«La concurrence internationale des universités, c'est une blague !» - Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences de l'UQAM

Publié le 09/02/2013 à 00:00

«La concurrence internationale des universités, c'est une blague !» - Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences de l'UQAM

Publié le 09/02/2013 à 00:00

Les Affaires - Les universités québécoises soutiennent qu'elles doivent faire face à la concurrence internationale. Qu'en pensez-vous ?

Yves Gingras - C'est une grosse blague ! Il n'y a pas de marché mondial de l'enseignement universitaire ; c'est une vue de l'esprit. Personne ne jongle avec l'idée de faire ses études à l'Université de Montréal, à Harvard, à Stanford ou à Berkeley. Pas plus que les gens n'hésitent entre s'abonner au journal Les Affaires et s'abonner à The Economist.

La vocation de 95 % des universités dans le monde est locale ou régionale. La mission des universités québécoises est de former les Québécois. Point. Pas d'attirer des étudiants de partout dans le monde. Les universités québécoises ont le même rôle que les universités d'État américaines. Et il y en a de très bonnes avec lesquelles les universités québécoises se comparent très bien.

L'UQAM est en concurrence avec l'Université de Montréal, d'Ottawa ou Laval, mais pas Harvard, dont le fonds de dotation s'élève à 25 milliards de dollars. La concurrence avec Harvard, c'est de l'abstraction pure ! De toute manière, il n'y aura jamais d'hémorragie de Québécois vers Harvard, le MIT ou la London School of Economics. D'autant qu'il y a la barrière de la langue.

L.A. - Mais pourquoi les universités québécoises sont-elles si engagées à attirer des étudiants étrangers ?

Y.G. - Même Harvard ne s'est jamais dit «il faut qu'on attire des étudiants étrangers» ! Sa mission est de former l'élite américaine, pas les Européens ou les Asiatiques. Est-ce que l'Université McGill est meilleure parce qu'elle attire plus d'étudiants américains ? Non, c'est juste que les étudiants américains ne parlent pas français. C'est vrai que McGill est la meilleure université québécoise, mais c'est à cause de son substantiel fonds de dotation, pas à cause du nombre d'étudiants étrangers.

Si les universités québécoises veulent autant attirer des étudiants étrangers, c'est qu'ils sont plus lucratifs. Cela, dans le contexte où les droits de scolarité n'augmentent pas et où le gouvernement se désengage. Ce qui, par exemple, a poussé HEC Montréal à offrir des cours en anglais. Mais on est en train de dénaturer nos universités. La mission de HEC Montréal est-elle de former des étudiants étrangers anglophones ou des Québécois francophones ? Dans les programmes contingentés, sera-t-on tenté de choisir les étudiants étrangers, plus payants ? Je ne suis pas contre les étudiants étrangers, loin de là ; mais l'obsession des universités québécoises à vouloir les attirer constitue une réelle menace pour l'avenir de la société québécoise.

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