«Il faut faire grossir les PME pharmaceutiques»

PAR THOMAS COTTENDIN . Les Affaires . 11-02-2012

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Malgré les coups durs, l'industrie pharmaceutique recrute encore. Mais ce sont davantage les PME que les grandes pharmas qui offriront les emplois.

Nathalie Francisci, chef de développement corporatif pour Les carrières Jobwings, n'observe pas de baisse notable du nombre d'offres d'emploi sur le site spécialisé de recrutement pharmajob.ca qu'elle dirige : «Il y a encore des postes qui arrivent. Sandoz recrute cette année.» Établie à Boucherville, Sandoz Canada est un fabricant de médicaments génériques qui emploie 800 personnes.

«La technologie médicale, la santé, la recherche contractuelle sont des secteurs en croissance», signale Michelle Savoie, directrice de Montréal InVivo, la grappe des sciences de la vie et des technologies de la santé du Montréal métropolitain.

Le hic, c'est que Montréal n'est plus l'épicentre de l'industrie. S'appuyant sur des chiffres de Statistique Canada, Montréal International évalue à 1 400 le nombre d'emplois en R-D perdus en 2010 dans le Grand Montréal.

«Par rapport à 2001, au lancement du site, il y a aujourd'hui beaucoup plus de postes offerts à Vancouver et à Toronto [qu'à Montréal]», confirme Mme Francisci.

La nature des emplois offerts change aussi. Les scientifiques de haut niveau ne semblent plus être très demandés. Les profils beaucoup plus généralistes, plus flexibles tirent leurs épingles du jeu.

«Les personnes spécialisées dans la coordination, les analystes d'affaires ou encore les ingénieurs commencent à être plus demandés que les chercheurs», souligne Mme Francisci.

La fin d'un cycle

Au delà des emplois, c'est toute l'industrie pharmaceutique qui est en pleine mutation, d'après les experts.

«Nous arrivons au bout d'un cycle», constate Alain Cassista, directeur général de PharmaBio Développement, le comité sectoriel de main-d'oeuvre des industries des produits pharmaceutiques et biotechnologiques.

Mme Savoie observe une modification des stratégies de R-D. «Le modèle devient plus virtuel. Avant, la recherche était effectuée à l'interne, maintenant les pharmas se tournent vers des PME et les biotechs, comme Caprion ou Coriolis, qui sont des fournisseurs de services. C'est là que les investissements vont se faire», note-t-elle. Caprion s'attelle à la découverte de biomarqueurs protéomiques pour le diagnostic et Coriolis Pharma est un fournisseur indépendant en R-D pour la formulation de médicaments.

«Les alliances entre les pharmas et les biotechnologiques augmentent», pense pour sa part Mme Francisci.

Il s'agit là d'un modèle à favoriser, selon Mme Savoie. «Le développement de nouvelles molécules se fera au sein de biotechs. Les pharmas font appel aux entreprises de recherche contractuelle pour l'optimisation de molécules», explique-t-elle.

«L'enjeu actuel est de faire grossir nos PME pour qu'elles deviennent des moyennes ou des grandes entreprises qui embaucheront plus», dit M. Cassista.

Un début difficile

En attendant, 2012 part du mauvais pied. La britannique AstraZeneca a annoncé, le 2 février, la suppression de 132 postes aux installations de Ville Saint-Laurent. «C'est un coup dur en ce début d'année 2012, concède M. Cassista. En janvier, nous misions sur un capital nul, c'est-à-dire que nous pensions que la création d'emplois compenserait les pertes. À l'heure actuelle, nous prévoyons plutôt un bilan négatif. PharmaScience doit ouvrir un site de production au cours de l'été, mais cela passera probablement inaperçu, car le nombre d'emplois chez RatioPharm devrait baisser.»

En 2011, 55 % des entreprises sondées par PharmaBio Développement prévoyaient une croissance de leurs activités

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