Des placements en pagaille

Publié le 01/10/2009 à 00:00

Des placements en pagaille

Publié le 01/10/2009 à 00:00

Bruno a du flair pour les produits de placement, mais il n'a pas de stratégie d'investissement. Dans le premier d'une série de deux articles sur la répartition d'un portefeuille, nous mettons de l'ordre dans l'épargne de notre lecteur.

epuis 1997, Bruno Langlois*, comptable en management accrédité, économise pour ses vieux jours. Son épargne-retraite se chiffre à 94 500 dollars. En 2002, il a aussi acheté une copropriété pour 130 000 dollars, qui vaut aujourd'hui 235 000 dollars.

De plus, Bruno a un CELI de 5 000 dollars et un coussin de sécurité de 6 000 dollars. Il s'agit de placements garantis qui lui servent de liquidités à court terme et qui ne posent aucun problème.

"Ma situation financière est bonne", dit fièrement Bruno, un célibataire de 40 ans qui gagne environ 85 000 dollars par an. "Mais mon épargne-retraite est pas mal éparpillée, reconnaît-il. J'aimerais mettre de l'ordre dans mes placements."

En effet, lorsqu'on examine de plus près le REER et le compte de retraite immobilisé (CRI) de Bruno, on n'y décèle pas de stratégie cohérente. En fait, il a commis l'erreur de plusieurs débutants : prendre des REER à gauche et à droite, selon ce qui se présentait, et investir dans un trop grand nombre de fonds communs de placement.

Comme la valeur de son portefeuille a reculé d'environ 30 % à la suite du krach boursier, c'est le moment idéal pour se repositionner.

Où en est-il maintenant ?

Bruno connaît les avantages de la diversification. Son portefeuille d'épargne-retraite contient 11 fonds communs de placement, un portefeuille modèle composé lui-même de 15 fonds, des parts du Fonds FTQ et quelques actions. Cependant, aucune stratégie particulière ne se dégage de tout cela. "J'ai investi dans des placements qui me semblaient judicieux au moment où ils m'ont été présentés", explique-t-il.

La structure de son portefeuille étant déficiente, il n'a pas réduit le risque autant qu'il le pensait. Par exemple, les obligations, une catégorie d'actif qui agit comme un coussin gonflable lors d'accidents, comptent pour moins de 20 % du portefeuille.

Dans les faits, même si Bruno est un investisseur audacieux qui connaît bien la Bourse et qui a un long horizon de placement, il devrait investir au moins 30 % de ses actifs dans les titres à revenu fixe.

Pour le moment, il est trop exposé aux actions et, en particulier, aux actions étrangères, qui comportent un risque de change.

Par ailleurs, Bruno a acheté 1 000 actions de VNP 5, un titre spéculatif. "Il vaudrait mieux détenir ce genre d'actions dans un compte "carré de sable", non enregistré, explique Jacynthe Deschênes, conseillère en placement chez Industrielle Alliance Valeurs mobilières, à qui nous avons confié le cas de Bruno. Cela permettrait de récupérer les pertes en capital, s'il y a lieu."

Autre erreur de structure, certaines composantes du portefeuille n'ont pas un poids assez important pour avoir un impact significatif sur le rendement final. C'est le cas, par exemple, des titres des entreprises de petites capitalisations - environ 3 % des placements. Ces actions peu connues et moins suivies par les analystes offrent de meilleures possibilités d'accroissement du capital à long terme. Mais elles comportent aussi un risque plus élevé.

Bruno a 2 100 dollars de cotisations REER inutilisées, qu'il compte faire d'ici la fin de l'année. Il a également retiré 14 000 dol-lars de son REER en 2002, dans le cadre du programme RAP, pour acheter sa copropriété. Il rembourse ce montant à raison de 953 dollars par an.

Puisque son niveau d'endettement est raisonnable - hypothèque de 94 000 dollars qui sera payée dans 18 ans et prêt auto de 20 000 dollars - et qu'il a des liquidités, il devrait essayer de rembourser son RAP cette année afin de profiter de la baisse importante des marchés boursiers en 2007-2008 et de la reprise qui se dessine.

Que doit-il faire ?

Jacynthe Deschênes a modifié le portefeuille d'épargne-retraite de Bruno pour l'axer sur la croissance, un style qui correspond au profil de notre lecteur.

