Le bitcoin, la monnaie virtuelle qui fait des adeptes

Publié le 19/01/2013 à 00:00, mis à jour le 17/01/2013 à 09:18

Le bitcoin, la monnaie virtuelle qui fait des adeptes

Publié le 19/01/2013 à 00:00, mis à jour le 17/01/2013 à 09:18

Si Jésus avait été exposé au bitcoin, il n'aurait pas pu recommander qu'on rende à César ce qui appartient à César. Contrairement aux pièces d'or frappées à l'effigie de l'empereur du premier siècle, le bitcoin, une monnaie virtuelle, a cela de particulier qu'aucune autorité ne s'en porte garante. Malgré tout, la monnaie intéresse de plus en plus de marchands, qui y voient un moyen économique de faire des affaires sur Internet.


«L'avantage des transactions en bitcoins est qu'il n'y a aucun acteur central comme PayPal, qui peut verrouiller un compte, par exemple», souligne Anthony Gallippi, pdg de BitPay, qui permet aux boutiques en ligne d'accepter la monnaie.


Au début du mois de janvier, des anges bien en vue de la Silicon Valley ont investi un demi-million de dollars dans BitPay, qui permet déjà à plus de 2 000 marchands d'accepter le bitcoin. Anthony Gallippi ne doute pas des avantages du bitcoin et vise à franchir le cap des 10 000 marchands d'ici la fin de l'année : «Les cartes de crédit datent des années 1950 ; contrairement au bitcoin, elles n'ont pas été conçues pour les transactions en ligne», soutient-il.


Anthony Gallippi soutient que le bitcoin constitue l'argent liquide d'Internet, dans la mesure où les transactions avec cette monnaie demeurent anonyme et qu'elles sont irréversibles : «L'irréversibilité est un gros avantage pour les petits commerçants, car ça les met à l'abri des fraudes où le client dit qu'il n'a pas reçu l'article envoyé», explique-t-il.


Le principal avantage de la monnaie pour les commerçants est qu'ils se font facturer des frais moins élevés lorsqu'ils négocient en bitcoins. Ceux qui utilisent BitPay se voient imposer des frais de 0,99 % des transactions effectuées s'ils veulent conserver les bitcoins et de 2,99 % pour être payés directement dans leur devise nationale. À titre de comparaison, PayPal, qui n'accepte que les devises nationales, facture à ses marchands de 1,9 à 2,9 %, ainsi que 0,30 $, sur chaque transaction en devise locale. Dans le cas des transactions en devises étrangères, ce taux passe à 3,9 % et plus.


Conversion onéreuse


Bien que la deuxième option permette aux marchands de se soustraire aux risques associés au fait de conserver une devise volatile, Anthony Gallippi soutient qu'environ la moitié de ses clients souhaitent conserver leurs bitcoins : «Ça leur permet d'accumuler des bitcoins pour s'en servir éventuellement. Pour notre part, on paye à peu près tout en bitcoin, jusqu'à l'attachée de presse avec qui vous avez parlé».


Souvent onéreuse, la conversion de bitcoins en dollars fait contrepoids aux faibles coûts des transferts. Établi à Ottawa, canadianbitcoins.com est l'un des seuls bureaux de change au pays offrant la monnaie. Au moment d'écrire ces lignes, l'entreprise achetait le bitcoin à 12,34 $ CA et le vendait à 13,72 $ CA. Le bureau de change en ligne n'accepte que l'argent liquide envoyé par la poste et les transferts d'argent : «On ne peut pas accepter les cartes de crédit, car le transfert de bitcoins est irréversible, et on pourrait être victime de fraude», dit son propriétaire, James Grant.


Celui-ci exploite également Lightbox Technologies, une entreprise qui offre des services de conception de sites Web, d'hébergement et de téléphonie IP. Selon lui, accepter le bitcoin est aussi une affaire de marketing : «Ça me permet d'aller chercher des clients que je n'aurais pas eus autrement, surtout pour la téléphonie, qui est un service très peu différencié», explique-t-il.


Une monnaie viable ?


Contrairement aux monnaies nationales, le nombre de bitcoins en circulation est plafonné. Or, si la monnaie obtenait le succès prévu par ses partisans, le jeu de l'offre et de la demande pourrait faire entrer le bitcoin dans une spirale déflationniste. Cette éventualité, évoquée dans un rapport de la Banque centrale européenne intitulé «Virtual Currency Schemes», ne fait pas l'objet d'un consensus.


François Barrière, vice-président, marchés internationaux, de la Banque Laurentienne, rejette du revers de la main cette éventualité : «Présentement, c'est tellement marginal que je ne vois pas comment la demande pourrait créer une déflation majeure», explique-t-il.


Arvind K. Jain, spécialiste du système bancaire international à l'Université Concordia, abonde dans le même sens. Selon lui, le principal risque posé par le bitcoin est l'inverse d'une trop forte demande : «Une telle monnaie existera aussi longtemps que les gens croiront en elle. Si, pour quelque raison que ce soit, les gens perdent confiance, personne n'est là pour la soutenir.»


LE BITCOIN, MODE D'EMPLOI


Le bitcoin est à la fois une monnaie virtuelle et un système de transfert de fonds. Fondé sur un protocole poste à poste introduit par un programmeur anonyme en 2009, le système tient un registre de chaque transaction. Les transactions prennent la forme de virements de fonds d'une adresse bitcoin à une autre, qui sont validés au moyen de preuves cryptographiques. La création de monnaie permet de récompenser ceux qui consacrent leurs ressources informatiques à ce processus de validation très poussé. Le nombre de bitcoins en circulation est toutefois plafonné à 21 millions. Une fois cette limite atteinte, des frais de transactions seront perçus.


100 Valeur approximative, en millions de dollars américains, de l'ensemble des bitcoins en circulation.


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