventé pour transformer son bureau en salle de conférence - la vraie étant souvent occupée.


«Je pourrais être un inventeur. J'aime beaucoup repenser aux choses. Que peut-on faire pour améliorer l'efficacité ? C'est la créativité qui nous a amenés où nous sommes», dit l'entrepreneur, qui a inventé la maison dépliable Habitaflex.


C'est la Belgique qui avait fait la demande de cette invention et Daniel Laprise s'était dit que c'était mission impossible. Mais l'idée est restée ancrée dans la tête de l'inventeur et, des années plus tard, il a élaboré une première maquette en bricolant avec son fils de cinq ans.


«J'ai fait une réunion le lendemain avec mon équipe. La moitié des gens voyaient cela comme un beau petit jouet irréalisable, l'autre moitié trouvait que ça valait la peine d'étudier le projet. J'ai travaillé avec ceux qui y croyaient le plus parce que j'avais le rêve de le faire. Et ça a commencé il y a 13 ans.»


Chez Laprise, le patron cherche à bâtir différemment. Parmi les éléments distinctifs, les murs isolés en polystyrène plutôt qu'en laine minérale : haute performance thermique, solidité, antimoisissure. Le président se plaît à innover et, pour cette raison, il ne regarde plus jamais ce que font ses concurrents.


«J'ai compris qu'on ne peut pas créer en s'inspirant d'autre chose. Il faut s'inspirer de ce dont le marché a besoin. Comment va-t-on vivre dans le futur ? Comment va-t-on penser plus tard ? Pour ça, je regarde beaucoup vivre les jeunes de 15 ans», dit Daniel Laprise.


Passionné d'informatique, il n'a pas beaucoup d'efforts à faire pour rejoindre les jeunes. Il a déjà mis en place un système de gestion intégrée de l'entreprise. Même les clients font partie du système, pour qu'ils puissent voir l'avancement des travaux dans leur maison en temps réel, suivre leur dossier de financement, leur budget, etc.


Partager ses rêves


Le Groupe Laprise fait partie depuis 2006 des sociétés les mieux gérées du Canada. Gagner une reconnaissance nationale, c'est une manière de répandre le plaisir dans l'équipe.


«Les gens sont fiers. Ils savent que c'est toute l'équipe qui l'a gagnée. Ça aide ensuite à recruter et à donner confiance en l'équipe.»


Pour transmettre son plaisir d'entreprendre, Daniel Laprise partage aussi ses rêves.


«On ne peut pas réaliser ce qu'on n'a jamais pu imaginer, je pense. Alors si je communique le rêve, les autres peuvent le réaliser avec moi. En le disant, je m'oblige aussi à n'avoir plus le choix d'aller de l'avant.»


Le rêve à long terme, c'est de bâtir une entreprise centenaire. Daniel Laprise sait bien qu'il ne verra pas ce jour, mais il prévoit la structure du Groupe Laprise en fonction de cet objectif.


À plus court terme, l'entreprise va prendre de l'expansion à l'étranger.


«On veut être la solution de tout le monde qui pense bâtiment dans le monde. On aura une solution pour chacun», dit M. Laprise, faisant part d'un autre rêve. La division Habitaflex s'apprête à ouvrir des usines hors Québec, qui seront exploitées en copropriété. Le projet le plus avancé est au Chili.


Daniel Laprise ne donne aucun chiffre sur son entreprise, mais la majorité des maisons Habitaflex sont destinées à l'exportation ; en Australie, au Japon, au Gabon et au Chili.


Laprise vient aussi de mettre au point un bâtiment en métal pour l'habitat social. Tout se vend dans un ensemble transportable. Le marché visé est celui des urgences.


«S'il arrive un sinistre n'importe où dans le monde, on peut rapidement livrer des maisons de 600 pieds carrés. On vendra des quantités de 500 et plus», dit l'entrepreneur.


Avec cinq divisions à diriger, Daniel Laprise a beaucoup de stratégies à imaginer : cela fait partie des plus grands plaisirs que lui procure l'innovation. Mais ce qui le rend heureux au quotidien, c'est de voir autour de lui d'autres gens heureux, qui croient en lui, en l'équipe et en l'entreprise.


«Voir les gens de bonne humeur est important pour moi. D'ailleurs, si vous n'êtes pas de bonne humeur, restez chez vous, ne venez pas contaminer vos amis ! Les congés de mauvaise humeur, ça peut arriver. OK, ils ne sont pas payés, on reste de bons gestionnaires, mais les employés savent qu'ils ne doivent pas venir briser celui qui est heureux.»


VALERIE.LESAGE@tc.tc


Le plaisir d'entreprendre


Avec cette série de 10 entrevues que nous publierons jusqu'en décembre, nous souhaitons inspirer des vocations. Comment naît le plaisir de prendre des risques ? Où le trouve-t-on dans le quotidien de l'entreprise ? Comment le garder vivant malgré les embûches ? Comment arrive-t-on à le transmettre ? Est-il obligatoire pour connaître le succès ?


Série 9 de 10

À suivre dans cette section


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Gestion de l'innovation

Mercredi 19 septembre


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Objectif Nord

Mardi 25 septembre


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Gestion du changement

Mercredi 03 octobre


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Marché du cannabis

Mercredi 10 octobre


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Expérience client

Mercredi 14 novembre


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Communication interne

Mardi 27 novembre


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Gestion de la formation

Mercredi 05 décembre


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Contrats publics

Mardi 22 janvier


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ROI Marketing

Mardi 29 janvier


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Financement PME

Mercredi 30 janvier

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