Eric Wazana vise la place de numéro un mondial du jeans

Publié le 14/01/2012 à 00:00

Eric Wazana vise la place de numéro un mondial du jeans

Publié le 14/01/2012 à 00:00

Par Marie-Eve Fournier

Des éclats de rire aussi nombreux que contagieux. Une ambition aussi grande que manifeste. Une volonté de fabriquer ses vêtements au Québec aussi courageuse qu'obstinée. Voici le Montréalais Eric Wazana, créateur des Yoga Jeans et des t-shirts aux slogans irrévérencieux Lucky 7.

Quand nous avons rencontré Eric Wazana peu de temps avant Noël, il était impatient. Pas à l'idée de percer un nouveau marché, de lancer un produit innovateur ou de doubler ses profits. Tel un enfant qui attend avec fébrilité la venue du père Noël, l'entrepreneur de 39 ans était plutôt excité à l'idée de passer le temps des fêtes avec «toute la famille». Impatient au point de le répéter à quelques reprises au cours de l'entrevue, un large sourire aux lèvres.

Pendant les deux heures qu'a duré l'entrevue, Eric Wazana a aussi martelé à quel point il est important pour lui de faire croître son entreprise de jeans «lentement» et «sainement», de ne pas être greedy, le seul mot qu'il utilise systématiquement en anglais pour parler de cupidité. Bref, son attitude et son discours détonnent dans le monde des affaires. Mais il ne faut pas s'en surprendre : ses vêtements et sa façon de faire les choses sont tout aussi hors normes.

Son produit-vedette, par exemple, est un jeans conçu pour faire confortablement la position du lotus au yoga ! Six bandes élastiques à la taille, un fil robuste, un tissu très extensible et un design judicieux ont permis aux Yoga Jeans d'être adoptés par des vedettes hollywoodiennes, de faire parler d'eux dans Vogue et Vanity Fair, d'être vendus aussi loin qu'en Australie. À lui seul, le Yoga Jeans génère 60 % des ventes (confidentielles) de Vêtements Wazana, plus connue sous les noms Second Denim et Second Clothing. Deux autres collections pour femmes (Eco et Vintage) complètent l'offre qui sera bonifiée en juillet prochain avec des modèles pour hommes, lancés chez Roots.

Croissance soutenue

La popularité de ces pantalons est telle qu'Eric Wazana reçoit chaque jour des appels de détaillants qui souhaitent en vendre. «Ça doit faire un an que je n'ai pas dit oui. J'ai une liste d'attente de plusieurs centaines de noms au Canada et de 200 noms aux États-Unis. Et ça fait deux ans que je n'ai pas cherché de nouveaux clients», raconte l'entrepreneur d'origine marocaine, coactionnaire avec son frère de 30 ans, Yacov. Sa logique est simple : il ne veut pas saturer le marché, ni avoir «trois ans de ventes records et ensuite disparaître».

Et puis, «il faut être capable de soutenir notre croissance», fait valoir ce diplômé en comptabilité de HEC Montréal. Il admet aussi que son volume de ventes dépend de la capacité de production limitée de son sous-traitant, Les Confections de Beauce, qu'il raconte devoir convaincre chaque semaine de produire davantage.

«Il n'y a plus beaucoup de manufactures qui font des jeans. Le problème, c'est le lavage. Car c'est dur de trouver des compagnies capables de laver des jeans», dit Patrick Thomas, directeur exécutif de Vêtement Québec. C'est sans compter que la main-d'oeuvre se fait rare dans le secteur de la «guenille», ajoute-t-il, étant donné que, «pour les jeunes, ce n'est pas assez glamour». Dans les circonstances, pas étonnant qu'Eric Wazana cherche une solution pour croître au rythme qu'il désire.

Depuis huit ans, les ventes augmentent tout de même de 30 à 40 % en moyenne par année, précise celui qui rêve de dépasser Levi's et de devenir ainsi le numéro un mondial du jeans «avant sa retraite».

«S'il veut devenir le roi québécois du jeans, il le peut : la place est vide !» croit Patrick Thomas, précisant que l'entreprise d'Eric Wazana est «bien organisée et capable de prendre des parts de marché».

Insultant

Ce qu'il est certain de ne pas vouloir faire, cependant, c'est d'ouvrir ses propres boutiques. «Je trouve ça insultant qu'un manufacturier devienne un détaillant. C'est du pur greed. Vendre au détail, c'est une autre science, complètement.» Il ne veut pas, non plus, cesser de fabriquer ses jeans au Canada, même si cela double, voire triple les coûts de production. «C'est un gros engagement. Si j'importais mes jeans, je serais multimillionnaire en quelques mois. Mais j'ai vu ma mère, couturière, perdre son emploi tellement souvent que ça m'a marqué.»

Convaincu que ses clientes sont prêtes à payer un vêtement local plus cher, il apprécie la flexibilité que la proximité de la manufacture lui procure. C'est aussi un atout marketing efficace, martèle l'entrepreneur, confiant que les Chinois voudront éventuellement acheter ses créations qui évoquent «l'esprit canadien».

Dilemme de prix

Quant aux t-shirts Lucky 7 - une marque créée en 2003 avec son ami d'enfance, Michael Fhima - la base provient de Chine, mais la teinture, les imprimés et la finition sont effectués à Montréal, ce qui représente plus de 50 % des coûts de fabrication.

Pour gérer les deux entreprises, Eric Wazana dit à la blague devoir passer beaucoup de temps dans l'ascenseur de la tour de la rue Chabanel où se trouvent les deux sièges sociaux.

«C'est un homme intègre qui dirige ses affaires avec beaucoup d'éthique. Il prend tout au sérieux, il est minutieux», relate M. Fhima.

Même s'il est fier de vendre des t-shirts provocants jusqu'en Russie avec des messages du type «Friends with Benefits», «Love Machine», «Canadian Gigolo», «Bande, je bande», Eric Wazana pense que son entreprise de jeans possède un meilleur potentiel de croissance à l'échelle mondiale. Les marges bénéficiaires sont plus minces dans le jeans, mais c'est un produit plus niché, plus unique.

D'ailleurs, ces profits minuscules provoquent une «éternelle lutte» avec son frère, qui voudrait augmenter le prix des jeans.

«J'ai rencontré Éric [Wazana] récemment et j'ai grandement apprécié son enthousiasme et son énergie ; il me rappelle ce que j'étais il y a 30 ans. Son concept "Fait au Canada" et ses efforts pour le vendre sont admirables. Parasuco aussi souhaiterait reprendre la production en Beauce.» - Salvatore Parasuco, propriétaire du fabricant québécois de jeans Parasuco

LES VENTES DE WAZANA EN 2011

8 % Québec

60 % Reste du Canada

30 % États-Unis

2 %Ailleurs dans le monde

850

Nombre de points de vente en Amérique du Nord

20

Effectif du siège social

De 110 à 140 $

Prix des pantalons

R-D

L'entreprise y consacre jusqu'à 8 % de ses revenus

Wazana s'attend à une croissance dans les deux chiffres pendant au moins les trois prochaines années.

marie-eve.fournier@transcontinental.ca

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