Ainsi, au moins 30 % du portefeuille sera investi dans les obligations. Le reste sera placé dans les actions. Le marché canadien, qui l'expose moins au risque sur la devise, sera privilégié.

Enfin, il placera 10 % du portefeuille dans de la croissance dynamique, par le truchement des actions de petite capitalisation.

Comme les rendements obligataires sont anormalement faibles actuellement, la conseillère en placement recommande d'acheter des obligations à coupons détachés à long terme, que Bruno conservera jusqu'à échéance. Elle conseille les coupons émis par des entreprises, car leurs rendements sont plus élevés. Le but : obtenir un rendement annuel composé raisonnable sur la période, soit environ 5 %.

Bruno devrait aussi réduire le nombre de fonds de 11 à six afin que chacun d'entre eux ait un rôle précis à jouer.

Selon cette analyse, Bruno devrait conserver le Portefeuille équilibré sélect RBC contenu dans le CRI. Les 16 800 dollars qui y sont investis seront considérés à part du reste des placements de Bruno. Il devrait également garder ses parts dans le Fonds FTQ, qui n'est pas liquide, et le Fonds canadien de dividendes RBC, qui jouit d'une bonne notoriété.

Pour le reste, il devrait acheter cinq nouveaux fonds communs de placement, qui auront chacun un rôle particulier à jouer dans la stratégie globale. La conseillère aurait pu recommander des fonds indiciels, avec moins de frais, mais elle a préféré choisir des fonds ayant une solide équipe de gestion qui devrait normalement se démarquer dans un marché haussier. Les ratios de frais de gestion des fonds sélectionnés se situent entre 2 et 2,9 %.

Le noyau de sa stratégie repose sur deux fonds de dividendes, qui comptent pour 30 % du portefeuille. Les sociétés dont les actions produisent des dividendes sont généralement plus stables et de meilleure qualité, et dégagent des flux de trésorerie réguliers. Ces fonds d'actions plus solides, qui versent des distributions régulières, viendront donc appuyer les obligations, en plus de renforcer la portion actions du portefeuille.

La conseillère suggère de mettre un peu plus d'argent dans le fonds RBC et d'acheter le Fonds de dividendes canadiens de croissance Standard Life. Ces fonds ont l'avantage d'être très complémentaires, l'un étant axé sur la valeur et l'autre sur la croissance. Bernstein Financial Group a démontré en 2004 que le mélange valeur-croissance, à raison de 50 %, a l'avantage d'améliorer le rendement à long terme, tout en réduisant le risque.

Pour les actions étrangères de grande capitalisation, dont le poids est réduit à 15 % du portefeuille, Bruno pourra compter sur deux fonds réputés, le Fonds d'actions mondiales Brandes, de style valeur, et le Fonds Fidelity Étoile du Nord, de style croissance.

Bruno devrait placer la moitié des actions de petite capitalisation au Canada et le reste à l'étranger. Les fonds recommandés sont le Fonds d'actions canadiennes de 30 sociétés toutes capitalisations Acuity et le Fonds mondial de petites sociétés Templeton.

Jacynthe Deschênes a également tenu compte du fait que Bruno aime investir dans des titres boursiers. Elle pense que la baisse des cours boursiers lui permettra de racheter des actions et de réduire ainsi leur coût moyen. Elle lui conseille de conserver CN - une bonne entreprise -, General Electric et Couche-Tard - étant donné que les mauvaises nouvelles sont sorties et qu'elles ont fait chuter leur prix - mais de faire des lots réguliers (des tranches de 100 actions).

Elle lui recommande aussi les actions de Jean Coutu. Le groupe de pharmacies, ralenti ces dernières années par les difficultés de Rite Aid, sa filiale américaine, enregistre à nouveau des bénéfices cette année. Alors qu'une embellie se dessine aux États-unis, des projets d'expansion sont en cours au Canada.

"Ce portefeuille pourrait lui procurer un rendement annuel de 9 à 10 % au cours des cinq prochaines années", pense la conseillère. Toutefois, une fois l'an, lors des contributions, il faudra revoir la structure du portefeuille et les objectifs de Bruno.

*Nous avons changé le nom de l'investisseur pour protéger son anonymat.

aplus@transcontinental.ca

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